Ebrahim Raïssi, nouveau visage dur de l’Iran – Le Monde

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Des femmes s’inscrivent pour voter à l’élection présidentielle dans un bureau de vote à Téhéran, le 18 juin 2021.

Il aura été le seul à faire campagne, si loin et si proche à la fois. Si Ebrahim Raïssi, élu président de la République islamique d’Iran avec 61,95 % des suffrages, selon des résultats définitifs annoncés samedi 19 juin, a limité ses apparitions physiques, il a été omniprésent dans l’espace public avec un affichage massif de portraits à son effigie dans les rues et sur les édifices. Le chef de l’autorité judiciaire aura même bénéficié du soutien post-mortem du général Ghassem Soleimani. Mort en janvier 2020, l’ancien chef des opérations extérieures des gardiens de la révolution (l’armée idéologique du pays), le plus célèbre martyr de l’aile dure du régime, a ainsi été « rappelé » pour la cause : des affiches le mettant en scène au côté du futur président jusqu’aux lettres de soutien qu’il lui aurait adressées.

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Ultrafavori faute d’adversaires en mesure de lui contester la victoire, ses challengeurs les plus sérieux ayant été empêchés de se présenter, Ebrahim Raïssi est élu, à l’âge de 60 ans, au terme d’une étrange campagne. Nul n’a été besoin d’une armée de petites mains, de tractages, de militants… Dans la capitale, la machine électorale du camp conservateur s’est bornée à saturer tant l’espace visuel que virtuel avec une campagne agressive menée sur les réseaux sociaux. A la veille du scrutin du 18 juin, des volées de SMS envoyés à tous les abonnés du pays ont pris le relais. Pour encourager la participation, rien n’a été exclu. Fait inédit : l’heure limite du vote a été prolongée jusqu’à 2 heures du matin. Ce qui a été dénoncé par certains comme illégal, car le vote, selon la loi, ne peut être prolongé sur deux jours. Quelques minutes avant minuit, les Iraniens ont reçu un SMS citant le Guide suprême, Ali Khamenei, les appelant à se rendre aux urnes si « nous voulons faire diminuer ou anéantir les pressions économiques comme les sanctions ».

Ton plus nuancé sur le nucléaire

Dans un scrutin qui a vu la base conservatrice se mobiliser, Ebrahim Raïssi a tenté de rassembler au-delà du cercle des plus ultras en menant une campagne axée sur la lutte contre la pauvreté et la corruption dans un pays épuisé par la crise économique et le poids des sanctions internationales, entrées en vigueur après la sortie unilatérale de l’ancien président américain Donald Trump, en 2018, de l’accord sur le dossier nucléaire de Téhéran.

La colère a conduit une majorité d’Iraniens à boycotter le scrutin, avec un taux d’abstention de 51,2 %, selon des résultats définitifs donnés par le ministère de l’intérieur, qui recense aussi près de 3,7 millions de bulletins blancs ou nuls. Mais son image d’homme incorruptible l’a servi auprès de ceux qui ont voté. Parmi les Iraniens qui se sont déplacés aux urnes vendredi, nombre d’électeurs rencontrés ont fait le pari de reporter leur voix sur Ebrahim Raïssi dans l’espoir, souvent sans grande illusion, d’une amélioration de leurs conditions de vie. Loin de toute considération sociétale ou religieuse.

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