L’art et la manière de devenir un candidat dissident – France Culture

Spread the love

C’est fait ! Sauf surprise de dernière minute, Cédric Villani annoncera ce soir sa candidature à la mairie de Paris. Mais on ne va pas commencer à épiloguer ici sur le scrutin parisien. Paris n’est pas la France et Villani est loin d’être élu. En revanche, intéressons-nous à un phénomène plus large, qui touchera une bonne partie des communes françaises pour ces municipales : les dissidences.

Des milliers de candidats vont se présenter sans l’aval de leur parti, comme le fait Cédric Villani, auquel LREM a préféré Benjamin Griveaux. 

Alors, à l’heure de polir une dernière fois son discours de ce soir, peut-être le mathématicien aura-t-il la tentation de s’inspirer d’expériences historiques. 

Par exemple : la campagne victorieuse de 1977 pour Jacques Chirac, qui se présente à la mairie de Paris contre le candidat du président Valéry Giscard d’Estaing.

En ciblant “le socialo-communisme”, Jacques Chirac se pose en meilleur rempart de la droite. Cédric Villani, s’il veut suivre le même chemin, devra donc cibler davantage Anne Hidalgo, la maire sortante, que son rival Benjamin Griveaux. 

Mais pour Villani, contrairement à Chirac à l’époque, il n’est pas question de rupture violente avec le président de la République. 

Alors peut-être s’inspirera-t-il d’un autre dissident moins éruptif mais tout aussi victorieux. Nous sommes à Neuilly sur Seine en 2008. Le président Sarkozy vient introniser son candidat dans la ville qu’il a longtemps dirigé. [Extrait sonore d’un reportage de France 2]. Et c’est finalement un dissident de centre-droit. Jean-Christophe Fromentin, qui remporte la mairie de Neuilly.

Traître ou héros

Vis-à-vis des dissidents, les partis sont toujours ambivalents. Ils sont prompt à exclure les ambitieux fautifs ; mais tout aussi prompts à passer l’éponge si d’aventure ces derniers l’emportent. 

Si “les religions sont des sectes qui ont réussi”, selon le mot de Jean-François Kahn, alors en politique les barons locaux sont des dissidents… qui ont gagné. 

Mais sans doute Cédric Villani – issu de la “société civile” – usera-t-il d’un ton plus offensif contre les appareils politiques, les partis. Ira-t-il jusqu’à la tonalité de Michel Debré, candidat “hors parti” en 1981 ?

“Françaises, Français, on ne vous dit pas la vérité, on vous ment ! Parce que je suis un candidat libre à l’égard des partis, je vous dis, moi, la vérité”. (clip de campagne diffusé à la télévision)

Cette stratégie de l’homme-libre-face-aux-appareils n’avait pas réussi au candidat gaulliste, avec 1,7% des voix. 

En revanche, elle a fonctionné pour Olivier Falorni en 2012. Dépourvu de l’étiquette PS, il battit Ségolène Royal en Charente-Maritime, après une joute électorale agitée. 

Le dilemme de LREM pour les municipales

La campagne qui s’ouvre s’annonce donc passionnante. Pour la première fois, La République en marche, jeune mouvement, va devoir forger une doctrine : faut-il exclure manu militari tous les impudents qui se présentent sans avoir reçu l’onction du parti ? 

Le risque, dans ce cas-là, est d’imiter les pratiques des appareils du PS et de LR. Adieu la rhétorique du “nouveau monde”. 

Ou bien faut-il laisser prospérer les candidatures dissidentes, avec l’idée – un peu darwinienne mais pas complètement fausse – que la compétition électorale se chargera de la sélection ? 

Après tout, la République en marche n’a-t-elle pas été fondée par un ministre de François Hollande devenu dissident ? 

Frédéric Says

Leave a Reply