La Française n’est pas parvenue jeudi à convaincre les eurodéputés de son intégrité à l’issue d’une seconde audition.

Le Monde avec AFP Publié aujourd’hui à 14h26, mis à jour à 15h44

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Elle les avait appelés à statuer en leur « âme et conscience ». Cela n’aura pas suffi. Le Parlement européen a rejeté, jeudi 10 octobre, à une large majorité la candidature de Sylvie Goulard, ex-ministre désignée pour siéger dans la future Commission européenne par le président français, Emmanuel Macron, qui devra donc lui trouver un remplaçant après ce revers.

Mme Goulard a été recalée (82 voix contre, 29 pour et une abstention) par les eurodéputés des commissions du Parlement qui l’avaient auditionnée pour la seconde fois, expose le décompte du vote fourni par des sources parlementaires.

« Je prends acte de la décision du Parlement européen, dans le respect de la démocratie. Je remercie le président de la République [français] et [la présidente de la Commission européenne] Ursula von der Leyen pour leur confiance et tous les députés qui ont voté pour moi », a réagi l’intéressée dans un message publié sur son compte Twitter.

« Tout le monde est contre Goulard sauf Renew Europe », la formation à laquelle elle appartient, avait déclaré une source parlementaire avant le vote.

« L’Elysée prend acte du vote négatif du Parlement européen à l’égard de Sylvie Goulard », a déclaré la présidence française, estimant qu’elle faisait l’objet d’un « jeu politique qui touche la Commission européenne dans son ensemble ».

Les réactions politiques diverses n’ont pas tardé à affluer. Yannick Jadot, député européen Europe Ecologie-Les Verts (EELV), interroge : « Comment le président Emmanuel Macron a-t-il pu faire le choix d’affaiblir à ce point la position de la France en Europe et d’ignorer avec autant d’arrogance l’indispensable éthique qui doit guider nos institutions ? » Marine Le Pen, présidente du Rassemblement national (RN), y voit, elle, « un désaveu cinglant » pour le président français.

Troisième candidate rejetée

Mme Goulard avait été désignée par la présidente allemande de la nouvelle Commission, Ursula von der Leyen, pour un important portefeuille regroupant le marché intérieur, l’industrie, la défense, l’espace, le numérique et la culture.

Elle est la troisième candidate recalée par les députés européens après le conservateur Hongrois Laszlo Trocsanyi (PPE) et la socialiste roumaine Rovana Plumb.

Le Parlement européen devait décider si Sylvie Goulard avait toutes les compétences requises pour son portefeuille et si elle présentait toutes les garanties d’intégrité personnelle et d’indépendance.

Les doutes exprimés sur son intégrité et son indépendance lui ont imposé de répondre à des question écrites après sa première audition, le 2 octobre. Elles ont été jugées insuffisantes et l’ont obligée à se soumettre à l’épreuve d’une seconde audition.

Deux enquêtes sont en effet en cours, l’une par la justice française, l’autre par l’Office européen de lutte antifraude (OLAF), sur sa participation à un système d’emploi fictif présumé pour son parti, le MoDem, en rémunérant un assistant parlementaire en France avec les fonds européens accordés aux députés par le Parlement européen.

« Mme Goulard doit expliquer pourquoi une enquête qui l’a contrainte à démissionner de son poste de ministre en France ne l’empêcherait pas de devenir commissaire européen », avait expliqué le chef d’un groupe politique avant l’audition.

Des interrogations ont également été émises sur les activités ayant justifié d’importantes rémunérations obtenues entre 2013 et 2016 de l’Institut Berggruen, fondé par le milliardaire germano-américain Nicolas Berggruen, alors qu’elle était députée européenne. L’OLAF a confirmé enquêter sur d’« éventuelles irrégularités concernant les activités que Mme Goulard a menées pour l’Institut Berggruen alors qu’elle était députée européenne ».

Sylvie Goulard a rappelé jeudi qu’elle n’avait pas été mise en examen et a invoqué la présomption d’innocence pour refuser de retirer sa candidature.

Elle a insisté sur la confiance que lui avait accordée la nouvelle présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et a déclaré que si elle venait à être mise en examen, elle démissionnerait dès lors que Mme von der Leyen l’exigerait.

« C’est maintenant à vous de prendre votre décision en votre âme et conscience, en garantissant la présomption d’innocence », a-t-elle conclu. Le Parlement européen doit voter l’investiture de la nouvelle commission le 24 octobre lors de sa session plénière à Strasbourg (France).

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Goulard s’« engage à démissionner » en cas de condamnation

Visée par une enquête dans le cadre des emplois fictifs du MoDem, Sylvie Goulard a essayé, lors de sa première audition par les eurodéputés, le 2 octobre, d’expliquer pourquoi elle avait démissionné en juin 2017 de son poste de ministre des armées d’Emmanuel Macron, et pourquoi elle ne voyait pas de raison de refuser l’offre d’Ursula von der Leyen d’être commissaire au marché intérieur. « Si je suis confrontée à des décisions judiciaires, telles qu’une mise en examen, je me demanderai si je peux continuer à exercer efficacement mon mandat », assure Mme Goulard, mardi 8 octobre, dans les réponses écrites qu’elle a transmises au Parlement européen, à la suite des questions qui lui ont été adressées. « Je consulterai ensuite, conformément au code de conduite de la Commission, la présidente [de la Commission européenne, Ursula von der Leyen] sur les mesures à prendre », poursuit la Française, qui néanmoins s’« engage à démissionner » si elle était « condamnée par un jugement définitif pour une infraction relevant de l’exercice d’une fonction publique ». Un point de vue qu’elle aura tout loisir de justifier lors de sa seconde audition par les eurodéputés, jeudi 10 octobre.

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