DIRECT. Procès des attentats du 13 Novembre : «Ils n’ont pas seulement tué Manu, ils ont déchiqueté le cœur de mes filles» – Le Parisien

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L’essentiel

  • Fourniture d’armes, de faux papiers, connaissance des projets mortifères… Depuis début septembre, 14 hommes comparaissent à Paris pour répondre de leur implication à divers degrés dans les attentats du 13 novembre 2015 qui ont fait 131 morts à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) et à Paris.Tous nos articles sur le sujet sont ici.
  • Jusqu’à fin octobre, la cour d’assises écoute les témoignages des rescapés des attentats ou de leurs proches. Près de 1 300 personnes se sont constituées parties civiles dans ce procès. 350 sont appelées à témoigner.
  • Ils survivent et s’épaulent, « comme des petits vieux ». Mercredi, parmi d’autres douloureux témoignages de parties civiles, les poignants récits de Lou et Hans, un jeune couple rescapé, séparé dès le début de l’attaque de la salle de concert, ont marqué la cour d’assises. Retrouvez ici notre récit.

> Suivez les auditions des parties civiles en direct

18h41. Les mots d’apaisement du président. Emilie avait 10 ans le soir de la mort de son père. Après sa petite soeur, l’adolescente de 16 ans dit à la barre qu’elle se sent coupable et responsable du décès de Manu, son père. Son avocat, Me Jean Reinhart, réclame au président de rassurer la jeune femme sur ce point. « Vous me prenez de cour, maître », répond Jean-Louis Périès. Mais le magistrat enchaîne : « Vous n’êtes responsable de rien. Vous êtes victime, vous êtes partie civile. Ceux qui ont commis ces faits sont décédés. Là, on va étudier pendant tout le procès pour ceux qui sont dans la salle, quelles sont leurs implications dans les faits. » Le magistrat répète : « Vous êtes victime, c’est tout. Merci d’avoir eu le courage de venir à cette barre ».

18h37. «Mon père est mort au Bataclan ». En 2015, Alice avait 7 ans. Du haut de ses 13 ans, l’adolescente succède à sa mère à la barre. « Je n’ai pas immédiatement compris là où la mort commençait, là où elle finissait (…) J’ai compris que toute ma vie j’aurais un vide en moi (…) Ca me manque de pouvoir dire papa » .(…) J’ai l’impression de l’avoir connu toute ma vie. »

18h25. La douleur de deux petites filles. Manu est mort. Manu avait 40 ans, il était le père de deux petites filles. L’annonce de la terrible nouvelle : l’une des petites hurle, l’autre se mure dans le silence. ¨Puis, « boucles de larmes à trois pendant des jours », raconte Céline, l’ex-femme de Manu, la mère de ses filles. Elle rapport les questions des deux fillettes : « Pourquoi des gens font ça ? Pourquoi lui ? Pourquoi, maman, j’étais pas avec lui pour le protéger ? Pourquoi papa m’a dit qu’il serait toujours là pour moi, il a menti ? ». Céline ajoute : « Ce 13 novembre, ils n’ont pas seulement tué Manu, ils ont déchiqueté le cœur de mes filles »

18 heures. La culpabilité d’avoir vendu une place pour un massacre. À la barre, Hélène décrit sa peine, « d’avoir laissé Quentin mourir seul », « qu’il ait vécu l’horreur seul ». Elle dit : « Nos derniers échanges ont été de dire que nous nous aimions. » Mais six ans après le décès de son jeune époux, la jeune femme assure : « La violence de la mort de Quentin m’impose un recul qui me permet de réaliser la chance que j’ai d’être en vie. » Elle se tient droite à la barre : « Je suis debout pour parler de Quentin, pour parler en son nom et pour dire à quel point je suis fière d’avoir été son épouse ».

17h55. « Mais où est Quentin ? Où il est ? » Hélène s’agace le lendemain des attentats lorsqu’après plusieurs heures d’attente, le salon de ses parents devient calme. C’est sa mère qui lui répond : « Il est à l’institut médico-légal ». La jeune femme ne comprend pas. À la barre, elle dit dans un souffle : « Ma mère vient de m’annoncer la mort de mon mari à la veille de ses 30 ans. »

17h49. La « place pour l’enfer ». Hélène, jeune épouse de Quentin, aurait dû se trouver au Bataclan. Mais l’après-midi du 13, elle est prise d’un malaise et se désiste finalement pour le concert. Interrogée de ses deux frères, la brune aux cheveux longs se demande toujours qui a acheté cette place à « moitié prix ». Qui s’est retrouvé sous le feu des balles à sa place ?

