Yvan Colonna : révélations sur les circonstances de sa violente agression en prison, une enquête ouverte pour « tentative d’assassinat » – Le Monde

Yvan Colonna, après son arrestation à Olmeto (Corse-du-Sud), le 4 juillet 2003.

La scène, glaçante, d’une rare violence même derrière les barreaux, a été intégralement filmée par le dispositif de vidéosurveillance de la maison centrale d’Arles (Bouches-du-Rhône). Vers 10 h 15 mercredi matin 2 mars, Franck Elong Abé, 36 ans, condamné en 2015 pour faits de djihadisme, est accompagné par des surveillants pour effectuer le ménage dans la salle de musculation de l’établissement pénitentiaire, un travail pour lequel cet « auxiliaire » est rémunéré par l’administration. Sitôt la porte refermée, il se précipite sur Yvan Colonna, 61 ans, condamné à la réclusion criminelle à perpétuité pour l’assassinat du préfet Claude Erignac le 6 février 1998 à Ajaccio, saute à pieds joints sur le dos de son codétenu, le roue de coups de poing avant de lui écraser la trachée pendant plus d’une minute avec son pied. Après quoi, il couvre la tête de sa victime d’un sac en plastique.

« Dès la découverte de la victime inanimée par un surveillant pénitentiaire, les secours internes prodiguaient un massage cardiaque, moins de trois minutes après l’alerte », a détaillé dans un communiqué, mercredi soir, Laurent Gumbau, procureur de la République à Tarascon (Bouches-du-Rhône). En arrêt cardiaque et respiratoire, Yvan Colonna a été médicalisé sur place jusqu’à ce que les services de réanimation parviennent à relancer l’activité cardiaque. En état de « coma post-anoxique », il a été transporté au centre hospitalier d’Arles et, enfin, dans un établissement hospitalier marseillais.

La nouvelle a provoqué la stupeur au sommet même de l’administration pénitentiaire, au point de déclencher une réunion de crise en présence notamment de Naoufel Gaied, chef de la mission de lutte contre la radicalisation violente de l’administration pénitentiaire. Car, au-delà de la personnalité de la victime, militant indépendantiste condamné pour assassinat mais détenu modèle depuis son incarcération, en juillet 2003, celle de son agresseur interroge au moins autant que les circonstances de l’agression et son parcours carcéral, pour le moins chaotique.

« Un détenu plutôt solitaire »

Né au Cameroun mais ayant passé une partie de sa jeunesse en Normandie, Franck Elong Abe a été fait prisonnier par les troupes américaines en Afghanistan en 2012 avant d’être emprisonné dans la prison de Bagram, surnommée le « Guantanamo de l’Orient ». Livré aux autorités françaises deux ans plus tard, il est condamné en 2015 à neuf années d’emprisonnement pour « association de malfaiteurs en vue de la préparation d’un acte de terrorisme ».

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