Après l’attentat de Londres, la libération anticipée en question – Le Monde

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Des policiers inspectent le London Bridge, samedi 30 novembre.

L’attentat de Londres s’immisce dans la campagne pour les élections législatives britanniques du 12 décembre. Samedi 30 novembre, le premier ministre Boris Johnson s’est engagé à revoir le système des libérations anticipées, au lendemain de l’attaque menée par un ex-prisonnier, condamné pour terrorisme et en liberté conditionnelle, qui a tué deux personnes à coups de couteau.

Samedi soir, l’organisation Etat islamique a revendiqué l’attentat. Ce dernier a été commis « en réponse aux appels à cibler les habitants des pays de la coalition internationale » anti-EI, a écrit l’agence de propagande Amaq dans un communiqué publié sur une chaîne du groupe sur Telegram.

Avant d’être abattu par la police, l’assaillant a lui-même été spectaculairement maîtrisé par des civils qui comptaient plusieurs condamnés dont un meurtrier en permission, selon les médias britanniques.

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« Quand des gens sont condamnés à un certain nombre d’années en prison, ils devraient purger chaque année de cette condamnation », a déclaré M. Johnson samedi après s’être rendu sur les lieux de l’attaque. « Il ne fait aucun sens pour notre société de libérer de manière anticipée des personnes qui ont été condamnées pour des infractions terroristes, des crimes violents », a poursuivi M. Johnson avant d’ajouter : « Je dis depuis longtemps que ce système ne marche tout simplement pas. »

Le premier ministre a également plaidé pour des peines plus lourdes en cas d’infractions violentes. Il a assuré que les cas d’autres condamnés pour terrorisme libérés de manière anticipée étaient passés en revue, promettant : « Un gros travail est abattu en ce moment pour s’assurer que le public est protégé ».

« Il y a grandes questions auxquelles il faut répondre », a de son côté déclaré sur Sky News le maire de Londres et membre du Parti travailliste Sadiq Khan. « L’un des outils importants que les juges pouvaient utiliser pour traiter les cas de criminels dangereux et protéger le public était la condamnation à perpétuité », a-t-il ajouté. « Ça leur a été retiré par ce gouvernement ».

L’assaillant avait purgé la moitié de sa peine

L’attaque est survenue vendredi en début d’après-midi à London Bridge, provoquant la panique dans ce quartier très fréquenté du centre de la capitale britannique. L’assaillant, de nationalité britannique, a été identifié par la police comme étant Usman Khan, âgé de 28 ans, condamné à 16 ans de prison en 2012 pour des infractions terroristes et remis en liberté conditionnelle six ans plus tard.

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Il appartenait à un groupe qui projetait de commettre un attentat à la bombe à la Bourse de Londres, le London Stock Exchange, et d’établir un camp d’entraînement terroriste au Pakistan. Il a été libéré il y a un an, avant d’avoir purgé la moitié de sa peine, seuil auquel les prisonniers peuvent généralement bénéficier d’une remise en liberté. Il portait un bracelet électronique.

Il participait vendredi à une conférence organisée par l’université de Cambridge sur la réhabilitation des prisonniers. Elle se déroulait dans le Fishmongers’Hall, un bâtiment à l’extrémité nord du London Bridge à l’intérieur duquel l’attaque a commencé. Porteur d’un engin explosif factice, l’assaillant a été abattu par la police après avoir été maîtrisé sur le pont enjambant la Tamise par des passants.

Des « héros » condamnés

Sur des images diffusées par les réseaux sociaux et les médias, on voit l’un d’eux vider un extincteur sur Usman Khan tandis qu’un autre, qui serait un cuisinier polonais travaillant au Fishmongers’Hall, pointe vers lui une défense de narval, probablement prise dans le bâtiment qui renferme de nombreux objets anciens. Un autre intervenant, un policier en civil selon les médias, sort de la mêlée après avoir pris le couteau de l’assaillant.

Plusieurs personnalités politiques et même la reine Elizabeth II a adressé un message de sympathie aux victimes et à leurs proches, saluant « les individus courageux qui ont mis leur vie en danger pour aider (…) et protéger les autres ».

Mais l’agence PA affirmait samedi que presque tous ces « héros » étaient des condamnés présents à la conférence. C’est notamment le cas de James Ford, condamné en 2004 à la perpétuité avec une durée de 15 ans d’emprisonnement minimum pour avoir égorgé une jeune femme de 21 ans.

Dans un communiqué, la commission des libertés conditionnelles a assuré ne pas avoir été « impliquée » dans la libération d’Usman Khan « qui semble avoir été automatiquement libéré sous conditions comme le requiert la loi ».

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