« Je pense que Rimac est un génie. Je pense qu’il va devenir une légende. » Heiko Mayer, chef de projet du groupe motopropulseur de la Porsche électrique Taycan.

Rimac. Si vous n’aviez jamais entendu parler, retenez bien ce nom. C’est à la fois celui de ce jeune croate expert en propulsion électrique et le nom de son entreprise, qui emploie aujourd’hui six-cent personnes.

Alors que des géants industriels historiques de l’automobile butent encore sur la façon de faire des voitures électriques efficientes et performantes, avec en ligne de mire Tesla, Mate Rimac, 31 ans, semble avoir tout mieux compris que les autres. Et pour cela, rien de tel que mettre les mains dans le cambouis soi-même, à l’instar des grands créateurs (Bill Gates codait ses premiers programmes lui-même et Steve Jobs a pratiquement produit son premier Mac de ses mains – et de celles de Steve Wozniak). En 2007, alors qu’il a seulement dix-neuf ans, il bricole lui-même sa vieille BMW pour remplacer son moteur par un propulseur électrique. L’histoire était née.

Pour vous la faire courte, sachez que depuis, son entreprise, créée en 2009, a largement prospéré, et que grâce à son savoir-faire et à la réputation de son boss, elle intervient en sous-traitance pour de nombreuses marque automobiles, au rang desquelles des noms comme Renault ou Aston Martin. Plus fort encore : Porsche a rapidement investi chez Rimac en prévision de l’électrification de sa gamme, et détient aujourd’hui 15% de la jeune société croate, ce qui a très probablement bien aidé le constructeur de Stuttgart à concevoir son déjà fameux Taycan. Kia et Hyundai viennent également d’investir à hauteur de quatre-vingt millions d’euros dans la jeune pousse basée à la périphérie de Zagreb.

Rimac

Le talent de Rimac : être capable de concevoir et produire – pour le moment en séries très limitées – de superbes voitures de sport électriques aux performances époustouflantes. Après la Concept One (plus de 1000 chevaux) et la Concept S (plus de 1300 chevaux), Rimac vient de dévoiler la Rimac C_Two, un monstre de… 1914 chevaux capable d’atteindre les 100 km/h en moins de deux secondes, soit mieux que le très attendu Roadster Tesla, le tout avec une autonomie annoncée de 547 kilomètres. Si ces chiffres ne vous disent pas grand chose, sachez que la plus puissante des Tesla développe environ 700 chevaux, que la Porsche Taycan culmine à 761 chevaux. Par comparaison et pour mettre un peu de contexte en thermique, une Lamborghini Aventador fait également 700 chevaux. On est donc sur une puissance presque triple.

Hyperpuissance et conduite autonome

Mais Rimac n’est pas seulement capable de faire des voitures à pile surpuissantes. La technologie est aussi son dada : en plus d’être extrêmement rapide, le C_Two disposera également des derniers perfectionnements, dont la reconnaissance faciale et l’autonomie de niveau 4, ce qui signifie une voiture entièrement sans conducteur capable d’être utilisée dans des zones fortement urbanisées. De quoi se reposer un peu entre deux runs.

Alors bien sûr, ce n’est qu’une supercar de plus, et cette course à la puissance est en apparence inutile, futile, voire stupide, mais qui peut le plus peut le moins, et Rimac démontre ainsi son savoir-faire. On imagine en effet aisément qu’un constructeur capable de produire de telles fusées pourra aussi le moment venu proposer des modèles moins huppés, moins puissants, avec une autonomie beaucoup plus importante, puisque l’énergie qui ne sera pas dispersée dans le couple le sera dans la portée. Bien sûr aussi, Rimac n’a produit « de série » qu’une dizaine de voitures à date, et il y a loin de la coupe aux lèvres entre fabriquer en très petites séries des bolides et devenir un industriel de la production de masse pour monsieur tout le monde.

Mais n’était-ce pas justement le cas de Tesla à ses débuts, avec son premier Roadster qui ressemblait davantage à un prototype pour star de cinéma branchée et fortunée qu’à une voiture de grande série ? On connait la suite.

En fait, on ne connait pas réellement les intentions de Mate Rimac dans le développement futur des activités de son entreprise, mais si Porsche, Kia et Hyundai ont autant investi dans son capital, c’est probablement qu’ils savent qu’il ne compte pas se contenter de produire une poignée de supercars pour happy few, et qu’un jour ou l’autre son ingénierie visera une diffusion plus large.

C’est ainsi que se sont bâties les plus grandes révolutions industrielles : à l’ombre des grands groupes, des artisans de génie qui inventent et bousculent le marché. Rimac pourrait bien être de ceux-ci…

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