Israël-Palestine : qu’est-ce que le Hamas, l’organisation islamiste qui contrôle Gaza ? – franceinfo

Spread the love

Un conflit pour gagner en légitimité aux yeux des Palestiniens ? L’affrontement sanglant qui opposait le Hamas et Israël depuis une dizaine de jours a pris fin jeudi 20 mai. L’organisation islamiste, qui contrôle la bande de Gaza, avait envoyé plus de 4 000 roquettes vers l’Etat hébreu depuis le 10 mai, en réponse selon elle aux centaines de Palestiniens blessés lors de heurts avec la police israélienne sur l’esplanade des Mosquées à Jérusalem. Israël a ensuite lancé une opération militaire visant à “réduire” les capacités militaires du Hamas.

Si le nom de l’organisation est largement connu, son fonctionnement et son histoire le sont beaucoup moins. Pour y voir plus clair, franceinfo répond aux questions que vous vous posez au sujet du Hamas, devenu incontournable en Palestine.

1Un mouvement nationaliste et islamiste

Le Hamas est un mouvement islamiste palestinien, principalement actif dans la bande de Gaza. Son nom est un acronyme pour Mouvement de résistance islamique. “C’est par essence un mouvement nationaliste, avec une idéologie islamique, explique à franceinfo Tareq Baconi, analyste à l’International Crisis Group et auteur du livre Hamas Contained: The Rise and Pacification of Palestinian Resistance* (Stanford University Press, 2018). “Le mouvement est engagé dans une lutte armée contre Israël, qu’il voit comme un Etat colonial en Palestine.”

L’organisation, présidée par Ismaïl Haniyeh, possède deux branches : l’une armée, les brigades Izz al-Din al-Qassam, et l’autre politique. Le Hamas contrôle la bande de Gaza, territoire palestinien situé entre Israël, l’Egypte et la mer Méditerranée, sous le coup d’un blocus israélo-égyptien depuis 2007.

2Une émanation des Frères musulmans née avec la première intifada

Le Hamas est créé en 1987 après le début de la première intifada (“soulèvement” en arabe) contre l’occupation par Israël de la Cisjordanie et de la bande de Gaza. Mais ses racines sont plus anciennes. “Le mouvement est une transformation des Frères musulmans [mouvement islamiste né en Egypte et actif dans de nombreux pays], présents à Jérusalem dès 1946 par le biais d’activités caritatives”, explique à franceinfo Khaled Al Hroub, professeur à l’université Northwestern au Qatar et auteur du livre Le Hamas (Démopolis, 2008). Les dirigeants du Hamas adoptent une nouvelle stratégie, celle de se confronter directement à Israël par la force. Mais les activités caritatives et d’éducation ont continué.”

“Les gens pensent que le Hamas n’est qu’un groupe militaire, mais il a bien d’autres dimensions, qu’elles soient politiques ou sociales.”

Khaled Al Hroub, professeur à l’université Northwestern au Qatar

à franceinfo

3Une idéologie qui a évolué au fil des ans

Lors de sa fondation, le Hamas se dote d’une charte régissant son fonctionnement et ses principes. L’organisation y appelle au jihad contre les juifs ainsi qu’à la disparition de l’Etat d’Israël et à l’instauration d’un Etat islamique palestinien, ce qui lui vaut de nombreuses accusations d’antisémitisme. Le Hamas est alors opposé à tout dialogue avec l’Etat d’Israël.

Le Hamas se démarque largement de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) fondée notamment par Yasser Arafat, le père du Fatah, un autre mouvement palestinien. L’organisation rejette ainsi les accords d’Oslo signés entre l’OLP et Israël en 1993, qui visaient à organiser un processus de paix menant à une solution à deux Etats. “Ce moment est une étape importante pour le Hamas : en condamnant le processus de paix, il va se positionner différemment sur la scène politique palestinienne”, explique à franceinfo Leïla Seurat, chercheuse associée à l’Observatoire des mondes arabes et musulmans de l’Université libre de Bruxelles et autrice du livre Le Hamas et le monde (CNRS éditions, 2015).

