Ce petit pays continue de créer des fleurons technologiques, voici sa recette

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Ce petit pays continue de créer des fleurons technologiques, voici sa recette

Si nous sommes nombreux à avoir été contraints à travailler depuis notre domicile au cours de l’année écoulée, peu d’entre nous peuvent dire qu’ils ont levé des dizaines de millions pour leur start-up depuis leur chambre. C’est pourtant le cas pour l’entrepreneur estonien Kaarel Kotkas.

Ce dernier est le fondateur et PDG de la start-up de vérification d’identité Veriff, qui a récemment annoncé avoir levé 58 millions d’euros lors d’un nouveau tour de table de série B mené par les sociétés de capital-risque IVP et Accel, en plus des 14 millions d’euros levés l’année dernière. « Avant que la pandémie ne frappe, j’ai passé six mois au Royaume-Uni et aux Etats-Unis. Depuis un an, je suis en Estonie et j’ai pratiquement levé la série B depuis ma chambre-bureau à Tallinn », raconte-t-il.

« Ces deux derniers mois, j’ai vécu au rythme de San Francisco, car nos deux principaux investisseurs – IVP et Accel – sont basés dans la ville californienne. Ma journée commençait à 18 heures et se terminait à 4 heures du matin, heure de Tallinn. » Bien que s’occuper de tout à distance dans un fuseau horaire différent ait été un défi, le fondateur de 26 ans estime que les grands principes de la levée de fonds sont restés les mêmes.

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Des exemples en pagailles

« Si vous êtes bien préparé, alors ce n’est pas trop difficile – Veriff a un modèle économique qui fonctionne, une stratégie claire à long terme et une équipe de direction solide en place. De plus, le conseil d’administration de Veriff a été d’un grand soutien, utilisant son réseau et rendant le processus de collecte de fonds plus facile », souligne-t-il.

La vérification de l’identité est passée d’un statut d’accessoire à un impératif commercial dans de nombreux secteurs. Selon Kaarel Kotkas, la lutte contre la pandémie a permis de parrainer de nouveaux cas d’utilisation. Par exemple, dans le secteur de l’éducation, où les étudiants passent des examens tout en poursuivant leur apprentissage à distance et hybride, la vérification rapide de l’identité sera essentielle pour maintenir le processus d’apprentissage et garantir la sécurité des évaluations.

« Nous nous attendons également à une croissance significative dans le secteur des soins de santé, où la vérification de votre état de santé au fur et à mesure du déploiement des vaccins sera essentielle, et dans le secteur de l’hôtellerie, qui cherchera de nouvelles approches pour vérifier les voyageurs de manière sûre et rapide », explique l’entrepreneur. Veriff n’est qu’un exemple parmi d’autres de la scène estonienne des start-up qui, malgré les conditions économiques difficiles de l’année dernière, a continué à se développer.

76 start-up en levée de fonds

L’année dernière, la start-up Bolt, spécialisée dans le transport et la livraison de nourriture, a reçu plus de la moitié des 453 millions d’euros de financement des start-up estoniennes. Bolt a levé 100 millions d’euros auprès de Naya Capital Management en mai et 150 millions d’euros auprès de D1 Capital Partners et Darsana Capital Partners en décembre. Parmi les plus grands bénéficiaires de financements figurent également la start-up fintech Monese (55 millions d’euros), la société de stockage d’énergie par ultracondensateurs Skeleton Technologies (41 millions d’euros), la start-up de cybersécurité Rangeforce et Veriff (environ 14 millions d’euros chacune).

Selon l’initiative gouvernementale Startup Estonia, 76 start-up estoniennes ont réussi à lever des fonds en 2020, dont 30 ont récolté au moins un million d’euros. En effet, les statistiques des premiers mois de 2021 semblent prouver que 2020 n’était pas une aberration : à la mi-avril, les start-up estoniennes avaient déjà levé près de 200 millions d’euros, notamment les fonds levés pour Veriff et un investissement de 64 millions d’euros réalisé par la plateforme numérique de service à la clientèle Glia.

