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Washington voit rouge et accuse Huawei d'espionnage industriel

Qu’on se le dise : l’administration Trump ne lâchera pas Huawei. Ce constat, le ministère américain de la Justice en a livré une nouvelle illustration en inculpant ce jeudi de nouvelles filiales de Huawei pour des faits de blanchiment d’argent, de conspiration de fraude à l’encontre des Etats-Unis, d’obstruction à la justice et de violation de sanctions.

Alors que Washington conduit depuis plusieurs années une véritable croisade contre Huawei, accusé d’entretenir des relations très étroites avec le régime chinois, les autorités américaines ont inculpé ce jeudi le constructeur chinois et quatre de ses filiales pour des faits de racket et de conspiration en vue de voler des secrets commerciaux.

Après avoir inculpé la directrice financière de Huawei Wanzhou Meng en janvier 2019, les Etats-Unis ont désormais élargi la liste des entités placées sur le banc des accusés. Celui-ci comprend désormais, outre la directrice financière de Huawei et le constructeur lui-même, quatre de ses filiales officielles et non officielles Huawei Device, Futurewei, Huawei USA et Skycom.

Le ministère américain de la Justice affirme avoir découvert « les efforts déployés depuis des décennies par Huawei et plusieurs de ses filiales, tant aux Etats-Unis qu’en Chine, pour détourner la propriété intellectuelle, notamment celle de six sociétés technologiques américaines, dans le but de développer et d’exploiter les activités de Huawei ».

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Huawei à l’origine d’un programme secret

Selon le ministère américain, les informations volées comprennent des secrets commerciaux ainsi que des œuvres protégées par le droit d’auteur, comme le code source et les manuels d’utilisation de routeurs internet, la technologie des antennes et la technologie des tests de différents robots.

Les enquêteurs affirment également que Huawei a mis en place un programme de bonus pour récompenser les employés ayant obtenus et transmis le plus d’informations confidentielles sur les concurrents du constructeur chinois. Selon l’acte d’accusation du ministère américain de la justice, les salariés de Huawei souhaitant participer à ce programme d’espionnage industriel étaient censés envoyer les données volées dans un e-mail chiffré à une boîte de réception spéciale envoyant vers un nom de domaine appartenant à Huawei. Le programme aurait été lancé en 2013, fait-on savoir du côté de Washington.

« Les moyens et méthodes du détournement présumé comprenaient la conclusion d’accords de confidentialité avec les propriétaires de la propriété intellectuelle, puis la violation des termes de ces accords en détournant la propriété intellectuelle pour l’usage commercial des défendeurs, en recrutant des employés d’autres sociétés et en leur demandant de détourner la propriété intellectuelle de leurs anciens employeurs, et en utilisant des mandataires tels que des professeurs travaillant dans des instituts de recherche pour obtenir et fournir la technologie au défendeur », précise l’acte d’accusation américain.

Des salariés invités à espionner leurs concurrents

Selon ce dernier, l’état-major de Huawei aurait ainsi mis sur pieds un véritable « cabinet noir » chargé d’examiner les candidatures des futurs employés et d’attribuer des primes mensuelles aux salariés les plus méritants. Comprendre : ceux ayant fourni le plus de secrets industriels concernant des concurrents de la firme de Shenzhen. Le document fourni par ailleurs de plus amples détails sur les cas spécifiques pointés par la justice américaine.

Comme le relève le document à la base de l’accusation, Huawei aurait ainsi eu recours à des professeurs reconnus pour contacter des entreprises américaines et obtenir des informations exclusives puis les transférer au siège du géant chinois. Le ministère américain accuse également Huawei d’avoir subtilisé le code source, les interfaces de ligne de commande et les manuels des appareils à un fabricant de routeurs (qui serait selon toute évidence Cisco) avant de créer son propre équipement et de le vendre à moitié prix aux Etats-Unis.

Le ministère américain en veut pour preuve que les ingénieurs de Huawei auraient laissé des numéros de version et d’autres identificateurs dans le code, l’interface utilisateur et les manuels volés, révélant ainsi le vol et obligeant la société à rappeler les produits des Etats-Unis. Le constructeur chinois avait reconnu les faits en affirmant, lors d’un procès tenu aux Etats-Unis, avoir reçu le code volé d’un tiers.

Un résultat indéniable

Mais ce n’est pas tout : l’acte d’accusation américain comprend également une autre affaire insolite. En juillet 2004, un employé de Huawei se serait introduit dans un salon d’exposition de Chicago au milieu de la nuit et aurait pris des photos des circuits internes d’un appareil de réseau. Lorsque l’employé a été arrêté, l’état-major de Huawei s’est dédouané de toute responsabilité en affirmant que l’employé agissait de son propre chef.

Huawei aurait également utilisé une autre stratégie pour se doter des secrets industriels de ses concurrents. Le géant chinois aurait ainsi organisé des colloques en Chine, invitant des salariés de sociétés concurrentes à y participer avant de copier les données propriétaires de leurs présentations pour les distribuer à ses propres salariés. En outre, le ministère américain affirme que, pour éviter toute responsabilité ainsi que toute atteinte à sa réputation, le constructeur chinois au tendance à se dédouaner sur des « employés véreux », accusés par leur direction d’avoir volé de la propriété intellectuelle de leur propre chef.

Selon Washington, ces techniques ont été couronnées de succès. Elles auraient en effet permis à la firme de Shenzhen de réduire ses coûts de recherche et développement (R & D) et de prendre un avantage non négligeable sur ses concurrents. Celle-ci aurait de plus réinvesti les profits engrangés par ce vol de secrets industriels pour stimuler encore davantage sa croissance, y compris aux Etats-Unis.

A noter que ces nouvelles accusations surviennent après que le FBI ait révélé en début de semaine le lancement d’enquêtes officielles sur plus de 1 000 cas de vol de technologie américaine par des individus ou entreprises chinoises. Lors d’une conférence de presse solennelle tenue ce lundi, les responsables américains avaient en effet évoqué les méthodes utilisées par le gouvernement chinois et ses agents pour cibler les entreprises et les universités américaines afin de voler des propriétés intellectuelles. Si le nom de Huawei n’avait alors pas été nommé, la firme de Shenzhen figure désormais au premier rang des accusés et confirme une fois de plus son statut de bête noire de l’administration Trump.

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