Alors que le processus de paix s’enlise au fil des années, le Hamas organise des actions violentes contre des civils israéliens, qui feront “dérailler le processus de paix, jugé illégitime”, ajoute la chercheuse. Le groupe va ainsi “tuer des centaines d’Israéliens” dans des attaques-suicides durant les années 2000, marquées par la deuxième intifada, rappelle l’agence de presse AP (lien en anglais). C’est par exemple le cas en août 2004, lorsque l’organisation revendique deux attentats-suicides ayant fait 16 morts. Le Hamas qualifie cette action de “riposte” après la mort de deux de ses dirigeants, tués lors d’un raid israélien.

L’idéologie de l’organisation évolue sensiblement en 2006, lorsqu’elle décide d’investir la scène politique palestinienne, ce qu’elle avait jusqu’alors refusé. 

“La deuxième intifada a été un élément déclencheur. Le Hamas va alors considérer que son rejet des accords d’Oslo ne l’empêche pas de participer au processus électoral.”

Leïla Seurat, chercheuse à l’Université libre de Bruxelles

à franceinfo

La branche politique gagne alors largement les élections législatives organisées cette année-là. Cela crée une forte rivalité entre l’Autorité palestinienne, contrôlée par le Fatah, et le Hamas. Un an plus tard, en 2007, ce dernier prend le contrôle de la bande de Gaza par la force et expulse les forces du Fatah qui y étaient présentes. Israël et l’Egypte répliquent en imposant un blocus, toujours en vigueur aujourd’hui.

A la faveur d’un changement de leadership, le Hamas amende sa ligne politique via un document politique publié en 2017. Pour la première fois, et sans reconnaître directement l’Etat d’Israël, le Hamas accepte la création d’un Etat palestinien intérimaire à Gaza, en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, reprenant les frontières de 1967 (qui correspondent à la ligne de démarcation entre les forces israéliennes et arabes après la signature de plusieurs armistices en 1949). Sans revenir sur la charte de 1988, le document souligne que le combat du Hamas n’est pas mené contre les juifs, mais contre “les agresseurs sionistes occupants”.

“Le discours religieux du Hamas s’est désormais fondu dans une rhétorique de conformité au droit international. Il veut montrer que sa lutte est légitime.”

Leïla Seurat, chercheuse à l’Université libre de Bruxelles

à franceinfo

4Une rivalité féroce avec le Fatah du président Mahmoud Abbas

Le Fatah, considéré comme étant à gauche de l’échiquier politique, et le Hamas sont deux mouvements politiques concurrents. “Il n’y a pas d’unité entre les deux entités, souligne Tareq Baconi. Le Hamas et le Fatah sont en compétition pour le leadership du mouvement palestinien. Ils ont des idéologies différentes et des visions opposées sur la façon dont la libération de la Palestine devrait se produire.”

La division est également géographique. Le Hamas gouverne Gaza depuis 2007, tandis que le Fatah, via l’Autorité palestinienne et le président Mahmoud Abbas, gère la Cisjordanie et Jérusalem-Est. L’Autorité palestinienne est d’ailleurs perçue comme plus conciliante à l’égard d’Israël et est, officiellement, l’interlocutrice de la communauté internationale dans le processus de paix.

La rivalité entre les deux groupes se traduit parfois par des affrontements armés. En 2006, les forces de sécurité palestiniennes, loyales au président Mahmoud Abbas, avaient tiré sur la foule lors d’un rassemblement du Hamas à Ramallah, en Cisjordanie, faisant plusieurs blessés. En 2009, Le Figaro rapportait que le mouvement islamiste emprisonnait et torturait des militants du Fatah présents à Gaza. Plusieurs tentatives de gouvernement d’union depuis 2011 se sont soldées par un échec et, faute d’accord, le Parlement palestinien ne siège plus depuis 2007.

