Jean-Michel Blanquer, bête noire de l’aile gauche de la majorité – BFMTV.COM

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Il est de ces ministres qui prennent vite l’habitude d’irriter – ou à tout le moins plonger dans l’embarras – leur majorité parlementaire. Hier, c’était Jean-Pierre Chevènement avec les socialistes, lorsque le maire de Belfort occupait le ministère de l’Intérieur. Aujourd’hui, c’est Jean-Michel Blanquer. Le bras de fer du ministre de l’Éducation nationale avec le remuant député La République en marche Aurélien Taché a semé le trouble, contraignant les uns et les autres à se positionner, à choisir un camp. Y compris au sein du gouvernement.

Ce genre de tohu-bohu agace au plus haut point le gros des troupes LaREM, qui tiennent par dessus tout à préserver leur “diversité”. Certains reconnaissent volontiers leur “gêne” face au débat de fond qui se joue derrière le mano a mano entre l’ancien recteur de l’Académie de Créteil et le député du Val-d’Oise. Celui portant sur la laïcité, l’intégration et l’islam, sujets qu’Emmanuel Macron compte d’ailleurs bientôt aborder à travers une prise de parole publique. 

“Les sous-entendus posent problème”

“Blanquer et Taché sont deux personnes aux idées très différentes. J’ai envie de dire qu’ils ont des positions extrémistes”, résume auprès de BFMTV.com Jean-François Cesarini, élu dans le Vaucluse et signataire d’une tribune sur l’immigration qui, au lendemain d’un laïus du chef de l’État sur le sujet, avait fait grand bruit durant le mois de septembre. 

“Si je me tiens au mot à mot de ce qu’a dit Blanquer dimanche sur le voile, à savoir le fait qu’il n’envisage à aucun moment d’en interdire le port lors des sorties scolaires, je n’ai rien à y redire. C’est dans les sous-entendus que les problèmes se posent”, poursuit le député.

Une bataille des mots, donc. Rien de nocif sur le papier. “Je pense que ça va assez vite se tasser, cette affaire”, glisse un autre élu LaREM. Le problème, c’est qu’il ne s’agit pas de la première. Le mot “irréconciliable”, jadis invoqué par Manuel Valls pour synthétiser les désaccords massifs entre deux pans de la gauche sur les questions économiques, risque-t-il de s’imposer chez les marcheurs sur le communautarisme?

“On sent bien que Blanquer, il aimerait étendre la laïcité à tout l’espace public, au périscolaire, etc. Donc on a d’un côté une vision très légaliste et de l’autre celle de Taché, très anglo-saxonne, consistant à dire que le mélange communautaire, laisser chacun faire comme il veut, c’est cool. Si un jour il voyait une femme voilée à un guichet des impôts, ça ne le choquerait pas”, décrypte Jean-François Cesarini, qui défend pour sa part une “laïcité de neutralité”. “Je n’ai pas à choisir entre Blanquer et Taché”, ajoute-t-il.

“Il aurait aimé faire voter l’amendement Ciotti”

Et l’ancien socialiste d’évoquer l’épisode de “l’amendement Ciotti”, en février dernier. En plein débat parlementaire autour du projet de loi sur l’école de la confiance, porté par Jean-Michel Blanquer, le député Les Républicains des Alpes-Maritimes a défendu plusieurs amendements visant à durcir le texte. L’un d’entre eux, repris par le ministre avant d’être finalement rejeté, résonne particulièrement avec l’actualité de ces dernières semaines:  

“Lorsqu’ils accompagnent les élèves lors des sorties et voyages scolaires, le port de signes ou tenues par lesquels les parents d’élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse est interdit.”

Le contenu de cet amendement, quoi qu’on en pense, se sera avéré prémonitoire au vu de la récente polémique autour de la FCPE, syndicat de parents d’élèves qui défend le droit des mères musulmanes à porter le voile lors des sorties scolaires. Un voile islamique dont Jean-Michel Blanquer estime qu’il n’est “pas souhaitable dans la société”, donc. “Je pense qu’il aurait bien aimé faire voter l’amendement Ciotti”, affirme Jean-François Cesarini. 

Un ministre “très exposé”

Pour Jean-François Eliaou, défenseur d’une vision très rigoriste de la laïcité, opposée au communautarisme, ce débat Blanquer-Taché est “celui d’une minorité contre une autre minorité”. “Le ministre est très exposé, puis en plus il se fait taper dessus par ses collègues Cédric O et Sibeth Ndiaye… Il s’est énervé, c’est normal”, ajoute l’élu de l’Hérault, qui poursuit:

“Je n’identifie pas le groupe à Aurélien Taché ou à Fiona Lazaar (députée également issue de l’aile gauche de LaREM, ndlr). Ils ont un rôle de lanceur d’alerte, c’est bien d’avoir ça. De l’autre côté, Blanquer a une vision de l’école un peu ‘IIIe République’, il protège l’institution dont il a la responsabilité. Et puis il faut tenir compte de notre électorat, plutôt au centre-droit sur les questions de laïcité. Il n’est pas interdit de faire de la politique.”

Interrogé sur les sanctions exigées par le ministre de l’Éducation à l’égard du député du Val-d’Oise, un pilier de la majorité regrette “une mauvaise réponse à une mauvaise comparaison”. Celle, effectuée par Aurélien Taché auprès du Point, consistant à dire que le Rassemblement national récupérait “les mots de Jean-Michel Blanquer”. Le locataire de la rue de Grenelle n’est pas aidé par le fait que ses principaux soutiens – la députée ex-LR Aurore Bergé, la secrétaire d’État Marlène Schiappa – ne sont pas les personnalités les plus appréciées du mouvement. Au contraire.

“Le nombre de fois où on a envie de lui dire ‘tais-toi’, à Taché…”, soupire malgré tout un député LaREM en vue, qui défend bec et ongles le ministre. Et de développer:

“Ce qu’Aurélien occulte, c’est que la France, ce n’est pas sa circonscription. Dans la France profonde, ses propos sont perçus comme une provocation. Quant à Blanquer, son souci, c’est que c’est son poste qui clive. On est quasiment dans de la philosophie.”

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