Compteur Linky : Qui paiera l’installation ?

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Compteur Linky : Qui paiera l’installation ?

La polémique n’est pas nouvelle, mais un article du Parisien est venu remettre le feu aux poudres : selon le quotidien, les usagers équipés d’un compteur Linky doivent s’attendre à une augmentation de leur facture à compter de 2022. Cette augmentation viserait à rembourser Enedis du coût d’installation de ces fameux compteurs, estimée à 5,7 milliards d’euros. Une somme dont Enedis s’est déjà acquitté : la société a en effet contracté un prêt de 5,39 milliard d’euros afin de financer les coûts d’installation et de mise en service des compteurs Linky, le reste étant financé en fonds propre. Mais, comme l’explique Le Parisien, la filiale d’EDF entendrait rembourser cette avance en facturant les coûts d’installation aux utilisateurs, en surplus de leur facture de consommation électrique, à partir de la fin d’année.

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La douloureuse en différé

La faute à un mécanisme dit de « différé tarifaire », accordé par la Commission de régulation de l’énergie. Ce mécanisme a été mis en œuvre afin de lisser au maximum l’impact de l’installation des nouveaux compteurs sur la facture d’énergie, en neutralisant les coûts liés à l’installation des compteurs Linky jusqu’en fin d’année 2021, date à laquelle Enedis doit parvenir à ses objectifs de 90 % de clients équipés de Linky. Pour Enedis, ce mécanisme se justifie car « les économies sont constatées une fois que le déploiement est terminé, alors que les coûts d’investissements sont immédiats ». La société indique d’ailleurs que de son point de vue, tout se passe comme prévu : « le programme industriel Linky a engendré des coûts d’investissements portés intégralement par Enedis et complètement compensés dans la durée par les économies générées par le déploiement à fin 2021 de 35 millions de compteurs ».

Reste une question en suspens : avec la mise en œuvre de ce « différé tarifaire », les usagers peuvent-ils s’attendre à une hausse des prix de consommation électrique venant répercuter les coûts d’installation et de mise en service des nouveaux compteurs ? Enedis assure que non, en soutenant le fait que les économies rendues possibles par l’utilisation du nouveau compteur viendront compenser le prix de son installation.

Pour affirmer cela, la société s’appuie notamment sur une délibération de la Commission de régulation de l’énergie de janvier 2021, qui assure que le déploiement des compteurs Linky s’est bien déroulé et que celui-ci devrait permettre d’occasionner des baisses de charges jusqu’en 2024. « En 2024, Linky permettra une diminution des charges d’exploitation de 231 millions d’euros par an par rapport à 2019, soit un gain à hauteur de 5 % des charges d’exploitation d’Enedis. Ces gains sont notamment liés à la diminution des coûts de relève et des petites interventions, qui peuvent désormais être faites à distance » écrit ainsi la CRE dans son rapport. En d’autres termes, les baisses de coût engendrés par Linky devraient venir compenser la hausse des coûts liés à l’installation des compteurs intelligents, permettant à Enedis d’affirmer que « les consommateurs ne paieront donc pas un coût supplémentaire dû à Linky. »

Une inquiétude pas si neuve

Pourtant, tout le monde ne semble pas d’accord avec l’interprétation d’Enedis et de la CRE. Le sujet n’est pas neuf : celui-ci avait déjà fait l’objet d’un rapport de la Cour des comptes en 2018, qui voyait le montage financier d’un œil bien moins positif, le qualifiant de « dispositif coûteux pour le consommateur mais avantageux pour Enedis ».

D’une part, le mécanisme de différé tarifaire mis en œuvre par la CRE « n’aura que partiellement l’effet annoncé puisque le tarif sera, entre 2022 et 2029, plus élevé que celui qui aurait été appliqué si le programme n’avait pas été réalisé », indiquait en 2018 la Cour des comptes. Selon le rapport, il faudra donc attendre 2030 pour voir les bénéfices de l’installation de Linky sur la facture des usagers par rapport à un fonctionnement sans compteurs Linky. En l’absence du mécanisme de différé tarifaire, les augmentations de prix auraient été sensibles dès 2014.

D’autre part, la Cour des comptes souligne qu’Enedis a financé 90 % de l’installation des compteurs Linky via un prêt contracté auprès de la Banque européenne d’investissement, dont le taux d’intérêt est de 0,77 %. En revanche, Enedis applique un taux d’intérêt de 4,6 % pour le remboursement de son avance, soit « un différentiel de rémunération de 3,83 %, pour la part financée par le prêt intragroupe », selon la Cour des Comptes. Le différé tarifaire se monnaie donc, et lisser le coût d’installation des compteurs Linky ne se fait pas gratuitement, Enedis prenant au passage une marge, estimée par la Cour des Comptes à « 464 millions d’euros, en euros constants, sur la période 2014-2031 », de surcoût pour les usagers.

Enedis met également en avant les nouvelles fonctionnalités de son compteur, qui devraient permettre des économies pour les usagers capable de mieux maîtriser leur consommation. Une nouvelle inconnue à prendre en compte pour l’évolution de la facture d’électricité, bien que la directrice adjointe de la CRE estime dans les colonnes du Parisien que le manque d’études solides ne permet pas de s’avancer sur le sujet.

Difficile donc de savoir avec exactitude si l’effet du mécanisme de différé tarifaire mis en œuvre dans le cadre du déploiement de Linky aura un effet direct sur la facture des usagers. La Cour des compte soutient que oui, Enedis assure que non. Un point semble néanmoins faire l’unanimité : le déploiement des compteurs Linky est un facteur d’économies à moyen terme, en dépit des coûts d’investissements.

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