Empoisonnement de Navalny : le Kremlin ne voit « aucune raison » d’accuser l’Etat russe, l’UE réclame une enquête – Le Monde

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Alexeï Navalny, leader de l’opposition russe, lors d’une marche en mémoire à Boris Nemtsov, lui aussi opposant à Vladimir Poutine, le 29 février.

Les tests médicaux réalisés par un laboratoire de l’armée allemande ont apporté des « preuves sans équivoque » de l’empoisonnement d’Alexeï Navalny par un produit de la famille du Novitchok, a déclaré, mercredi 2 septembre, le porte-parole du gouvernement allemand, Steffen Seibert. Et alors que Berlin demande des « éclaircissements urgents » au gouvernement russe, le Kremlin a rétorqué jeudi qu’il n’y avait « aucune raison d’accuser l’Etat russe ».

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Par la voix de son porte-parole, Dmitri Peskov, Moscou a fait savoir n’avoir « reçu aucune information » de la part de l’Allemagne concernant les analyses qui ont permis de conclure à l’empoisonnement de l’opposant russe. « Je ne pense pas, de manière générale, que l’empoisonnement de cette personne pourrait être profitable à qui que ce soit », a-t-il ajouté.

« Une enquête approfondie »

Pour la chancelière allemande, Angela Merkel, le leader de l’opposition à Vladimir Poutine a été « victime d’un crime » destiné à le « réduire au silence ». Jean-Yves Le Drian, ministre français des affaires étrangères, a quant à lui condamné « dans les termes les plus forts l’utilisation choquante et irresponsable d’un tel agent » toxique. Le Kremlin a prié jeudi ses « partenaires en Allemagne et dans d’autres pays européens » de ne pas faire « de jugements hâtifs ».

Jeudi soir, l’Union européenne a appelé Moscou à une enquête sur l’empoisonnement de l’opposant russe, Alexeï Navalny, et n’a pas exclu des sanctions, dans un communiqué. « Le gouvernement russe doit faire tout son possible pour mener une enquête approfondie sur ce crime, en toute transparence », a dit l’UE, ajoutant qu’elle se « réservait le droit de mener des actions appropriées, y compris des mesures restrictives ».

L’économie russe en berne depuis l’annonce allemande

Moscou voit, depuis quelques jours, son économie secouée par cette nouvelle crise diplomatique. Le rouble a plongé, mercredi soir, à son plus bas niveau depuis le pic de la pandémie liée au coronavirus. Il s’échangeait, jeudi matin, à 89 roubles pour un euro. La Bourse de Moscou dégringole également depuis l’annonce du gouvernement allemand. L’indice RTS, libellé en dollars, avait chuté de plus de 3 % à la clôture, mercredi.

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Face aux accusations européennes, les marchés et analystes politiques craignent de nouvelles sanctions contre la Russie. Elles viendraient alors s’ajouter à celles déjà imposées à Moscou depuis l’annexion de la Crimée en 2014. Dans son allocution à la presse, Dmitri Peskov a précisé ne voir « aucune raison » que de nouvelles sanctions soient décrétées à l’encontre des Russes.

L’« arme du gaz »

Plusieurs responsables et diplomates allemands appellent d’ailleurs à faire appel à « l’arme du gaz » pour faire pression sur la Russie. L’Allemagne conduit, depuis plusieurs années, une politique de dialogue et de partenariat avec la Russie, dont l’un des exemples les plus probants est le projet de gazoduc Nord Stream 2, qui doit abreuver l’Europe et l’Allemagne en gaz russe.

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« Si nous voulons adresser un message clair à Moscou, les relations économiques doivent être au programme », a déclaré Wolfgang Ischinger, président de la Conférence sur la sécurité de Munich. Le président de la commission des affaires étrangères du Bundestag, Norbert Röttgen, réclame aussi que l’Union européenne abandonne le projet controversé de gazoduc. Il a déclaré à la radio Deutschlandfunk : « Nous devons mener des politiques dures, nous devons répondre avec le seul langage que Poutine comprenne : les ventes de gaz. »

La Biélorussie à la rescousse

Le premier ministre russe, Mikhaïl Michoustine, était en déplacement à Minsk, jeudi. A ses côtés, le président biélorusse, Alexandre Loukachenko, a assuré que ses services de renseignement avaient « intercepté » un appel téléphonique entre Varsovie et Berlin prouvant que les accusations de Berlin sont une « falsification ». « Il n’y a pas eu d’empoisonnement de Navalny ; ils l’ont fait pour dissuader Poutine de mettre son nez dans les affaires de la Biélorussie », a assuré le président biélorusse.

Alexandre Loukachenko, 66 ans, fait face à un mouvement de protestation contestant sa réélection à la présidentielle du 9 août, que l’opposition biélorusse dénonce comme « frauduleuse ». Contrairement à la Russie, les Européens rejettent les résultats électoraux et préparent des sanctions visant des hauts responsables du pouvoir biélorusse.

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Le Monde avec AFP et AP

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