La revendication d’une identité distincte de celle de l’Ouest est de plus en plus présente à l’Est où une majorité d’Allemands se considèrent comme des citoyens de seconde zone.

Par Publié hier à 15h41, mis à jour à 06h14

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Chemnitz, rebaptisée Karl-Marx-Stadt jusqu’à la fin de la RDA, fut le théâtre de manifestations hostiles aux migrants en 2018.

C’est un mur de 3 mètres de haut et 100 mètres de long, bordé d’un côté par un ruisseau et de l’autre par une petite route de campagne. A l’endroit du cours d’eau, un écriteau indique que celui-ci servait jadis de tracé à la frontière séparant la République fédérale d’Allemagne (RFA) et la République démocratique allemande (RDA). Sur la route, on pouvait encore voir, il y a quelques jours, une série d’affiches électorales accrochées aux lampadaires ou posées à même le sol. Toutes étaient à l’effigie du parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD), en campagne pour les élections régionales du 27 octobre en Thuringe.

Toutes évoquaient la « révolution pacifique » de 1989, dont l’Allemagne, cet automne, célèbre le trentième anniversaire. L’occasion pour l’AfD de se présenter comme le porte-parole des Allemands de l’Est en colère, de dénoncer les engagements non tenus de la réunification et de promettre d’« achever le tournant » amorcé en 1989. L’un des slogans du parti d’extrême droite : « Aujourd’hui comme hier : la liberté plutôt que le socialisme ».

Klaus Grünzner et Marcel Zapf ne s’en ­cachent pas : ils sont atterrés par la façon dont le parti d’extrême droite instrumentalise l’histoire de l’Allemagne à des fins électoralistes. Les deux hommes ont grandi de part et d’autre de ce mur de béton qui, de 1966 à 1989, coupait en deux Mödlareuth, village de 40 habitants surnommé le « petit Berlin » au temps de la guerre froide et où s’est rendu le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo jeudi 7 novembre, deux jours avant de participer aux cérémonies du 30anniversaire de la chute du Mur dans la capitale allemande.

Les deux Allemagnes ont parfois tant de mal à se comprendre

Aujourd’hui, Klaus Grünzner est le maire de Töpen, la partie bavaroise de Mödlareuth jadis en Allemagne de l’Ouest ; Marcel Zapf, lui, est le maire de Gefell, la moitié du village autrefois en RDA et désormais dans le Land de Thuringe. De sensibilité conservatrice, les deux hommes reconnaissent volontiers que des erreurs ont pu être commises lors de la réunification. Mais ils ne comprennent pas qu’un parti comme l’AfD puisse en faire son fonds de commerce électoral, ni que, dans l’espace public, les discours négatifs l’emportent parfois sur les jugements positifs. Surtout, ils s’inquiètent de constater que, trente ans après, les deux Allemagnes ont parfois tant de mal à se comprendre.

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