Les « gilets jaunes » ont de nouveau envahi les Champs Elysées, ce 16 mars. — Geoffroy VAN DER HASSELT / AFP
  • Les Champs-Élysées ont été saccagés, samedi, lors de la mobilisation des « gilets jaunes ».
  • Christophe Castaner, le ministre de l’Intérieur, a évoqué la présence de 1.500 « ultra-violents » parmi les 7.000 à 8.000 manifestants.
  • Plusieurs personnes interpellées ont été jugés en comparutions immédiates, ce lundi.

Deux lieux. Deux ambiances. A quelques kilomètres d’une avenue des Champs-Élysées encore dévastée par « l’acte 18 », les premiers « gilets jaunes » interpellés ont été jugés presque sereinement, lundi, en comparution immédiate devant les 23e et 24e chambres du tribunal correctionnel de Paris. Menton en avant et propos martial, Christophe Castaner, le ministre de l’Intérieur, n’avait pas mis plus de quelques heures, samedi, pour dénoncer la présence dans le cortège de « 1.500 ultra-violents venus pour casser, pour en découdre et pour attaquer ».

Mais lundi, ce sont un apiculteur, un lycéen compositeur de musique classique ou un conducteur d’engin de chantier au chômage qui se sont présentés les premiers devant Isabelle Prévost-Desprez, la présidente de la chambre 23-4. Tous penauds d’avoir été attrapés par la patrouille quatre mois tout pile après le début du mouvement.

Une canette qui explose par terre et des abeilles à sauver

Comme Clément, un paysagiste de 23 ans qui enchaîne, lui, les missions d’intérim. Samedi, il a eu ce qu’il appelle « un coup de sang ». Il venait de finir sa bière aux abords du Quai d’Orsay. Alors il l’a lancée sur les CRS. « Je ne sais pas pourquoi… », admet-il. Sans doute emporté par la foule. Sans doute parce que « la vie [lui] fait peur ». La canette a explosé au sol. Personne n’a été blessé. Et Clément a levé les mains pour se faire arrêter. Pas vraiment l’attitude d’un black bloc. D’ailleurs son avocate relève fièrement qu’il portait un « pull blanc », ce jour-là.

Raphaël portait lui un pantalon noir, une casquette avec des étiquettes, un jogging Nike et même un manteau Naf-Naf pour femme avec un antivol. Autant de vêtements qu’il a « ramassés » sur les Champs-Élysées après les émeutes. « Vous vouliez chercher l’aventure ? Vos petites abeilles ne vous suffisaient pas ? », interroge la présidente. Car Raphaël, père de deux enfants, est apiculteur dans le Loiret. Et le visage aussi rouge que son tee-shirt, il ne semble aujourd’hui pas comprendre ce qui lui arrive. « Je ne sais même pas si le jogging était à ma taille… »

Le procureur non plus. Mais il n’a pas besoin de le savoir pour dénoncer ce qu’il nomme des « exactions ». Sans trembler, il se dit « fier d’être en France où le droit de manifester est garanti » mais souhaite rappeler que cela ne donne pas le droit « de violenter les forces de l’ordre » et que c’est « un devoir de réfléchir ». Il requiert quatre mois de prison ferme à son encontre.

« Effectivement, il y a les casseurs. Mais il y a les autres aussi… »

Vient alors le tour de Cyprien, un lycéen de 19 ans qui, après avoir appris le violon, la batterie et la guitare, s’essaye à la composition de musique classique. En pleine crise d’angoisse, samedi, il a donné un coup de pied au CRS qui l’interpellait pour cause de doigts d’honneur prohibés sur le parcours de la manifestation. Un « outrage » dans le Code pénal. Le procureur demande de tenir compte de sa « fragilité » mais requiert tout de même quatre mois de prison ferme ou 140 heures de travail d’intérêt général.

Les avocats se succèdent dans le prétoire pour défendre ces jeunes. Le discours est simple : certes, ils ont commis des délits mais ils n’ont rien à voir avec les briseurs de vitrine et incendiaires de banque devenus la cible numéro un du gouvernement. « Effectivement, il y a les casseurs. Mais il y a les autres aussi », martèle ainsi une avocate.

Plutôt convaincante. En fin de journée, le tribunal condamne finalement Cyprien, le lycéen, et Clément, le paysagiste, à six mois de prison avec sursis. Raphaël, lui, écope d’une peine de trois mois avec sursis et obligation de s’occuper de ses abeilles « pour le bien de tous », selon la présidente.

Pas de quoi oublier, pour autant, les images des Champs-Élysées en feu qui ont tourné en boucle tout le week-end. Arrêté avec des morceaux de bitume dans les poches, un jeune qui se présentait comme un « street-médic » a écopé d’une peine de quatre mois ferme avec mandat de dépôt. « Quant aux faits les plus graves, ils donneront lieu à des enquêtes plus longues, souffle une source judiciaire. Ce n’est pas parce que les gros casseurs ne sont pas passés aujourd’hui qu’ils vont s’en sortir comme cela… »

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