Etats-Unis : le gouverneur de New York a « harcelé sexuellement » plusieurs femmes selon une enquête, Joe Biden l’encourage à démissionner – Le Monde

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Le gouverneur de l’Etat de New York, Andrew Cuomo, lors d’une conférence de presse, lundi 10 mai 2021.

Le gouverneur de l’Etat de New York, le démocrate Andrew Cuomo, a « harcelé sexuellement plusieurs femmes », selon les conclusions d’une enquête indépendante demandée par la justice et rendue publique par la procureure de l’Etat, Letitia James, mardi 3 août. M. Cuomo a rapidement rejeté ces accusations. Le président américain, Joe Biden, a déclaré devant la presse, quelques heures plus tard, qu’« il [Andrew Cuomo] devrait démissionner » et encouragé le gouverneur démocrate à quitter son poste.

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Cette enquête avait été lancée à la suite d’une requête formelle transmise par les services de M. Cuomo, au mois de mars, lorsque plusieurs accusations contre le gouverneur avaient été rendues publiques, mettant en péril son administration ainsi que son avenir politique. La procureure avait annoncé avoir choisi un ex-procureur fédéral, Joon H. Kim, et une avocate spécialiste des questions de discrimination au travail, Anne Clark, pour mener le travail de recherche.

Le rapport d’investigation, disponible en ligne, attribue à M. Cuomo des gestes déplacés, « des baisers et des étreintes non désirées », ainsi que « des commentaires inappropriés ». D’après les conclusions de l’enquête, le gouverneur et son personnel ont « aussi pris des mesures de représailles contre au moins une employée pour avoir témoigné », selon un communiqué du bureau de la procureure.

Andrew Cuomo rejette les accusations

« L’enquête indépendante a conclu que le gouverneur Andrew Cuomo avait harcelé sexuellement plusieurs femmes et, ce faisant, avait enfreint la loi fédérale et celle de l’Etat », a affirmé la procureure, précisant qu’il y avait, parmi les victimes, d’« anciennes et actuelles » fonctionnaires de l’Etat.

Peu après cette intervention, M. Cuomo a déclaré, lors d’une intervention filmée de son bureau, qu’il rejetait les accusations. « Avant tout, je veux que vous sachiez, et que vous l’entendiez de ma bouche : je n’ai jamais touché quelqu’un de manière inappropriée ou fait des avances sexuelles inappropriées », a-t-il réagi, ne s’exprimant pas sur une possible démission.

Le gouverneur s’est employé à nier les accusations ou à les relativiser, affirmant notamment qu’il lui arrivait d’« embrasser les gens sur le front, sur la joue », ou de les serrer dans ses bras, se défendant en assurant qu’il essayait de « mettre les gens à l’aise ». « Je comprends maintenant qu’il y a des questions générationnelles ou culturelles que, franchement, je n’avais pas totalement saisies. Et j’ai appris de cela », a-t-il ajouté.

Au mois de mars, M. Biden avait estimé que M. Cuomo devrait démissionner si les accusations de harcèlement sexuel le visant étaient confirmées. « Je pense qu’il sera alors probablement aussi poursuivi par la justice », avait-il ajouté. Une position répétée après la publication des conclusions de l’enquête, mardi soir : de la Maison Blanche, le président démocrate a déclaré devant les journalistes : « Il devrait démissionner. »

« Le rapport parle de lui-même »

Mme James a expliqué que les enquêteurs avaient interrogé 179 personnes, dont des plaignantes et des employés de l’exécutif local, et que l’enquête avait permis de dessiner « un tableau clair et profondément perturbant » de ce qu’elle a qualifié de « climat de peur ». La majorité des victimes de M. Cuomo étaient jeunes, a-t-elle précisé. « L’équipe exécutive du gouverneur a favorisé un environnement de travail toxique qui a rendu possible le harcèlement et une ambiance de travail hostile », ajoute l’enquête.

Interrogée sur le fait de savoir s’il devait démissionner, elle a ajouté : « La décision appartient au gouverneur de l’Etat de New York. Le rapport parle de lui-même. » En fonctions depuis dix ans, le gouverneur de 63 ans avait nié les accusations lorsqu’elles avaient été révélées et a été longuement entendu par les enquêteurs, le 17 juillet.

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Homme politique expérimenté, M. Cuomo est devenu une figure pendant la pandémie de Covid-19, beaucoup reconnaissant sa bonne gestion de la situation lorsque New York et sa région ont été l’épicentre de la crise, au printemps 2020. Certains ont même poussé M. Cuomo – fils de gouverneur, ex-ministre de l’administration de Bill Clinton et ami du président des Etats-Unis, Joe Biden – à se porter candidat à la Maison Blanche.

Un an plus tard, sa position avait été fragilisée par les premières accusations de harcèlement sexuel. Une ex-conseillère économique, Lindsey Boylan, avait affirmé que le gouverneur l’avait embrassée sur la bouche de façon non sollicitée et qu’il aurait suggéré qu’elle joue avec lui au « strip-poker », quand elle travaillait avec lui entre 2015 et 2018.

Puis une autre ex-collaboratrice, Charlotte Bennett, avait affirmé que le gouverneur lui avait fait des avances qui l’avaient mise « mal à l’aise » au printemps 2020. Quelques jours après, Anna Ruch, 33 ans, qui n’a jamais travaillé avec lui, avait affirmé au New York Times qu’il l’avait « choquée » en voulant l’embrasser contre son gré lors d’un mariage en 2019.

Le Monde avec AFP

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