5Un soutien de la population palestinienne qui s’érode

Le Hamas a longtemps disposé du soutien d’une grande partie de la population de la bande de Gaza. “La stratégie de tenir tête à Israël et le travail caritatif effectué par le Hamas expliquent le soutien important de la population”, rappelle Khaled Al Hroub.

Mais l’adhésion de la population, épuisée par une économie moribonde et un blocus sans fin, semble toutefois s’être érodée au cours des dernières années. Un sondage relayé fin mars par la chaîne israélienne i24news ne donnait que 18% à la liste du Hamas dans le cadre d’élections législatives qui devaient se tenir en mai, mais qui ont été repoussées sine die. “Il y a une critique de l’ensemble des Palestiniens de leur leadership respectif [dans la bande de Gaza pour le Hamas et en Cisjordanie et à Jérusalem-Est pour le Fatah], souligne Leïla Seurat. Notamment de leur responsabilité dans le fait qu’il n’y ait pas d’union nationale. Il y a eu une déconnexion progressive des Palestiniens avec les appareils politiques.”

Les habitants de Gaza semblent cependant soutenir le choix du Hamas d’entrer en confrontation avec Israël le 10 mai. “La plupart des Palestiniens soutiennent la réponse militaire, mais ça n’est pas la même chose que de soutenir le Hamas, nuance Leïla Seurat. Ils y voient un moyen de lutter contre l’occupation israélienne, mais ce soutien est déconnecté de toute considération politique.”

6Classé “terroriste” par certains pays, soutenu par d’autres

L’Union européenne, dont la France, ainsi que les Etats-Unis considèrent le Hamas comme une organisation terroriste, notamment à cause de ses actions violentes envers des civils. C’est aussi le cas de l’Egypte, de la Jordanie et d’Israël. Le Royaume-Uni, lui, ne range que la branche armée du groupe dans la catégorie terroriste.

Cette classification ne signifie cependant pas que ces pays ne parlent pas au Hamas, l’organisation étant incontournable en Palestine. “Des discussions sont organisées par des intermédiaires, notamment le Qatar et l’Egypte”, explique Khaled Al Hroub. “Israël est en négociation directe avec le Hamas depuis 2007 et l’instauration du blocus”, ajoute Tareq Baconi. C’est notamment la médiation de l’Egypte qui avait permis l’instauration d’un couvre-feu en 2014. Comme le relève France 24 (lien en anglais), le pays a joué le même rôle lors de la résolution du conflit qui vient de s’achever.

Le Hamas entretient des relations avec plusieurs nations. “Il a des représentants en Turquie et au Qatar, explique Tareq Baconi. Ces pays (…) investissent d’importantes sommes d’argent dans la reconstruction et de l’aide humanitaire pour Gaza. C’est un soutien important, même si cet argent ne va pas directement dans les coffres de l’organisation.” Surtout, souligne le chercheur, “le Hamas est soutenu militairement et financièrement par l’Iran”.

7La confrontation avec Israël, une opportunité pour renforcer sa légitimité interne

Officiellement, le Hamas est entré en confrontation avec l’Etat hébreu pour “mettre un terme à son agression de Jérusalem et son bombardement de Gaza”, a déclaré Hazem Qassam, le porte-parole de l’organisation, à l’agence de presse Reuters (lien en anglais), le 19 mai.

Mais son choix s’explique en partie par des questions de politique interne. “Le Hamas a saisi une opportunité évidente, parce que les élections législatives étaient annulées et qu’il n’était pas certain de les gagner, explique Leïla Seurat. Il se présente comme le seul à défendre tous les Palestiniens. C’est une opportunité d’un point de vue de la légitimité interne.”

* Le Hamas contenu : la montée et la pacification de la résistance palestinienne

Leave a Reply