Sanctions, condamnations et conséquences sur l’espace aérien après le détournement d’un vol par la Biélorussie – Le Parisien

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Air France ne survolera plus le Bélarus. Conformément aux recommandations de l’Union Européenne, la compagnie « suspend jusqu’à nouvel ordre le survol de l’espace aérien (bélarusse) par ses appareils. Les appareils déjà en route verront leur plan de vol modifié », a annoncé la compagnie aérienne dans un communiqué dans la nuit de lundi à mardi.

Cette décision intervient deux jours après l’arrestation de Roman Protassevitch, un journaliste d’opposition de 26 ans, et sa compagne Sofia Sapéga. Ils se trouvaient à bord d’un Boeing de Ryanair reliant Athènes à Vilnius quand l’appareil a été dérouté dimanche sur Minsk après une alerte à la bombe qui s’est révélée mensongère, selon le Bélarus. Ils ont été arrêtés à l’aéroport et le jeune homme est désormais détenu à Minsk, la capitale.

Nouveau train de sanctions de l’Union Européenne

Au terme d’une réunion des Vingt-Sept ce lundi soir, l’UE a décidé de fermer son espace aérien aux avions biélorusses, et a intimé à ses compagnies aériennes d’éviter l’espace aérien biélorusse. Une décision regrettée par la Russie. « On ne peut qu’exprimer nos regrets. Contourner l’espace aérien d’un assez grand pays, situé au centre de l’Europe, est très coûteux pour n’importe quelle compagnie aérienne », a déclaré à la presse le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov.

Londres et Kiev avaient déjà mis sur liste noire l’espace aérien de cette ex-république soviétique et plusieurs compagnies aériennes avaient déjà annoncé leur décision d’éviter son survol dont Lufthansa, SAS et AirBaltic. La compagnie aérienne Singapore Airlines a annoncé mardi également modifier la trajectoire de ses vols.

Près de 2 000 appareils effectuant des vols commerciaux empruntent chaque semaine l’espace aérien du Bélarus, a précisé l’organisation Eurocontrol. La compagnie bélarusse Belavia assure pour sa part une vingtaine de vols chaque jour au départ ou à destination d’aéroports de l’UE.

Les 27 ont également décidé d’adopter un nouveau train de sanctions contre le régime d’Alexandre Loukachenko, accusé d’avoir dérouté un avion de ligne européen vers Minsk pour arrêter un dissident, dont l’UE exige la libération immédiate.

Soutien de Joe Biden

Une fermeté soutenue par Joe Biden qui a condamné lundi le déroutement « scandaleux » d’un avion de ligne européen vers Minsk pour arrêter un opposant au régime d’Alexandre Loukachenko. Le président américain réclame la libération immédiate de Roman Protassevitch.

« Les Etats-Unis condamnent de la façon la plus ferme le déroutement de l’avion et l’arrestation » de Roman Protassevitch, a indiqué le président démocrate dans un communiqué.

« Cet événement scandaleux et la vidéo que M. Protassevitch semble avoir faite sous la contrainte sont des attaques honteuses contre l’opposition politique et la liberté de la presse », a poursuivi Joe Biden, en apportant son soutien aux sanctions prises par l’Union européenne envers le Bélarus et en appelant à la libération du dissident.

« Je me joins aux nombreux appels à une enquête internationale pour déterminer les faits. Je salue la nouvelle selon laquelle l’Union européenne a appelé à des sanctions économiques ciblées et d’autres mesures, et j’ai demandé à mon équipe de réfléchir aux options appropriées pour faire rendre des comptes aux responsables, en coordination étroite avec l’Union européenne, d’autres alliés et partenaires et des organisations internationales », a-t-il ajouté.

Le conseiller américain à la sécurité nationale Jake Sullivan s’est de son côté entretenu avec Svetlana Tikhanovskaïa, la figure de l’opposition bélarusse en exil en Lituanie, pour lui exprimer « le fort soutien des Etats-Unis » à la demande de « démocratie, de droits humains et de libertés fondamentales » du peuple, selon un communiqué.

Cette dernière demande aux Etats-Unis d’accroître la pression sur Minsk, et de pouvoir participer au sommet du G7. Une demande reçue favorablement du côté Français, selon l’entourage d’Emmanuel Macron.

Des « aveux »

Le militant bélarusse a affirmé lundi collaborer avec les enquêteurs, dans une vidéo diffusée à la télévision publique et dénoncée par l’opposition.

« Le personnel se comporte avec moi de façon tout à fait adéquate et en respectant la loi, je continue de collaborer avec les enquêteurs et suis passé aux aveux concernant l’organisation de troubles massifs », a affirmé Roman Protassevitch dans cette vidéo dans laquelle il s’exprime assis à une table, face caméra.

L’air fatigué, agitant ses mains croisées, tandis qu’un paquet de cigarettes et un autre d’allumettes sont posés sur la table, le militant de 26 ans affirme se trouver dans la Maison d’arrêt N°1, située dans le centre de Minsk, la capitale bélarusse. Mais la pièce où il est filmé ne donne aucune indication quant à sa localisation.

Les médias d’opposition ont affirmé que Roman Protassevitch avait des traces sur le visage, ce qui laisserait présager, selon eux, de possibles mauvais traitements. « Voici à quoi ressemble Roman sous pression physique et morale », a écrit sur Twitter la figure de l’opposition en exil, Svetlana Tikhanovskaïa, dénonçant une vidéo diffusée par « les chaînes de propagande du régime ».

Par le passé, les autorités bélarusses ont déjà été accusées d’avoir diffusé des confessions de détenus obtenues sous la contrainte.

Des zones d’ombre autour de l’ordre d’atterrir

Selon la transcription des échanges entre le pilote et la tour de contrôle publiée mardi, les autorités bélarusses ont dit à l’équipage du vol Ryanair que leur avion était piégé et lui ont « recommandé » de se poser à Minsk.

« Nous avons des informations des services spéciaux disant qu’une bombe est à bord et qu’elle peut être activée au-dessus de Vilnius », indique cette transcription en anglais diffusée par le département du transport aérien au ministère bélarusse des Transports.

« Pouvez-vous répéter ce message? », répond le pilote, qui se voit ensuite confirmer la même information. Lors de l’échange, le contrôleur précise que l’indication sur la présence d’une bombe a été envoyée « par email » et que ce message a été partagé avec « plusieurs aéroports ».

Dans un communiqué, le ministère bélarusse des Transports a répété mardi qu’il s’agissait d’un email se proclamant de l’organisation palestinienne Hamas disant que la bombe exploserait au-dessus de Vilnius si l’Union européenne continuait de soutenir Israël.

La transcription de l’échange avec la tour de contrôle établit que c’est la tour de contrôle qui a recommandé avec insistance un atterrissage à Minsk. Lorsque le pilote a demandé de qui venait la « recommandation », le tour répond « ce sont nos recommandations ».

Le chef de l’armée de l’air bélarusse, qui a intercepté le vol avec un chasseur Mig-29, a pour sa part soutenu lundi que l’équipage avait pris sa décision « sans ingérence extérieure » et que le vol de Ryanair aurait pu se poser en Ukraine ou en Pologne.

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