Incendie dans l’usine Lubrizol de Rouen: les questions qui se posent après la publication de la liste des produits brûlés – BFMTV.COM

Spread the love

Pour essayer de rassurer une population particulièrement inquiète, les autorités ont tenté de jouer la carte de “la transparence” ce mardi soir.

Comme promis, la préfecture de Seine-Maritime a mis en ligne sur son site Internet la liste des produits présents sur le site lors de l’incendie de l’usine Lubrizol de Rouen jeudi dernier. D’après les documents publiés, 5253 tonnes de produits chimiques au total ont été détruits dans l’incendie de l’usine classée Seveso, seuil haut.

“Tous les produits ne sont pas dangereux. La dangerosité dépend de la quantité présente, du devenir des molécules après avoir brûlé et de la manière dont on est exposé (contact cutané, inhalation, ingestion)”, est-il précisé sur l’un des documents publiés, accompagnant la liste des produits incendiés.

  • Quelle est la dangerosité de ces produits?

La préfecture publie sur son site la liste des produits chimiques présents dans ces principaux “additifs multi-usages”: des améliorants de viscosité, des dispersants, de l’huile vierge, des détergents, des additifs anti-usure”, des solvants…

La liste des produits chimiques présents dans les principaux additifs multiusage.

Des rapports officiels consultés mardi par Mediapart évoquaient en 2016 la présence dans l’usine Lubrizol de produits “très dangereux pour l’environnement” et “nocifs”. Les documents publiés ce mardi – parmi lesquels 479 fiches de sécurité, qui “précisent les caractéristiques des produits et les risques associés, notamment en cas de combustion” – attestent du niveau de dangerosité des produits stockés dans l’usine Lubrizol.

Bien que la préfecture indique que “tous les produits ne sont pas dangereux”, les listes révèlent que plusieurs d’entre eux sont classés “hautement inflammables”. Plusieurs produits sont par ailleurs classés “très toxiques pour les organismes aquatiques”, “susceptibles de nuire à la fertilité ou au foetus”. Pour certains, il est indiqué qu’ils peuvent être “toxiques” voire “mortels” si inhalés. D’autres encore peuvent présenter “des effets graves pour les organes”, être cancérogènes ou “irritants pour les voies respiratoires”.

  • Que sont-ils devenus après leur combustion?

Pour l’heure, on ignore cependant si les produits présentent la même dangerosité une fois brûlés. Les rapports officiels consultés par Mediapart estimaient qu’un incendie pourrait donner lieu à la “formation de substances toxiques”.

“On nous donne une fonction, mais cela ne nous dit pas quel est le produit chimique qui est derrière”, a regretté sur BFMTV Gilles Dixsaut, médecin, président du Comité national contre les maladies respiratoires. Au vue du manque de grille d’analyse pour éplucher cette longue liste de produits, “il faut donc aller chercher dans la liste, un par un, ceux qui peuvent présenter un danger”.

“Ce sont majoritairement des hydrocarbures”, a affirmé de son côté Laura Verdier, ingénieure en environnement, fondatrice de LVR consulting, à la lecture des documents publiés par la préfecture. “Mais ce ne sont pas les produits en eux-mêmes qui vont poser problème”, a-t-elle tempéré, rappelant “C’est plutôt leur combustion et ceux qui ont été dégradés dans l’incendie”.

“La question est désormais de savoir ce qui est parti dans les fumées”, a abondé Gilles Dixsaut. “Puisqu’on a manifestement eu des modifications des produits lors de leur combustion: en quoi se sont transformés ces produits? Pour l’instant on ne le sait pas encore, ces recherches n’ont pas encore été faites”.

  • Les analyses actuelles sont-elles suffisantes?

Depuis l’incendie jeudi, les autorités ont multiplié les déclarations rassurantes et diffusé de premières analyses, notamment des prélèvements d’air ou de suies. Conclusion du préfet de Seine-Maritime mardi à la mi-journée sur BFMTV: “Je vis à Rouen, je travaille à Rouen, il n’y a pas de risque pour la santé”, a-t-il martelé.

“Il faut un certain temps de laboratoire pour analyser certaines toxines, a nuancé Laura Verdier après la diffusion de la liste des produits stockés dans l’entrepôt incendié. Donc à l’heure actuelle on a pas eu le temps nécessaire pour les analyser”.

Si “cette liste ne nous permettra pas de dire ce qu’il y a dans l’atmosphère”, regrette l’ingénieure, celle-ci assure que cette liste de produits va permettre aux autorités sanitaires de “faire des investigations supplémentaires pour qu’on sache et qu’on évalue mieux ce qui s’est passé”.

Les agences publiques chargées des risques industriels (Ineris) et de la santé (Anses) vont être consultées sur l’éventualité de rechercher de nouveaux produits dans les retombées, a annoncé la ministre de la Transition écologique Elisabeth Borne.

Une campagne de prélèvements (air, eau, sols, aliments…), “engagée dès le début de l’accident” sera adaptée “et si nécessaire complétée afin de procéder à une évaluation quantitative des risques sanitaires qui se déroulera pendant plusieurs semaines”, précise la préfecture. “En fonction des résultats de cette évaluation, une surveillance sanitaire adaptée sera mise en place”, indique-t-elle.

  • Quels risques représentent les fûts encore présents sur le site?

Reste également à sécuriser le site. Elisabeth Borne a indiqué mardi qu’une partie des produits avait pu être évacuée jeudi lors de l’incendie par les services de secours. Mais quelques 1000 fûts sont encore présents, parmi lesquels “160 sont en état délicat” et dont le contenu de certains est potentiellement très dangereux.

Pour ces 160 fûts, “un protocole d’intervention est en cours de finalisation que je devrais signer dès ce soir”, a précisé mardi le préfet de Seine-Maritime Pierre-André Durand. Il permettra, selon lui, dans les prochains jours l’évacuation de ces fûts “qui participent aux émanations d’odeurs”.

Patrick Berg, directeur de la Direction Régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement (Dreal) de Normandie a précisé que ces 160 fûts “contiennent un produit qui comprend du soufre et dont l’échauffement peut produire du mercaptan et du H2S (sulfure d’hydrogène) qui est beaucoup plus toxique que le mercaptan”.

Le sulfure d’hydrogène est “un gaz extrêmement impactant sur la santé et qui requiert des précautions infinies dans les opérations”, a expliqué sur BFMTV Laura Verdier.  “Mercaptan et H2S sont des composés préoccupants”, a reconnu pour sa part Patrick Berg, mais “il n’en a pas été détecté”, selon lui.

Leave a Reply