17h30. « C’est cette balle qui l’a tué ». « Je suis le frère de Raphaël qui aurait eu 43 ans cette année s’il n’avait pas été assassiné de deux balles dans le dos. Je suis aussi le fils de M. Ruiz, qui n’a pas survécu à la mort de son fils », commence Christophe. Le père de Christophe et Raphaël est mort deux ans après l’attentat du Bataclan. « Je suis seule et je n’arrive plus à trouver le sommeil », dit la mère de Christophe dans une lettre lue par son fils à la barre. Christophe se rappelle de son passage à l’institut médico-légal pour reconnaître le corps de son frère : « J’avais peur que son visage soit déformé. J’ai appris après qu’il avait pris une balle dans la fesse gauche et une balle dans la fesse droite qui est remontée jusqu’à l’épaule. C’est cette balle qui l’a tué. »

16h53. Le petit garçon caché sous les corps. Michel, 71 ans, s’avance à la barre. En 2015, il est le père d’Elsa, le grand-père d’un petit garçon de 5 ans, et l’ancien mari de Patricia, la mère d’Elsa. Le soir du 13, seul son petit-fils est sorti vivant du Bataclan. « Comment peut-on imaginer ce qu’a vécu mon petit-fils ce soir-là ? ». Le petit garçon a été extirpé de la salle de spectacle parle commissaire de la bac Nuit. Avec son casque antibruit posé sur les oreilles, il était caché sous un corps. Ce sont ses petites jambes qui bougeaient sous la dépouille qui ont attiré l’attention des policiers. « Une image terrible pour tous », estime Michel. « Je le prends dans mes bras, j’ouvre tout de suite mon blouson pour lui cacher la tête », décrira le policier dans un récit diffusé dans la presse professionnelle. Trimballé dans les bras d’un policier, le petit Louis, qui n’a opposé aucune résistance aux bras qui venaient le sauver, répète : « Vous êtes gentil, monsieur ! » « Aujourd’hui, il va bien », dit son grand-père.

16h38. Une fillette sans papa. Aurélie raconte comment ses deux petits enfants grandissent sans leur papa. Comment elle est parfois épuisée d’être leur seul interlocuteur, la seule à leur donner le bain, la seule à leur lire des histoires le soir. Puis, la jeune maman emmène la cour d’assises dans son appartement parisien et jusque devant la porte de chambre de sa fillette de 5 ans, à travers laquelle elle tend l’oreille de temps en temps. « Parfois, quand elle est seule, je l’entends, je l’entends murmurer Papa dans sa chambre. Elle n’a jamais pu le dire alors elle se le met en bouche pour savoir ce que ça fait. » À la fin de sa déposition, qu’elle a tenue sans vaciller, Aurélie lance : « Aujourd’hui je crois pouvoir vous dire que je vais bien ». Elle explique qu’elle est de nouveau en couple. Puis la grande blonde aux lunettes rondes dorées relève la tête du pupitre et lance un sourire presque triomphant à la cour d’assises. En face d’elle, les magistrats semblent troublés et le président de la cour d’assises remercie la partie civile pour sa « déposition très forte ».

16h13. « Nous n’attendons plus personne ». Le soir de l’enterrement de Mathieu, le salon d’Aurélie est vide lorsqu’elle rentre chez elle avec son petit garçon et son « gros ventre ». « La vie sans Mathieu commence (…) Sa brosse à dents est toujours dans le verre de la salle de bain, je ne peux pas la jeter, elle dit Je suis là, je rentre bientôt », se souvient Aurélie d’une voix douce, se rappelant avoir eu terriblement de mal à laver sa housse de couette après le départ de Mathieu. Comme « un automate », la trentenaire tente de maintenir sa famille à flot, accueillant les douloureuses colères de son petit garçon, cachant la sienne. Et puis, le 16 mars 2016, la jeune femme accouche d’une petite fille. « Cette nuit-là, la joie revient (…) Cette nuit-là, monte en moi la certitude qu’on vivra bien tous les trois (…) Je dois au moins ça à Mathieu. » Ce soir-là, en quelques heures, « je suis devenue veuve et victime de terrorisme ».

16 heures. « Je vais raconter mon histoire une dernière fois ». Aurélie a 34 ans en 2015, elle vit depuis 15 ans avec Mathieu. « Je disais de lui qu’il était ma maison ». Ils ont un petit garçon de 3 ans et elle est enceinte de quelques mois lorsque son compagnon est abattu au Bataclan. Ce soir-là, elle le convainc de se rendre au concert. Dernier texto à 21h46 : « Ça, c’est du rock’n’roll ! » A 21h47, la tuerie débute. Mathieu ne sortira pas vivant du Bataclan. Mais à 5 heures du matin, un appel masqué : « Mathieu est en vie, il n’a aucune égratignure ». Les heures passent, toujours pas de nouvelle du prof de géographie. Le lendemain, Aurélie appelle tous les hôpitaux. Elle répète vingt fois « les grands yeux bleus, le grain de beauté dans les cheveux » à ses interlocuteurs. En vain. Vers 22 heures le samedi, le nom de Mathieu apparaît sur la liste mise à jour tous les quarts d’heures à École Militaire. C’est son père qui vient la réveiller et lui annonce : « Mathieu est mort ». Il faut le répéter pour le comprendre vraiment, dit Aurélie. La jeune femme enceinte vomit.

