Alain Juppé, très ému à l’annonce de son départ de la mairie de Bordeaux. — GEORGES GOBET/AFP
  • Entre rires et larmes, Alain Juppé a expliqué les raisons de son départ devant une salle pleine à craquer ce jeudi matin.
  • Il a dénoncé le climat « délétère » de la vie publique et la montée de la violence.
  • Le maire ne souhaite pas désigner lui-même son futur dauphin.

Beaucoup d’émotions à la conférence de presse tant attendue du maire de Bordeaux, ce jeudi matin. Dans une salle pleine à craquer de journalistes, d’élus, de collaborateurs,
Alain Juppé a confirmé son départ de la mairie de Bordeaux, après presque 25 ans de mandat.
Il rejoindra bien le conseil constitutionnel, comme annoncé dès mercredi soir.

Les larmes lui sont montées aux yeux durant sa prise de parole. Il a beaucoup ri aussi. « Cela fait 40 ans que j’entends dire que je suis sec, froid, que je fends l’armure, a-t-il dit dans un sourire. Je suis en réalité un sentimental qui se cache bien. »

« J’ai dû me décider en 24 h »

« Je démissionnerai en mars de tous mes mandats électifs [maire de Bordeaux et président de Bordeaux Métropole] , a-t-il indiqué. Je ne m’attendais nullement à cette proposition, et j’ai dû me décider en 24 h. »

Alain Juppé a confirmé qu’il avait pris sa décision de ne pas se représenter aux prochaines municipales de 2020, « depuis plusieurs semaines. » « J’avais prévu de l’annoncer après les élections européennes. J’ai la volonté de ne pas faire le mandat de trop. Je suis fier du travail que j’ai accompli dans la ville depuis près de 25 ans. Bien sûr, il y a encore tant de choses à faire. Et j’avais tant de projets en tête… Mais je sens aussi le besoin de renouvellement qui monte ici et là. »

« La vie publique est devenue difficile à vivre et lourde à porter »

Alain Juppé a aussi évoqué « une raison plus personnelle. » « La vie politique c’est un combat, je l’ai fait pendant plus de 40 ans, toujours avec passion. Aujourd’hui, le contexte change. L’esprit public est devenu délétère. La montée de la violence, sous toutes ses formes, verbale et physique, le discrédit des hommes et des femmes politiques, réputés tous pourris, la stigmatisation des élites, dont tout pays a pourtant besoin… »

Bref, « dans ce climat général, infecté de mensonges et de haine que véhiculent les réseaux sociaux, la vie publique est devenue difficile à vivre et lourde à porter. Je tiens à continuer à servir notre République dans un environnement de travail plus serein. Le conseil constitutionnel m’en donne la chance. C’est le garant du respect du texte fondamental qu’est notre constitution. Je mesure l’honneur qui m’ait fait de pouvoir y siéger. »

« Avec Bordeaux, nous sommes en quelque sorte un vieux couple »

Au moment d’aborder sa ville, Alain Juppé n’a pu retenir ses larmes. « Je n’ai pas pris ma décision de gaieté de cœur. Avec Bordeaux et son peuple nous sommes en quelque sorte un vieux couple. C’est un arrachement pour moi. »

« Dans mon Dictionnaire amoureux qui porte bien son nom, j’ai voulu faire partager les sentiments que j’éprouve pour ma ville. Je garderai en moi sa marque indélébile et je ne la quitte pas vraiment, puisque Isabelle et moi y garderons notre résidence. Mais je ne jouerai pas à la statue du commandeur : place maintenant à la relève. Nous ne sommes pas en monarchie
et il ne me revient pas de désigner un dauphin. Je réunirai cette semaine la majorité municipale et c’est collectivement que nous choisirons celui ou celle qui se présentera ensuite au suffrage du conseil municipal puis au conseil de métropole. »

Cette entrée au conseil constitutionnel, « c’est la fin de toute expression partisane, reconnaît-il, mais d’une certaine manière je continue mon engagement politique, sous une autre forme. Maintenant le jeu est ouvert concernant les élections municipales de 2020. Et ma position m’interdira de me mêler de la campagne électorale », prévient-il.

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