Taxe d’habitation : l’exécutif hésite sur le sort des Français les plus aisés – Les Échos

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Publié le 16 juil. 2020 à 18h06Mis à jour le 16 juil. 2020 à 18h39

Qui payera encore une taxe d’habitation en 2023 ? Difficile de répondre à cette question au vu des atermoiements du gouvernement sur la question ces derniers jours. Alors qu’Emmanuel Macron avait ouvert mardi la porte à un report de la suppression de cette taxe pour les 20 % de Français les plus aisés qui la payent encore, le gouvernement reste encore évasif sur ses intentions, de peur de déplaire aux classes moyennes supérieures. « Nous allons regarder toutes les options », a expliqué ce jeudi, sur France Inter, Bruno Le Maire, le ministre de l’Economie.

Emmanuel Macron avait surpris beaucoup de monde au sein du gouvernement en sortant de son chapeau, à l’improviste, cette idée sur la taxe d’habitation. « Une option possible serait de décaler un peu, pour les plus fortunés d’entre nous, la suppression de la taxe d’habitation, ce qui peut être quelque chose de légitime en période de crise », avait avancé le chef de l’Etat. Dès cette année, 80 % des Français ne payeront plus de taxe d’habitation. Il était prévu que les 20 % restant voient la suppression s’étaler en trois ans, entre 2021 et 2023 . C’est donc cette dernière étape – dont le coût est estimé à 7 milliards d’euros – qui était en danger.

Plusieurs problèmes

Mais cette solution présente plusieurs problèmes. Le premier est d’ordre constitutionnel : Emmanuel Macron avait promis, durant sa campagne présidentielle, la suppression de la taxe d’habitation pour les 80 % des Français les plus modestes, et n’avait étendu la mesure aux autres 20 % que sous la pression du Conseil constitutionnel. Celui-ci jugeait la part des ménages taxés trop étroite. L’exécutif ne pourra donc pas différer éternellement la suppression de la taxe d’habitation, en tout cas difficilement au-delà d’un an.

Le deuxième écueil est d’ordre politique. La frontière pour entrer dans cette part des 20 % des Français les plus aisés débute pour un célibataire au seuil de 2.500 euros de revenus. « A ce niveau, on n’est pas riche », concède-t-on à Bercy. Il s’agit également d’une catégorie de population qui a beaucoup voté pour Emmanuel Macron dans le passé. « J’entends ce que vous me dites sur les classes moyennes », a répondu Jean Castex dans « Le Parisien », à un lecteur qui l’interpellait sur le fait que les classes moyennes étaient visées.

Effort supplémentaire

Prudent, le Premier ministre n’a même pas cité le sujet dans son discours de politique générale . De son côté, Bruno Le Maire a évoqué plusieurs scénarios possibles, tout en assurant que la taxe d’habitation serait, quoi qu’il arrive, supprimée à terme. « Est-ce qu’on prend un peu plus de temps ? C’est une première question. Est-ce qu’on sépare ces 20 % des 5 % qui sont vraiment les plus riches, à qui on demandera un effort supplémentaire ? C’est une deuxième option », s’est interrogé le ministre de l’Economie.

En clair, l’exécutif, si jamais il optait pour un court décalage de la suppression, pourrait ne la réserver qu’à une petite fraction des Français les plus aisés. La question devra être tranchée d’ici à la présentation du prochain budget, à la fin de l’été.

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