Coronavirus : Petits groupes, masques, contenu des cours… Comment la reprise de l’école à partir du 11 mai pourrait-elle se passer ? – 20 Minutes

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Illustration d’une école primaire, ici à Rennes. — C. Allain / 20 Minutes
  • Depuis le 16 mars, en raison de l’épidémie de coronavirus, quelque 12,5 millions d’élèves suivent les cours à distance en raison de la fermeture des écoles, collèges et lycées.
  • Ces établissements rouvriront « progressivement » à partir du 11 mai, a annoncé lundi Emmanuel Macron.
  • Les modalités pédagogiques et le nombre de d’élèves accueillis en même temps en classe vont être définis par le ministère.

Une perspective qui réjouit même les élèves qui ne sont pas fans de l’école. Les établissements scolaires rouvriront « progressivement » à partir du 11 mai, a annoncé lundi Emmanuel Macron. Le ministre de l’Education, Jean-Michel Blanquer, a rencontré dès ce mardi les organisations syndicales pour parler des conditions sanitaires permettant la reprise. 20 Minutes fait le point sur les scenarii possibles et les questions qui restent en suspens.

Pourquoi rouvrir les écoles malgré la subsistance d’un risque ?

L’hypothèse d’une reprise des cours en septembre avait été évoquée. Mais six mois sans classe aurait eu des effets dévastateurs pour une partie des élèves. Sachant que 5 % ont déjà disparu des radars depuis le confinement, selon le ministère de l’Education. Et que les risques de décrochage scolaire sont réels pour certains élèves de milieux défavorisés. « Trop d’enfants, notamment dans les quartiers populaires, dans nos campagnes, sont privés d’école sans avoir accès au numérique et ne peuvent être aidés de la même manière par les parents. C’est pourquoi nos enfants doivent pouvoir retrouver le chemin des classes », a d’ailleurs expliqué le chef de l’État lundi.

Certains syndicats d’enseignants sont favorables au retour en classe si les conditions sanitaires sont réunies. « Car un retour à l’école, même court, permet aux élèves de se retrouver et aux enseignants de préparer la rentrée. En raccrochant les élèves qui se sont éloignés pendant le confinement et en rassurant ceux qui sont inquiets », explique Stéphane Crochet, secrétaire général du SE-Unsa. Par ailleurs, renvoyer les enfants à l’école, c’est aussi permettre que leurs parents puissent repartir au boulot, si les conditions le permettent.

Toutes les écoles pourront-elles rouvrir le 11 mai ?

« Toutes les écoles ne seront pas ouvertes le lundi 11 mai », a déclaré ce mardi soir Jean-Michel Blanquer sur France 2. Les réouvertures seront donc progressives, d’autant qu’il faudra d’abord désinfecter les locaux.

Plusieurs scenarii sont possibles : ouvrir d’abord les écoles des territoires les moins touchés par l’épidémie. On peut aussi avoir des considérations territoriales », a ainsi déclaré Jean-Michel Blanquer au 20 h France 2. Autre possibilité privilégier d’abord l’ouverture des établissements accueillants les élèves les plus fragilisés par le confinement. « On pourrait imaginer que ceux de Rep +, de Rep, les lycéens professionnels où les collégiens de 4e et 3e qui présentent le plus gros risque de décrochage, rentrent en premier », lance Frédérique Rolet, secrétaire générale de la Snes-Fsu. Les crèches et les écoles devraient ouvrir avant les collèges et les lycées, a aussi indiqué Jean-Michel Blanquer sur France 2.

Tous les élèves d’une même classe pourront-ils revenir à l’école le 11 mai ?

La reprise progressive « implique forcément qu’on ne va pas avoir les mêmes âges qui rentrent au même moment », et « il ne pourra pas y avoir de grands groupes » dans les classes, a aussi affirmé Jean-Michel Blanquer sur France 2. De ce fait, « il est possible qu’il y ait une charge horaire moins importante » pour les élèves. « On peut imaginer par exemple qu’au collège, les élèves de 6e et 5e soient accueillis en début de semaine et les 4e et 3e en fin de semaine. Ou que l’on accueille une partie des élèves de chaque classe, en organisant un système de rotation », indique Frédérique Rolet.

