VIDEO. 11-Septembre : pourquoi 1 106 victimes n’ont toujours pas été identifiées – actu.fr

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Les tours jumelles de New York, quelques minutes avant leur effondrement
Les tours jumelles de New York, quelques minutes avant leur effondrement (©Michael Foran / Wikimedia Commons)

Chercher les morts pour leur offrir de vraies funérailles. Le 11 septembre 2001, 2 573 personnes ont perdu la vie dans l’attaque contre les tours jumelles du World Trade Center à New York

Alors que les Etats-Unis commémorent les 20 ans de l’attentat le plus sanglant de l’histoire, le Bureau médico-légal de New York (OCME) a annoncé, mardi 7 septembre 2021, avoir identifié deux victimes grâce à une nouvelle technologie de séquençage de l’ADN. Il s’agit de Dorothy Morgan, 47 ans à l’époque, et un homme dont l’identité est restée secrète à la demande de la famille, selon le New York Times. 

Tous deux sont les 1 646e et 1 647e morts confirmés. Si l’OMCE promet « d’utiliser tous les outils pour réunir ceux qui ont été perdus avec leurs familles », à ce jour, 1 106 personnes demeurent non identifiées. Et certaines, volatilisées dans les décombres de « Ground Zero », ne le seront probablement jamais.

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Comment sont identifiées les victimes ?

Dès les premiers jours qui ont suivi l’effondrement des tours jumelles, les enquêteurs se sont acharnés à récolter tous les éléments permettant de mettre des noms sur les centaines de disparus. 

Comme l’explique l’adjudant Arnaud Gouet, chef de l’unité d’identification des victimes de catastrophes au sein du Pôle judiciaire de la gendarmerie nationale, ils ont suivi le protocole mis en place par Interpol en 1984, unique méthode reconnue au niveau mondial dans le cas de catastrophes avec un nombre important de décès.

« Nous avons trois éléments primaires pour identifier formellement une victime : l’ADN, que l’on trouve dans les muscles profonds ou la moelle osseuse, les empreintes digitales et les examens dentaires. » Il y a également les particularités physiques, comme les tatouages, les cicatrices ou les implants chirurgicaux.

Données post mortem et ante mortem

Une fois ces données, que l’on appelle post mortem, récoltées, les spécialistes les confondent avec les éléments ante mortem. Il s’agit des dossiers médicaux et dentaires, des empreintes digitales et l’ADN récupérés chez la victime ou fournis par des membres de sa famille.

« L’objectif est de mettre en place le profil génétique de la personne disparue », insiste le gendarme. Mais pourquoi se baser sur un protocole aussi stricte ? 

La reconnaissance visuelle n’est pas suffisante et peut induire en erreur : il y a quelques années, deux jeunes femmes sont décédées dans un violent face-à-face en Angleterre. Les familles ont reconnu les corps. Mais dans leur douleur, les deux se sont trompées et l’ont réalisé plusieurs mois après en tombant sur un article.

Arnaud GouetChef de l’unité d’identification des victimes de catastrophes

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Restes humains « fragmentés, carbonisés »

Mais encore faut-il avoir des données post mortem. A New York, la recherche des éléments s’est avérée extrêmement complexe : « Avec l’explosion des avions, volant à plusieurs centaines de kilomètres par heure, les corps des victimes ont subi une énorme énergie cinétique et se sont retrouvés fragmentés », poursuit Arnaud Gouet. 

Les incendies qui ont ravagé les deux tours, avec des températures dépassant les 1 000°C, ont également réduit en cendres ce qu’il en restait. 

Au milieu du champ de ruines, les techniciens du Bureau médico-légal de New York sont parvenus à récolter 22 000 restes humains, selon le quotidien new-yorkais. Mais nombre d’entre eux sont inexploitables : « Si les ossements ont subi une énorme chaleur, ils n’ont alors plus aucun ADN », pointe le gendarme.

Des os de la taille d’un tic-tac

Autre obstacle auquel se sont heurtés les enquêteurs, l’effondrement des tours et les milliers de tonnes de débris sous lesquels se trouvaient les restes humains. « Pendant les semaines nécessaires à tout déblayer, ils se sont largement dégradés et une fois encore n’ont pas pu être exploités. »

Certains fragments d’os, parfois de la taille d’un tic-tac, ont pu être récupérés et analysés. Jusqu’en 2005, des centaines d’identifications ont été réalisées chaque année. Mais depuis, les spécialistes parviennent à en faire une par an, et encore. La dernière remonte à octobre 2019.

Une lueur d’espoir apparaît avec le séquençage de nouvelle génération, utilisé par l’armée américaine pour identifier les restes des militaires américains disparus. Ce qui a permis d’identifier deux nouvelles personnes en 2021. D’autres suivront peut-être.

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« Impossible d’identifier toutes les victimes »

Mais comme le souligne le New York Times, des familles de disparus ont perdu espoir depuis bien longtemps et ne souhaitent pas rouvrir des vieilles blessures. Certaines ont même décidé de ne fournir aucune donnée ante mortem, rendant ainsi impossible l’identification. 

Mark Desire, directeur adjoint de la biologie médico-légale à l’OCME, le reconnait toutefois auprès de nos confrères américains : « Il sera impossible d’identifier toutes les victimes. Certaines ont été entièrement incinérées. » Il ne restera alors d’elles qu’un simple nom gravé dans le marbre du mémorial. 

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