Même si le PIB de l’Estonie s’est contracté de 2,9 % en 2020, le chiffre d’affaires total des start-up estoniennes a augmenté de 43 %, et le nombre d’employés de 4 %, pour atteindre 6 072 personnes. À la fin de l’année 2020, le secteur des start-up et des technologies représentait 6,9 % du PIB de l’Estonie.

Vers une sixième licorne ?

L’objectif est d’atteindre 15 % d’ici 2025, indique la responsable de l’initiative gouvernementale Startup Estonia, Eve Peeterson, ajoutant que la crise sanitaire n’a pas modifié ces ambitions. L’année 2020 a également marqué une autre étape importante pour l’écosystème estonien des start-up : la plateforme CRM Pipedrive a reçu un investissement majoritaire de Vista Equity Partners, faisant de Pipedrive la cinquième start-up estonienne – après Skype, Playtech, Bolt et Wise (anciennement Transferwise) – à être valorisée à plus d’1 milliard de dollars.

En fait, selon la définition d’une start-up estonienne, on pourrait dire que l’Estonie a déjà une sixième licorne. En mars de cette année, la start-up londonienne Zego, spécialisée dans l’assurance, a annoncé un tour de table de 150 millions de dollars, valorisant la société à plus de 1,1 milliard de dollars. Le cofondateur et PDG de la société est l’Estonien Sten Saar, mais la société a été fondée à Londres et n’a pas de filiale ou de bureau en Estonie.

Pourtant, la question demeure : que s’est-il passé ces dernières années pour qu’un pays de 1,3 million d’habitants produise une nouvelle licorne presque tous les deux ans ?

Une infinité d’opportunités pour les entrepreneurs

Pour citer le philosophe romain Sénèque, « la chance survient lorsque la préparation rencontre l’opportunité », explique Kaidi Ruusalepp, PDG de la start-up Funderbeam, spécialisée dans le financement par actions et les plateformes de négociation. Ce dernier affirme qu’en plus de disposer d’une société numérique avancée et d’un grand réservoir de talents, un autre facteur clé est l’amélioration de l’accès au capital et aux réseaux.

« Si l’entreprise est suffisamment mature pour rechercher un financement de série B ou C, les super-fondateurs estoniens qui ont eux-mêmes déjà investi dans une entreprise particulière à des stades antérieurs sont très bien connectés pour mettre en relation la start-up avec des géants du capital-risque à Londres ou dans la Silicon Valley », dit-elle. Le PDG de Veriff, Kaarel Kotkas, souligne qu’il y a déjà deux générations de fondateurs de start-up en Estonie, qui sont maintenant à la recherche de nouvelles start-up et de projets potentiels dans le pays.

Une donnée qui concorde avec les statistiques recueillies par Startup Estonia : en 2020, près de 31 millions d’euros sur le total de 453 millions d’euros de financement fournis aux start-up ont été apportés par les investisseurs locaux, dont beaucoup ont un passé de licorne locale. Et leur soutien n’est pas seulement financier. Kaidi Ruusalepp affirme que l’Estonie est peut-être le seul pays où les fondateurs de start-up ont créé un club solide, appelé “Founders Society”, et le code de conduite dans le paysage estonien des start-up est qu’un fondateur en aide un autre.

« Je peux appeler des dizaines d’autres fondateurs estoniens, ils trouveront un moment pour m’écouter et me consulter. Cela fonctionne également à l’inverse », évoque-t-elle. Selon elle, un fort sentiment d’unité permet aux fondateurs de start-up de partager leur expérience, mais aussi d’être le seul partenaire uni auprès du gouvernement et des autres industries en Estonie et en dehors. « Les fondateurs peuvent apprendre d’autres fondateurs qui ont déjà relevé des défis similaires, les ingénieurs apprennent d’autres ingénieurs de haut niveau, les développeurs commerciaux apprennent d’autres développeurs commerciaux de haut niveau, et ainsi de suite. »

Source : ZDNet.com

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