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« Zone interdite » met en lumière les défaillances de la protection de l’enfance – Le Monde

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M6, dimanche 19 janvier à 21 h 05, documentaire

C’est un nouveau documentaire-choc sur les lourdes défaillances du système de protection de l’enfance que diffuse M6, dimanche 19 janvier, dans l’émission « Zone interdite ». Pendant un an, une équipe de journalistes s’est infiltrée dans plusieurs foyers accueillant des enfants placés. Personnel non qualifié et en sous-effectif, violences, fugues, prostitution… les faits dénoncés ne sont pas nouveaux, mais toujours accablants.

En France, selon les derniers chiffres officiels, à la fin 2018, 53 % des 355 000 mesures d’aide sociale à l’enfance (ASE) consistent en des placements de mineurs ou des accueils de jeunes majeurs en dehors de leur milieu de vie habituel. Combien sont-ils, parmi ces quelque 185 000 enfants, à être victimes de maltraitance de la part de l’institution censée les protéger ?

Le documentaire ne répond pas à cette question, mais se penche sur un certain nombre de situations sordides qui se déroulent dans diverses structures, de la Savoie à la Somme. La démonstration ne se caractérise pas par sa finesse (voix off, répétition de séquences), mais les images, souvent filmées en caméra cachée en raison de l’absence d’autorisation, sont efficaces. Elles montrent à la fois le désengagement ou, pire, la violence des personnels d’encadrement, qui apparaissent complètement dépassés, et les profils extrêmement cabossés des enfants, dont beaucoup sont abandonnés à leur sort. Seule lueur d’espoir, un foyer modèle du Bas-Rhin, doté d’éducateurs formés et bienveillants, fait office de contrepoint.

Un tableau très sombre

Pour le reste, le tableau de la protection de l’enfance dressé ici est très sombre. Il prend même une dimension tragique avec le personnage de Francine, une adolescente de 13 ans souffrant de troubles psychiques graves, prise en charge dans un foyer présentant de multiples dysfonctionnements à Dijon. Grâce à la caméra cachée de la journaliste – embauchée sans même passer d’entretien –, on découvre la jeune fille couchée dans une chambre où s’entassent affaires et détritus. On la retrouve ensuite lors de sa distribution quotidienne de médicaments, qui se déroule en l’absence de l’infirmière censée contrôler les prescriptions. Plus tard, en pleine crise, elle erre devant le foyer à la nuit tombée, en t-shirt par 7 °C, musique à fond sur son enceinte portable. Après de longues minutes, le gardien de nuit finit par réagir de façon violente, en la plaquant au sol. La jeune fille le couvre d’injures, le traitant notamment à plusieurs reprises de « pédophile ». Interrogé par la journaliste, ce dernier se contente de lui répondre, goguenard : « Si je suis pédophile, ce n’est sûrement pas avec elle. » La séquence finit ainsi, laissant le spectateur mal à l’aise devant ces accusations qui ne seront pas approfondies faute, pour la journaliste, de pouvoir poursuivre son travail d’infiltration.

La réponse des autorités n’est pas d’un grand secours. Interrogé, le président du département affirme ne pas être informé des difficultés spécifiques rencontrées par cet établissement et promet d’« investiguer », notamment sur les cas de prostitution rapportés en caméra cachée. C’est le seul représentant des départements – qui ont la charge de la protection de l’enfance – à apparaître dans le documentaire, les autres ayant décliné la proposition, selon ses auteurs.

Il y a un an, un documentaire télévisé diffusé dans l’émission « Pièces à conviction » de France 2 dénonçait déjà les dérives du système. Il avait conduit le gouvernement à annoncer la nomination d’un secrétaire d’Etat chargé de la protection de l’enfance. Le tableau alarmant que dresse ce nouvel opus laisse entendre que la situation n’a guère changé depuis.

« Zone interdite : Mineurs en danger », réalisé par Jean-Charles Doria (Fr., 2019, 125 min).

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