« Pour réussir à accompagner les gestes barrières chez les élèves, on peut penser qu’il faudra des groupes de 5 élèves autour d’un enseignant en maternelle, de 10 en primaire et des demi-classes en collège-lycée », précise Stéphane Crochet. La question des élèves en internat se pose aussi : « On peut imaginer les faire venir une semaine sur deux, par exemple », poursuit le syndicaliste.

Comment fera-t-on respecter les gestes barrières ?

« On va élaborer toute une méthodologie » de reprise « qui passe forcément par de très grands aménagements », a indiqué Jean-Michel Blanquer. Le respect des gestes barrières sera possible grâce à la formation en « tout petit groupes ».

Interrogé pour savoir si des masques seraient mis à disposition de tous les élèves et professeurs, le ministre a assuré que c’est « fort possible, mais ça fait partie des choses qu’on va décider au cours des deux prochaines semaines ». « Il faut s’inspirer des pratiques actuelles des écoles qui accueillent les enfants de soignants », insiste Stéphane Crochet.

Tous les profs seront-ils sur le pont ?

Les syndicats enseignants sont inquiets des conditions de reprise. « On nous dit que tous les lieux publics sont fermés, les cinémas, les salles de spectacle, mais pas les écoles, alors que l’on sait que c’est un lieu de haute transmission, de haute contamination. Il y a un manque de précaution, ça paraît être en contradiction totale avec le reste », a réagi lundi Francette Popineau, secrétaire générale du Snuipp-FSU. Si le ministère ne parvient pas à les rassurer, certains d’eux pourraient décider de faire valoir leur droit de retrait. Si certains syndicats demandent que les enseignants testés, le ministre est resté évasif : « Ça fait partie des choses qui sont sur la table. Ce ne sera pas forcément un test pour chacun et tous les jours ».

Autre souci : les enseignants présentant des comorbidités. « Le CHSCT a répertorié les pathologies qui font que certaines personnes sont à risques. Celles-ci ne pourront pas revenir face aux élèves en mai », indique Frédérique Rolet. Un avis partagé par le ministre : « Les personnes à risques ne viendront pas à l’école en cette période ». Du coup, toutes les disciplines pourraient ne pas être enseignées : « Va-t-on se concentrer sur l’enseignement de certaines seulement ? Les autres profs feront-ils du soutien, comme cela se pratique déjà pour le dispositif «devoirs faits» ? », s’interroge Frédérique Rolet.

Quel sera le contenu des enseignements ?

Impossible d’imaginer reprendre les cours comme au début du mois de mars. « On ne pourra pas avancer dans les programmes et il n’est pas question de noter les élèves. Il faudra plutôt faire des révisions, redonner des conseils méthodologiques aux élèves… », estime Frédérique Rolet. « Il nous faudra évaluer le niveau des élèves, faire le point sur ceux qui ont le plus décroché pendant le confinement », complète Stéphane Crochet.

Jean-Michel Blanquer a évoqué de son côté une « personnalisation des parcours ». Le travail qui sera fait en classe sera complété par  l’enseignement à distance à la maison. « On ne retrouvera pas un rythme de classe normale, mais les cours en présentiel auront pour vocation de soutenir la continuité pédagogique », estime Stéphane Crochet. Par ailleurs, les sorties et les voyages ne seront pas possibles.

Comment vont réagir les parents d’élèves ?

Une chose semble sûre : tous les parents ne voudront pas renvoyer leurs enfants à l’école, craignant qu’ils ne soient contaminés par le Covid-19. Seront-ils obligés de le faire ? « Ça se discute », a répondu sur France 2 le ministre. « Ceux qui sont diabétiques et asthmatiques auront sans doute tendance à garder leurs enfants à la maison », songe Stéphane Crochet.

Reste que selon Frédéric Adnet, chef des urgences de l’hôpital Avicenne de Bobigny, interrogé par  France Bleu, « si des enfants jeunes deviennent malades, ce sont des parents jeunes qu’ils contamineront. […] Nous n’avons pas eu de mortalité en dessous de 40 ans à l’AP-HP. Donc même si le virus continue d’affecter des personnes, tant qu’elles ne sont pas à risque, il n’y a pas de problème de santé public », estime-t-il.

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