Attentat de Rambouillet : itinéraire d’une dérive fondamentaliste et meurtrière – Le Monde

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A Rambouillet, 60 kilomètres de Paris, dans le quartier paisible où vivait le terroriste (Photo by Bertrand GUAY / AFP)

Quel processus a conduit Jamel G., un Tunisien de 36 ans arrivé clandestinement en France en 2009, et titulaire depuis le 28 décembre 2020 d’une carte de séjour temporaire, à assassiner une adjointe administrative du commissariat de Rambouillet (Yvelines), le 23 avril ? Quels ressorts ont fait basculer ce chauffeur livreur sans histoire dans la dérive meurtrière qui a coûté la vie à Stéphanie Monfermé, mère de famille de 49 ans poignardée à deux reprises, au ventre et à la gorge, en regagnant son lieu de travail ?

L’enquête ouverte vendredi par le parquet antiterroriste s’est rapidement concentrée sur l’environnement et le profil du tueur, inconnu des services de renseignement. Dans une conférence de presse, dimanche 25 avril, le procureur antiterroriste, Jean-François Ricard, a précisé que cinq de ses proches ont été placés en garde à vue : son père, qui l’hébergeait depuis plusieurs années à Rambouillet, à 4 kilomètres du commissariat ; un couple chez qui il s’était fait domicilier administrativement dans le Val-de-Marne ; et deux de ses cousins.

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Profil religieux

Selon les premières investigations, la radicalisation de Jamel G. paraît « peu contestable », a déclaré le magistrat, tout en relevant la présence de « certains troubles de personnalité ». Des éléments complémentaires pourraient ressortir de l’exploitation des éléments retrouvés en perquisition : des téléphones « cassés » et une carte SD ont notamment été saisis à son domicile. Les enquêteurs ont également analysé le téléphone utilisé par le tueur juste avant qu’il ne passe à l’acte et son activité sur Facebook.

L’évolution de ses publications sur ce réseau social, que Le Monde a étudiées, dénote un profil empreint d’une certaine religiosité à son arrivée en France. Si Jamel G. écrit lui-même très peu, il partage de nombreux contenus. Au fil des années, les références religieuses contaminent peu à peu tout l’espace, jusqu’à se raidir à compter de l’automne 2020, quelques jours après l’assassinat du professeur d’histoire Samuel Paty et alors que la polémique sur les caricatures du Prophète enflammait de nouveau les cercles islamistes.

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2010-2018 : islam politique et djihadisme « modéré »

Dans ses premières publications, prières et textes coraniques côtoient d’anodines photos touristiques, des vidéos d’humoristes et des clips de rap. Mais Jamel G. s’intéresse aussi à la politique. Il suit de près le printemps arabe tunisien et affiche en 2012 son soutien au parti islamiste conservateur Ennardha, parvenu au pouvoir l’année précédente. Sa vision de la société semble alors passer par l’islam politique, et non par sa déclinaison violente : le djihadisme. Il relaie d’ailleurs la même année un post condamnant les attentats perpétrés au nom de la défense du prophète.

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