15h29. L’audience est reprise et la cour va continuer à écouter les témoignages des familles de victimes du Bataclan.

15h21. L’audience est suspendue et doit reprendre dans 25 minutes.

15h03. « J’ai retrouvé Hugo et j’ai quelque chose de terrible à t’annoncer ». C’est un ami de Stéphane, membre de l’AP-HP, qui finit par lui annoncer le 14 novembre au soir qu’Hugo n’a pas survécu au massacre. Le jeune étudiant montpelliérain en informatique a été touché à l’artère fémorale. « Pour la première fois de ma vie je me suis senti vieux », réagit son père à la barre. Il « vacille », un médecin est appelé. Puis il plonge dans les limbes. Le dimanche soir, l’appel d’un policier vient ébranler ses tristes certitudes : le fonctionnaire lui demande des éléments pour identifier Hugo, ils sont toujours à sa recherche, dit-il. Mais Stéphane refuse de « céder à la tentation de l’espoir ». Quelques jours plus tard, Stéphane se rend à l’institut médico-légal (IML). « Je ne devrais pas vous le dire mais vous avez de la chance, vous allez voir Hugo. », lui sourit une « jeune dame » aux yeux rougis de l’IML. La salariée avait passé la journée à présenter des corps à des familles. Les blessures étaient telles, raconte Stéphane, que parfois elle n’avait pu présenter qu’une main aux proches. « J’ose espérer qu’il est parti vite, en sachant que nous l’aimions », dit le père d’Hugo, dont le visage apparaît en grand dans la salle de la cour d’assises.

14h42. « Papa, j’ai un cadeau pour toi ». Quinze jours avant le concert au Bataclan, Hugo, 23 ans, montre à son père un tatouage sur la poitrine : deux kanjis -avec son père, ils partagent l’amour pour la culture japonaise- qui signifient « Liberté ». « C’est le dernier cadeau qu’il m’a fait », s’effondre son père, Stéphane, 56 ans, à la barre. Depuis, Stéphane a retrouvé, au Japon, la tatoueuse qu’avait choisi son fils. Il porte désormais sur son corps les mêmes inscriptions qu’Hugo, sa « parcelle d’éternité ».

14h20. « Je pense à ma fille Mathilde ». L’adolescente a 14 ans le 13 novembre 2015. À peine arrivée à la barre, Sophie, sa mère, fond en larme. Le soir de la tuerie, Sophie apprend : « Stéphane est vivant et conscient. » Mais il est touché aux poumons et à la colonne vertébrale. Le lendemain, Sophie lui prépare son baluchon avec « un peu chez soi » pour l’hôpital. Mais lorsqu’elle le trouve, il est recouvert d’un drap, dans le coma. « Stéphane lutte six jours » durant lesquels sa santé se dégrade petit à petit. « Un à un, les organes lâchent, ses artères principales sont reliées à des machines (…) Son corps est une usine artificielle ». Stéphane est décédé le 19 novembre, devenant le 130e mort des attentats et faisant la Une des journaux. « Encore un mort ! Le 130e, mon mari est entré dans l’histoire (…) Ma fille est en larmes, elle perd son père et la France le pleure sans pudeur. »

14h12. La bouteille à la mer. Aurore raconte qu’à l’enterrement d’Emmanuel, un couple s’est présenté à la cérémonie, confiant à des proches avoir été au Bataclan. La femme aurait été protégée par le corps d’Emmanuel. « Je pense que mon épouse est vivante grâce à lui », aurait confié l’homme. Alors Aurore lance un appel car elle aimerait « discuter avec elle ». « Même dans sa mort, il a sauvé quelqu’un, il a été bienveillant.

