Le streaming “day & date”, l’ennemi de la salle aux Etats-Unis

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L’analyse du FT s’appuie sur les recettes du mois d’octobre 2021 aux Etats-Unis, le meilleur mois de l’année à date, avec 637 millions de dollars de recettes. Deux films ont réalisé 50% des recettes : «Venom : Let There Be Carnage » avec 190 millions de dollars et « No Time to Die » avec 133 millions de dollars de recettes.

Le day & date nuit à la salle

Et parmi les cinq films qui se sont hissés dans le Top des entrées salles, trois films sont sortis simultanément en salles et en streaming : « Dune » (86 millions de dollars), « Halloween Kills » (55 millions de dollars) et « La famille Addams 2 » (52 millions de dollars).  Dans un communiqué qui faisait suite à la sortie de « Black Widow » en simultané au mois de juillet dernier, la NATO (National Association of Theatre Owners) déclarait : « La sortie simultanée est un artefact de l’ère des pandémies qui devrait être laissé à l’histoire avec la pandémie elle-même. » Traduire : les sorties simultanées en day and date nuisent à l’exploitation salles.

Une analyse qui mérite d’être approfondie

Pour appuyer cette analyse, au moment même où les studios ont raccourci le délai entre la salle et le streaming (PVOD, TVOD ou SVOD), le Financial Times a travaillé à partir des données de la société spécialisée Comscore pour aboutir au constat suivant : « les films sortis simultanément ont tendance à être moins performants que les films sortis exclusivement dans les cinémas. » Selon le journal anglais, « les recettes au box-office des films à sortie simultanée ont chuté d’un pourcentage médian de 57 %, contre 54 % pour les films sortis exclusivement en salle. Bien que la différence ne soit pas énorme, elle peut se chiffrer en millions de dollars. »  Pour appuyer sa démonstration, le FT explique qu’au cours de sa deuxième semaine, les recettes du film « Black Widow » ont chuté de 65 %, les recettes s’étant stabilisées à partir de la cinquième semaine. Le film a réalisé un chiffre d’affaires cumulé de 184 millions de dollars sur 14 semaines, soit plus ou moins le même chiffre que celui généré en trois semaines par le Marvel, « Shang-Chi et la légende des dix anneaux ». Les recettes de « Free Guy », qui avait une fenêtre exclusive de 45 jours dans les cinémas, ont chuté de 36 % en deuxième semaine, l’une des meilleures performances de tous les films de l’été.

Les femmes de plus de 35 ans préfèrent le streaming

Comscore a également constaté que les films exploités uniquement en salle ont également enregistré des multiples de week-end d’ouverture plus élevés, c’est-à-dire le rapport entre le total des recettes et le chiffre du week-end d’ouverture ce qui a fait dire à Paul Dergarabedian, analyste principal des médias chez Comscore : « Le modèle de sortie simultanée nuit aux recettes potentielles à long terme du box-office, car les fans inconditionnels se précipiteront le week-end de l’ouverture et sur le long terme, tandis que les moins enthousiastes choisiront de regarder le film chez eux. » Selon le Wall Street Journal, une enquête réalisée en septembre par la société de recherche et d’analyse Engine Insights, 66 % des femmes de plus de 35 ans ont choisi de voir un film sorti en salles en streaming à la maison moyennant un supplément (PVOD) ou d’attendre plus d’un mois avant de pouvoir le regarder en streaming gratuitement (SVOD). L’article note par ailleurs que les jeunes étaient au rendez-vous de la salle. Un constat qui fait trembler Hollywood à la veille des sorties des films de fin d’année qui ont pour habitude de faire le plein de spectateurs.

Indestructible piratage ? 

Au banc des accusés aux côtés du streaming, le piratage. Selon TorrentFreak Black Widow a été le film le plus piraté pendant trois semaines consécutives après sa sortie en juillet, et a été piraté à un taux plus de quatre fois supérieur à celui de Shang-Chi dans les 10 premiers jours de leur sortie. De tous temps, dès qu’une copie numérique existe, elle circule sur les réseaux pirates, qu’elle soit protégée ou pas par des DRM. Tant que des sites illégaux auront pignon sur rue on trouvera des films à voir sans les payer.  

Vers une nouvelle chronologie

Le débat sur les sorties simultanées est donc loin d’être clos. Néanmoins, les studios ont adopté des stratégies pragmatiques : le day-and-date fâche les exploitants mais il a aussi favorisé des accords qui permettent de sortir des films en PVOD au bout d’un mois (No Time to Die par exemple), ou d’être mis en ligne 45 jours après sa sortie en salles. La stratégie mise en place par NBCUniversal est révélatrice de l’évolution des studios. La fenêtre de la salle a été compressée pour laisser place aux premières exploitations payantes à l’acte à partir du 31ème jour. L’accord avec Cinemark prévoit au moins trois week-ends complets (17 jours) d’exclusivité en salle pour toutes les sorties en salle d’Universal Pictures et de Focus Features, après quoi le studio aura la possibilité de rendre ses titres disponibles sur les plateformes de vidéo à la demande : PVOD, puis EST puis TVOD. Selon les termes de l’accord, tout titre dont l’ouverture atteint 50 millions de dollars ou plus sera diffusé en exclusivité dans les salles pendant au moins cinq week-ends complets (31 jours) avant que le titre puisse être disponible sur les plateformes de PVOD.

Source : OMDIA

La VOD à 3 mois en 2022 ?

Situation impossible à transposer à la France compte tenu de la chronologie des médias. Toutefois, à l’heure où la ministre de la culture a invité les professionnels à trouver un accord avant février 2022, il serait judicieux de s’inspirer des Etats-Unis et de dynamiser la chronologie actuelle en ouvrant les droits VOD à 3 mois comme le demande le nouveau président du SEVAD (Syndicat des Editeurs de Vidéo à la Demande), Mathias Hautefort, dans une tribune publiée cette semaine dans le Film Français. Dans son étude « Durée de vie des films inédits en salles » mise à jour en septembre 2020, le CNC indique d’ailleurs que 90% des entrées salles sont réalisées au bout de 5 semaines. A la fin de la 12ème semaine, ce chiffre atteint 98,8% des entrées. Il n’y a donc aucun obstacle économique à ouvrir la VOD un mois plus tôt afin de compenser l’inéluctable baisse des ventes de supports physiques, DVD et Blu-ray.

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