L’opposant russe Alexeï Navalny présente « des traces d’empoisonnement », confirme l’hôpital allemand où il est soigné – Le Monde

Spread the love
L’hôpital de la Charité, à Berlin, où est hospitalisé Alexeï Navalny, le 22 août.

L’opposant russe Alexeï Navalny présente des « traces d’empoisonnement », a annoncé lundi 24 août l’hôpital berlinois de la Charité, où il a été admis ce week-end après son transfert de Sibérie. « Les résultats cliniques révèlent une intoxication par une substance du groupe des inhibiteurs de la cholinestérase », a-t-il précisé dans un communiqué. Le poison spécifique « n’a pas encore été identifié et une nouvelle analyse de grande envergure a été lancée », prévient-il.

« L’issue de la maladie reste incertaine » et des séquelles à long terme, « en particulier dans le domaine du système nerveux, ne peuvent être exclues à ce stade », ajoute l’établissement berlinois, l’un des plus réputés du monde. M. Navalny, 44 ans, « se trouve dans une unité de soins intensifs et il est toujours dans un coma artificiel », précise l’hôpital, « son état de santé est grave, mais sa vie n’est pas en danger », affirment les médecins qui ont examiné le patient « de manière approfondie ». L’opposant numéro un au régime de Vladimir Poutine est traité avec un antidote, assure l’hôpital.

Protection policière

Plus tôt, le porte-parole du gouvernement allemand, Steffen Seibert, avait déclaré que Berlin jugeait « assez probable » l’empoisonnement, en justifiant dans ces circonstances la protection policière offerte à l’hôpital de Berlin à M. Navalny. « Le soupçon ne porte pas sur le fait que M. Navalny se soit empoisonné lui-même, mais que quelqu’un a empoisonné M. Navalny, et le gouvernement allemand prend ce soupçon très au sérieux, a fait valoir le porte-parole. Il n’y a pas eu d’invitation formelle [du gouvernement allemand] mais, pour des raisons humanitaires, M. Navalny a pu entrer rapidement dans le pays à la demande de sa famille. »

M. Navalny est le principal opposant au Kremlin ; ses publications dénonçant la corruption des élites russes sont abondamment partagées sur les réseaux sociaux.

Jeudi, il a été hospitalisé dans la ville russe d’Omsk, dans le coma, placé en réanimation et relié à un respirateur artificiel, après avoir fait un malaise dans un avion. Ses proches assurent qu’il s’agit d’un « empoisonnement intentionnel ».

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Hospitalisé à Berlin, l’opposant russe Alexeï Navalny se trouve toujours dans le coma

Il a été ensuite évacué samedi matin vers Berlin dans un jet privé affrété par une ONG allemande, au terme d’une journée de bras de fer entre la famille de M. Navalny et les médecins russes, qui ont d’abord affirmé que son état était trop instable, avant de donner leur feu vert.

Les médecins russes disent n’avoir subi « aucune pression »

De leur côté, les médecins russes ont affirmé, lundi, n’avoir reçu « aucune pression » extérieure ou ingérence de la part du gouvernement. « Nous ne nous sommes mis d’accord sur le diagnostic avec personne. Aucune pression n’a été exercée sur nous de l’extérieur, de la part de médecins ou d’autres forces, a déclaré Alexandre Mourakhovski, médecin en chef de l’hôpital d’Omsk, lors d’une conférence de presse retransmise en ligne. Par de grands efforts, nous lui avons sauvé la vie. »

Le refus initial de transférer M. Navalny à l’étranger a été dénoncé par ses alliés comme une « décision politique » qui « menaçait la vie » de l’opposant. Son épouse, Ioulia Navalnaïa, avait, elle, dit ne « pas faire confiance » à cet hôpital public. Elle avait affirmé avoir été empêchée de voir son mari dans un premier temps, puis de parler aux médecins allemands.

Certains partisans de l’adversaire numéro un de M. Poutine soupçonnent que le transfert a été retardé afin que le poison qu’il aurait ingéré devienne plus difficile à détecter. Anatoli Kalinitchenko, le directeur adjoint de l’hôpital sibérien, a, pour sa part, précisé que, selon deux laboratoires, à Omsk et à Moscou, « aucune substance pouvant être considérée comme du poison (…) n’[avait] été identifiée » dans l’organisme du malade.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi La Russie et les empoisonnements, vingt ans de crimes sans commanditaires

Le Monde avec AFP

Leave a Reply