Au procès des attentats du 13-Novembre, le récit des otages du Bataclan : « Y a un gars armé qui va entrer. Fais ce qu’il te dit et ne tente rien, ça va aller » – Le Monde

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Grégory a témoigné du « plaisir » pris par les terroristes au Bataclan, au procès du 13-Novembre, à la cour d’assises de Paris, le 19 octobre 2021.

Trois ombres se détachent dans la nuit. Trois corps suspendus dans le vide, accrochés à des rebords de fenêtre au-dessus du chaos. Six ou sept mètres plus bas, sur la chaussée, des dizaines de spectateurs fuient par grappes l’enfer du Bataclan, au milieu des cris et des coups de feu, par les issues de secours qui donnent sur le passage Saint-Pierre-Amelot.

Cette scène, filmée depuis sa fenêtre par un riverain, l’ancien journaliste du Monde Daniel Psenny, a été diffusée, mardi 19 octobre, au procès des attentats du 13-Novembre, devant la cour d’assises spéciale de Paris. Elle a saisi l’effroi de ceux qui sont parvenus à s’extraire de la fosse dans les premières minutes du massacre, et le désespoir de ceux qui se sont retrouvés pris au piège à l’étage.

Ces trois silhouettes se balançant dans le vide, on va bientôt entendre leur histoire, puis celle des onze spectateurs qui ont été retenus en otage par les terroristes dans un couloir situé sur le balcon de la salle de concerts. Six d’entre eux ont raconté devant la cour d’assise ce tête-à-tête avec la terreur qui durera près de deux heures et demie, jusqu’à l’assaut final de la brigade de recherche et d’intervention (BRI), à 0 h 19. Personne n’a côtoyé d’aussi près les donneurs de mort qui ont semé la désolation à Paris cette nuit-là.

Récit : Article réservé à nos abonnés Au procès du 13-Novembre, le récit de l’intervention des forces de l’ordre au Bataclan

Le premier à se présenter à la barre s’appelle David Fritz-Goeppinger. Ce barman de 23 ans à l’époque était à l’étage quand les premiers coups de feu ont retenti dans la fosse, à 21 h 47. Apercevant une porte au bout du balcon, il entreprend de la rejoindre en rampant entre les sièges. Cette porte, qui se refermera bientôt sur ses espoirs de fuite, donne sur un couloir exigu où sont réfugiés quelques spectateurs.

Une femme vient à lui : « Je suis enceinte, est-ce que je peux sauter par la fenêtre ? » David jette un œil dans la rue et lui dit que « non, elle se brisera les jambes ». Tous deux seront, quelques minutes plus tard, deux silhouettes suspendues dans le vide.

« Aidez-moi, je suis enceinte ! »

De l’autre côté de la porte, des coups de feu retentissent sur le balcon. Le carnage de la fosse s’est propagé à l’étage. Le couloir est une impasse. La fenêtre apparaît finalement à David comme une issue pour tenter de rejoindre le toit. Il s’accroche à une grille d’aération, ses mains saignent sur la taule. « Je pèse 90 kg, je comprends que je n’arriverai jamais à me hisser à la force des doigts. » Un jeune homme le rejoint sur la façade. Il s’appelle Sébastien. Sur la vidéo, tous deux apparaissent dans l’encadrement de la même fenêtre, dans une même tentative désespérée pour fuir la mort.

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