L’ancienne ministre des armées a buté sur les réserves des députés européens, liées à sa mission de « consultante » lorsqu’elle siégeait au Parlement et à son implication dans l’affaire des emplois fictifs du MoDem.

Par Publié aujourd’hui à 04h29

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Sylvie Goulard lors de son audition au Parlement européen à Bruxelles, le 10 octobre.

Même les interprètes s’y sont mis, bien malgré eux. L’espace de quelques minutes, le micro du traducteur du français à l’allemand et de l’allemand au français n’a plus fonctionné. Et Sylvie Goulard a dû s’interrompre, le temps que la panne soit réparée. Comme si rien ne devait lui être épargné pour cette seconde audition devant le Parlement européen.

Jeudi 10 octobre, les eurodéputés ont rejeté sa nomination à la Commission, où Ursula von der Leyen, qui doit prendre la tête de l’exécutif communautaire le 1er novembre, souhaitait lui confier le très stratégique portefeuille du marché intérieur. « Je prends acte de la décision du Parlement européen, dans le respect de la démocratie », a-t-elle tweeté dans la foulée.

Le vote au sein des commissions parlementaires concernées par ses dossiers a été sans appel : ils ont été 82 à s’opposer à la candidate française, 29 à la soutenir, et un à s’abstenir. Les libéraux de Renew, dont la liste Renaissance de la majorité d’Emmanuel Macron est la principale formation, lui ont tous apporté leurs voix. Pour le reste, des conservateurs du Parti populaire européen (PPE) à l’extrême gauche (GUE), en passant par les sociaux-démocrates (S&D), les Verts et l’extrême droite (ID), les eurodéputés, à de rares exceptions près, se sont prononcés contre sa nomination.

Sylvie Goulard a buté, une nouvelle fois, sur les réserves des députés, liées à sa mission de « consultante » pour plus de 10 000 euros bruts par mois, entre 2013 et 2015, pour l’Institut Berggruen. Et elle a refusé de s’engager à démissionner si elle devait être mise en examen dans le cadre de l’affaire des emplois fictifs du MoDem. Alors qu’elle avait, à cause de cette même affaire, quitté ses fonctions de ministre des armées de M. Macron, en juin 2017, à peine un mois après avoir été nommée. Un deux poids, deux mesures difficiles à justifier.

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Jadot (Verts) : « la faute de Macron »

Pour la France, c’est un camouflet sans précédent. Et pour M. Macron, qui n’a eu de cesse de vouloir incarner le renouveau de l’Europe, c’est un revers cinglant.

D’ailleurs, jeudi, ils étaient nombreux, dans les couloirs du Parlement européen, à évoquer, comme Yannick Jadot (Verts), « la faute de Macron » qui, en proposant la candidature de Mme Goulard « a affaibli les positions françaises en Europe ».

« Je me suis battu pour un portefeuille, j’ai soumis trois noms » à Mme von der Leyen, a répondu le chef de l’Etat, en déplacement à Lyon. Celui de Sylvie Goulard, mais aussi ceux de Ségolène Royal et de Clément Beaune, son conseiller à l’Europe.

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