Variants brésiliens: la suspension des vols entre la France et le Brésil arrive-t-elle trop tard? – BFMTV

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L’exécutif a annoncé mardi la suspension des vols avec le Brésil, en raison de la crainte représentée par l’un des variants brésiliens du Covid-19, baptisé P.1, particulièrement virulent. Parmi les professionnels de santé, plusieurs voix regrettent que la mesure ait été prise avec du retard et appellent à durcir les restrictions.

Plusieurs jours après les alertes répétées des professionnels de santé, Jean Castex a annoncé mardi, à l’Assemblée nationale, la suspension “jusqu’à nouvel ordre” de tous les vols avec le Brésil. Une décision motivée par la crainte que représente l’un des variants brésiliens du Covid-19, baptisé P.1, à l’origine d’une accélération dramatique de l’épidémie dans ce pays d’Amérique du Sud. Mais cette mesure n’arrive-t-elle pas trop tard pour empêcher la propagation de ce variant en France?

Au Brésil, depuis la fin du mois de mars, entre 3000 et 4000 personnes meurent chaque jour du Covid-19. Ces chiffres, inquiétants, dénotent un emballement du virus depuis quelques semaines. Mais la situation était déjà alarmante dès le mois de janvier, avec entre 1000 et 1500 décès quotidiens, selon les chiffres compilés par l’agence de presse Reuters.

Si depuis la mi-janvier l’exécutif a mis en place des restrictions pour limiter les déplacements vers la France, il était toujours possible de se rendre dans l’Hexagone depuis le Brésil pour motif impérieux, et ces restrictions ne s’appliquaient pas aux ressortissants français, ainsi qu’à leurs conjoints et enfants, selon le site de France Diplomatie.

“Trop tard pour endiguer la venue” du variant P.1

L’interdiction des déplacements des personnes en provenance du Brésil vers la France a été publiée mardi, par décret, au Journal officiel. Dans ce texte, il est précisé qu’elle s’applique, pour l’instant, jusqu’au 19 avril. Avant même que cette décision ne soit prise, certains professionnels de santé affirmaient qu’il était déjà trop tard pour agir.

“Ces mesures sont déjà inutiles. On est environ à 1% de contaminations du variant brésilien en France. Avec le variant anglais on avait tout bloqué très rapidement et il n’a pas fallu beaucoup de temps pour qu’il devienne majoritaire sur le territoire. Je pense que c’est trop tard pour endiguer sa venue”, a estimé Jean-Michel Claverie, virologue et professeur émérite à la faculté d’Aix-Marseille, mardi sur BFMTV.

Un avis partagé par Christine Rouzioux, professeure émérite de virologie à la faculté de médecine de Necker, invitée de l’émission C dans l’air mardi après-midi. Selon elle, la fermeture des frontières avec le Brésil n’est pas “suffisante” car “les virus passent les frontières”. Et le variant P.1 du Covid-19 est présent dans plusieurs pays européens.

“Des Brésiliens vont arriver par l’Italie, l’Espagne, le Portugal ou par l’Allemagne. Est-ce qu’on va contrôler les frontières avec le Portugal? Il y a déjà plus de 20% de variant brésilien dans ce pays”, a-t-elle souligné, avant de rappeler que de nombreux cas ont été recensés en Guyane. “Ce n’est pas anodin. Il va falloir que l’on réfléchisse avec ce que l’on va faire avec la Guyane, comment on va protéger sur place et empêcher sa circulation”, a-t-elle expliqué. Car les vols entre la Guyane et la France sont toujours maintenus.

En Guyane, selon le dernier point épidémiologique régional de l’ARS, diffusé le 8 avril, le variant brésilien P.1 “est majoritaire parmi les souches circulant” dans la région. Depuis le début de la surveillance, 200 cas de cette mutation ont été recensés, dont 182 sur l’Ile de Cayenne. La semaine du 29 mars au 4 avril, le variant brésilien “représentait 76% des prélèvements criblés et/ou séquencés”.

Une mesure “qui en annonce d’autres”

Les contrôles sanitaires aux frontières sont, pour l’épidémiologiste Antoine Flahault, un “talon d’Achille” dans la stratégie française mais également européenne. “Le problème est moins de bloquer les avions que de véritablement contrôler les ressortissants qui viennent de tous les pays”, a-t-il assuré, mardi, également dans C dans l’air. Comme en Australie et au Brésil, il faut, selon lui, mettre en place “des quarantaines efficaces, surveillées et maintenues pour tous les ressortissants de tous les pays étrangers de l’espace Schengen”.

“Aujourd’hui c’est le Brésil, demain ce sera l’Inde. On doit être très prudents vis-à-vis des émergences de variants qui peuvent venir de tous les coins de la planète. Je pense que la fermeture des frontières est une mesure qui en annonce d’autres”, a estimé le professeur Antoine Flahault.

Au-delà de la suspension des vols avec le Brésil, Christine Rouzioux a également plaidé pour “réduire complètement la circulation du virus en France, car plus il circule, plus l’émergence de variants a des risques de se produire”. Les variants peuvent également émerger sur le territoire “indépendamment de l’introduction d’un voyageur positif”, a-t-elle rappelé.

“Les variants n’émergent pas uniquement par introduction sur le pays. Par exemple, le variant sud-africain est présent sur l’ensemble du territoire, or il n’y a pas eu un seul soldat de Mayotte qui s’est baladé partout, y compris en Vendée. Les phénomènes d’émergences sont liés non seulement au virus mais également à la prévalence de l’immunité locale, à la prévalence de la circulation virale… C’est un ensemble de facteurs”, a expliqué la professeure émérite de virologie.

Un contrôle du variant encore possible

Parmi toutes ces voix qui jugent la fermeture des frontières insuffisante et tardive, Vincent Maréchal, professeur de virologie à l’université Sorbonne Nouvelle, a tenu à nuancer les critiques auprès du Journal du dimanche, mardi.

“J’ai entendu dire récemment: ‘C’est pas grave si on ne contrôle pas l’entrée du variant brésilien sur le territoire, il est déjà là. Ce n’est plus la peine de contrôler des frontières.’ Ce n’est pas un bon raisonnement. Plus vous favorisez les réintroductions, plus vous allez relancer la mécanique. Il n’est jamais trop tard pour mettre en place des mesures de contrôle. Quand vous êtes encore sur des niveaux de circulation faible, cela vaut vraiment la peine d’identifier les clusters où le virus prospère. Il faut réinsister sur les mesures de quarantaine. L’isolement, c’est vraiment ce qu’on a raté depuis le début”, a-t-il expliqué à l’hebdomadaire. 

La professeure Christine Rouzioux a également estimé qu’il est encore temps, vu les niveaux de circulation du variant P.1 en France, “de bien identifier où sont les cas, de les isoler et de courir après les cas contacts”. Sur le site de Santé publique France, les résultats d’une dernière enquête flash, datant du 16 mars dernier, évoquent une prévalence nationale de 0,5% pour ce variant P.1.

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Le scénario des semaines à venir reste, en tout cas, difficile à prévoir. Car le variant brésilien émerge “sur un sol qui n’est pas vierge”, a souligné le virologue Jean-Michel Claverie sur BFMTV. “Il va avoir à se bagarrer contre la mutation anglaise, la sud-africaine et le virus standard, qui sont déjà bien installés en France. Est-ce qu’il va réussir à devenir dominant en France également? On ne le sait pas”, a-t-il conclu.

Clément Boutin Journaliste BFMTV

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