Viol et séquestration sur son ex-compagne enceinte, à Bonningues-lès-Calais : 10 ans de prison – La Voix du Nord

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Abdelnasser Azzouz, atteint d’une « schizophrénie paranoïde », était-il conscient quand, ce 20 janvier 2017 à Bonningues-lès-Calais, il a séquestré et violé son ex-compagne, enceinte de 7 mois et demi de son nouveau compagnon ? La tâche n’a pas été facile pour les jurés car entre l’altération du discernement, qui entraîne une responsabilité pénale, et l’abolition du discernement, qui empêche une condamnation, la frontière est très fine, comme en témoignent les rapports des experts psychiatres qui ont examiné l’accusé. Au terme de trois heures de délibéré, les jurés ont rendu leur verdict et se sont prononcés pour l’altération du discernement, à l’image de l’avocate générale. Ils ont condamné l’accusé, âgé de 39 ans, à dix ans de prison, assorti d’un suivi socio-judiciaire de quatre ans. La magistrate, elle, avait requis treize ans. Abdelnasser Azzouz est inscrit au Fichier des auteurs d’infractions sexuelles ou violentes (Fijais) et son autorité parentale, sur ses deux filles, lui est retirée. Il doit verser 15 000 € à la victime au titre des « souffrances endurées ».

Maître Jérôme Crépin, l’avocat de la défense, a plaidé pour l’abolition de discernement de l’accusé.
Maître Jérôme Crépin, l’avocat de la défense, a plaidé pour l’abolition de discernement de l’accusé.

L’avocat veut faire appel

« C’est incompréhensible !, s’est indigné maître Jérôme Crépin, son avocat, qui avait plaidé l’irresponsabilité pénale, s’appuyant sur de récentes expertises psychiatriques. Si on ne reconnaît pas l’abolition du discernement pour ce cas, cette notion doit alors être retirée du Code pénal. Il est évident que nous irons en appel. Cette affaire mérite un second examen. ». À quelques heures du verdict, il confiait : «  Nous avons trois experts psychiatres, dont un collège de deux, qui se prononce pour l’abolition du discernement. Quant au troisième, il est réservé mais n’exclut pas l’altération du discernement. Il faut prononcer une sanction adaptée à son état mental. L’hospitalisation psychiatrique est ce qu’il y a de mieux .  ».

Le conseil de la plaignante, maître Delphine Sagniez, a insisté sur le « contexte de soumission et de crainte » quand elle vivait avec lui, évoqué par sa cliente, rappelant que le contexte de « flagrant délit était attesté ». Sans surprise, l’avocate a rejeté l’irresponsabilité pénale. « Monsieur n’était pas dans un délire au moment des faits. Il n’a fait que reproduire un acte qu’il avait l’habitude d’imposer à son épouse pendant des années ».

La victime demande le huis clos

Coup de théâtre en ce troisième jour de procès : la plaignante a demandé le huis clos. Fermée, la jeune femme qui apparaît dans la salle d’audience n’a rien à voir avec celle, volubile, parfois euphorique, qui s’est longuement exprimée la veille à la barre. Soutenue par son avocate, elle s’effondre, pleure, quitte la salle d’audience quelques minutes.

À la demande de la plaignante, le dernier jour du procès de ce Belge, âgé de de 39 ans, s’est tenu à huis-clos dans la salle d’audience de la cour d’assises de Saint-Omer. PHOTO PASCAL BONNIERE

« Phobie envers les hommes »

Pourquoi demande-t-elle le huis clos ? La présence du père de l’accusé, assis dans la salle avec ses trois filles, sœurs de l’accusé, la « perturbe, la met mal à l’aise », justifie son avocate. Il aurait, selon les dires de la plaignante à la barre, abusé d’elle sexuellement. Un viol pour lequel il semblerait qu’elle n’ait jamais porté plainte à l’époque. Un viol supposé qui viendrait s’ajouter aux nombreux autres que cette jeune femme « bipolaire », qui souffre d’un « mal-être existentiel » et d’une « phobie sociale dirigée envers les hommes », dit avoir subis.

Beaucoup de plaintes classées sans suite

En Belgique, elle avait déposé pas moins de « 27 plaintes » pour proxénétisme, séquestration, menaces, harcèlement et violences conjugales ou encore tentative d’enlèvement d’enfant. Toutes les procédures avaient été « classées sans suite » par le procureur du Roi de Liège « faute d’éléments suffisants  ».

Rappel des faits

Le 20 janvier 2017, un Belge de 37 ans fugue de son logement thérapeutique surveillé près de Liège, où il est placé pour schizophrénie. Il prend le train pour Fréthun dans le but de se rendre chez son épouse, de laquelle il est séparé depuis deux ans. Cette dernière, 23 ans, vit en concubinage allée des Berberis, à Bonningues. Mère de deux filles (6 et 4 ans) qu’elle a eues avec l’accusé, elle est enceinte de son nouveau compagnon. Une situation que l’accusé, jaloux, ne supporte pas. L’individu, qui n’est pas sous l’emprise d’alcool ou de stupéfiants, entre par effraction par la véranda. Il saisit son épouse par le bras et l’emmène de force jusqu’à la chambre « pour la violer à deux reprises ». La victime parvient à appeler les gendarmes « deux fois », avec son téléphone. L’accusé est surpris en flagrant délit par les militaires, alertés par des « gémissements et sanglots » provenant de la chambre. En effet, arrivés sur les lieux, les gendarmes découvrent la victime, en pleurs, « sur le dos et dévêtue », à qui l’époux, aussi dénudé, impose un rapport sexuel. Il est aussitôt interpellé par les gendarmes.

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