13h59. « J’ai le regret de vous dire que votre mari a été assassiné », apprend Aurore à l’École Militaire. Et puis « on vous donne un p’tit cachet et vous repartez dans le coaltar. » La mère de famille continue pudiquement : « Ensuite vous arrivez à la maison et faut annoncer à vos enfants que leur père est mort ». « Celle qui m’a vraiment soutenue, c’est elle » : Aurore pointe du doigt sa fille Agathe, qui se tient à ses côtés à la barre. « Je n’arrivais pas à respirer ». Puis elle explique comment sa famille et ses proches ont douloureusement repris leur vie en tentant de rendre hommage à Emmanuel : « En arrêtant de vivre comme on le faisait auparavant, on l’aurait assassiné une deuxième fois. »

13h38. « Il est revenu couvert de sang ». Aurore, 56 ans et Agathe, 25 ans. La première a perdu son mari, « l’amour de sa vie », la seconde a perdu son père. « Mon mari est décédé au Bataclan, et mon fils Wilfried a été libéré par les forces de l’ordre », commence d’une voix forte la quinquagénaire, une longue étole orange déposée sur son épaule. Après avoir évoqué leur « vie basée sur l’amour, l’humour (…) Cette vie-là qui me permet de tenir », Aurore se dit chanceuse malgré tout : son fils est rentré du Bataclan : « Il est revenu couvert de sang, il est revenu hagard (…) Il s’est réfugié à la maison pendant cinq ans » Ce soir-là, Wilfried prévient sa mère qu’il est vivant. « Papa est avec toi ? », s’inquiète Aurore, qui pense déjà : « Emmanuel ne serait jamais parti sans lui ».

13h16 Le père d’Anne. Jean et sa femme se trouvent à la Réunion, où ils vivent paisiblement lorsqu’ils sont réveillés par un coup de fil : il se passe quelque chose au Bataclan, Anne et Pierre-Yves s’y trouvent. Tardivement ils apprennent l’impensable. « Notre plus jeune fille, notre petite Anne, ne fêtera jamais ses 30 ans, nous sommes anéantis », articule difficilement à la barre Jean, le père d’Anne. Le monsieur à la veste grise se rappelle des jours qui suivent et de son passage à l’institut médico-légal (IML) : « J’ai l’impression que ce n’était plus ma fille, son esprit s’était envolé ». Il raconte ce moment trop court, trop loin, derrière une vitre. Puis il évoque les graves blessures de sa fille : « La voir de plus près aurait sans doute été encore plus lourd. Le père se souvient aussi de l’appartement du couple : « Pierre Yves avait collé un peu partout dans l’appartement, des post-it en forme de cœur sur lesquels il écrivait des mots à Anne. Nous en avons conservé un sur lequel était écrit Je t’aime. »

13h08. « Au moins leur mort aura servi à quelque chose. » Après avoir réclamé des changements dans la politique de lutte antiterroriste, René évoque la mort de son fils : « Le passage à l’IML (institut médico légal) est une épreuve insurmontable » : « Cette image de mon fils en train de mourir est dans ma tête depuis six ans, elle n’en sortira pas. (…) Si on s’occupe des problèmes dont je viens de parler, au moins leur mort aura servi à quelque chose. »

12h56. La tribune du père éploré. D’un débit lent, René, 82 ans, annonce à la barre être le père de Pierre-Yves et le beau-père d’Anne, tous les deux assassinés au Bataclan. « Depuis Charlie, qu’est-ce-qui a été fait ? Rien. », estime le père éploré. « Mon fils n’a pas été protégé par Sentinelle, il n’a pas été secouru, il y avait pourtant huit soldats au Bataclan. Ils ont reçu l’ordre de ne pas intervenir (…) C’est insupportable de se dire ça. » René réclame « les raisons », demande à celui qui a donné cet ordre. Selon lui, la culpabilité des accusés, qu’il qualifie de « lâches », « ne fait aucun doute ».

12h53. La pensée du président. Avant de reprendre les auditions des parties civiles, le président de la cour d’assises adresse une « pensée à la mémoire d’un collègue, le juge Michel, qui a été assassiné il y a 40 ans quasiment à la même heure, quasiment dans l’exercice de ses fonctions. » En 1981, le juge d’instruction Pierre Michel, en charge du grand banditisme, était assassiné à Marseille.

12h48. L’audience est reprise. Pour commencer, une interprète prête serment et le président examine de nouvelles constitutions de parties civiles.

12h33. L’audience doit reprendre dans quelques minutes.

12h30. « Ce procès ne m’intéresse pas ». Max, rescapé du Bataclan, a témoigné « pour laisser une trace » à son enfant. Il a décidé de raconter sa nuit d’horreur au procès, même s’il est convaincu qu’il ne va « absolument rien tirer » de ce passage à la barre.

12h15. Les amoureux rescapés. Hans et Lou se voyaient depuis quelques mois seulement lorsqu’ils se sont rendus au concert le 13 novembre 2015. Ils ont été séparés dès le début de la tuerie. Mais se sont retrouvés après. Aujourd’hui, Hans et Lou s’épaulent et avancent ensemble. Lisez leur histoire.

Midi. Bonjour et bienvenue sur ce direct. Ce jeudi, les proches de victimes tombées au Bataclan continuent de déposer à la barre.

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