Accident de la RN2 : «On a aspergé la voiture avec des extincteurs mais c’était trop tard» – Le Parisien

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L’incessant ballet des camions a repris son cours le long de la RN2, cette « route maudite » comme on l’appelle dans le quartier Champagne, à Laon (Aisne). « On ne compte plus les accidents sur cette portion, il est temps de faire quelque chose », soupire Béatrice, « bouleversée » et « en colère », au lendemain de ce nouveau drame qui a coûté la vie à quatre enfants, âgés de 9 à 13 ans. Comme elle, nombreux sont les habitants à s’être déplacés, ce mercredi 29 juillet, pour rendre hommage aux petites victimes en déposant peluches et bouquets de fleurs au bord de la voie, calcinée sur une cinquantaine de mètres. Percutée à l’avant par un camion, puis à l’arrière par une fourgonnette, la voiture qui les transportait s’est embrasée en quelques secondes mardi vers 15h05, piégeant ses occupants.

Aurélien, lui-même au volant et témoin de l’accident, fait partie des premiers intervenants. Son action a permis de sauver la conductrice de la voiture, mère d’une des victimes et tante des trois autres. « Sa portière était complètement enfoncée, raconte-t-il avec émotion. Avec un autre homme, j’ai essayé de casser le pare-brise et nous avons réussi à l’extraire. Je lui ai pris le bras gauche et nous l’avons sortie, les flammes commençaient à être sur elle… »

«On ne pouvait plus approcher à cause de la chaleur»

Youssef et Salah Boukateh, deux frères qui se trouvaient au pied de leur immeuble quand ils ont vu une « boule de feu » au loin, accourent au même moment. « On a tiré la dame pour l’éloigner un peu, on avait peur que ça explose », témoigne Salah. « Elle était très brûlée sur tout un côté, mais elle ne voulait pas qu’on s’occupe d’elle. Elle criait qu’il fallait sauver les enfants, le reste ne comptait pas… »

Malgré la violence du choc, tous ne seraient pas morts sur le coup. Les témoins de la scène restent ainsi hantés par les cris d’au moins l’un des petits. « Il hurlait, il pleurait, témoigne Aurélien, en larmes. Nous étions plusieurs à essayer d’ouvrir les portières, elles étaient bloquées. On a essayé de les faire plier par le haut… A mains nues, c’était déjà difficile, mais l’incendie était très violent, et avec les flammes qui grandissaient c’est devenu impossible ».

« Un monsieur a même essayé avec une pelle, mais on ne pouvait plus approcher tellement la chaleur était forte, poursuit Youssef. On a aspergé la voiture avec des extincteurs que d’autres automobilistes avaient amenés, mais c’était trop tard ». « Quand je revois le garçon à l’avant avec sa petite tête et sa main qui pendaient dans le vide, j’ai envie de pleurer, lâche Salah. Ils ont brûlé sous nos yeux et on n’a rien pu faire… »

Un défaut d’attention évoqué par le chauffeur

L’effroi et la colère sont d’autant plus grands parmi les habitants que, selon les premiers éléments livrés en garde à vue par le chauffeur du camion, un défaut d’attention serait à l’origine du drame. L’homme de 57 ans a révélé qu’au moment du choc, il cherchait à ramasser un objet tombé à terre dans sa cabine. « En se relevant, il a constaté que la portion était réduite à une voie, au lieu de deux, et qu’il allait heurter la fourgonnette devant lui. Il a fait une embardée pour l’éviter, mais a percuté la voiture qui venait en face », rapporte Yves Buffet, adjoint au maire de Laon chargé de l’urbanisme.

L’utilitaire qui suivait la conductrice l’aurait à son tour percutée par l’arrière, provoquant l’embrasement du véhicule et sa sortie de route. Le chauffeur du poids lourd, dont les tests d’alcoolémie et de stupéfiants se sont révélés négatifs, est par ailleurs impliqué dans un délit de fuite après un autre accident, sans gravité cette fois, survenu plus tôt dans la journée de mardi.

Reste également à déterminer à quelle vitesse il roulait, sur cette portion exceptionnellement réduite ce jour-là à 50 km/h, en raison de travaux de voirie. L’élu, en écho aux critiques récurrentes des usagers de la RN2, rappelle toutefois la dangerosité du lieu, qu’il qualifie de « goulot d’étranglement ». « Nul doute, assure-t-il, que si nous avions deux voies à cet endroit ce drame n’aurait pas eu lieu ».

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