Variant Delta : faut-il s’alarmer d’une progression massive en France comme au Royaume-Uni ? – actu.fr

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Les adolescents vont pouvoir se faire vacciner contre le Covid-19.
Le variant indien représente entre « 2 et 4% des cas positifs » selon Olivier Véran (©AdobeStock)

Identifié le 5 octobre 2020, près de la ville de Nagpur dans le centre de l’Inde, le variant Delta, nouvelle mutation du virus SARS-CoV 2 à l’origine du Covid-19, représente aujourd’hui plus de 90% des contaminations au Royaume-Uni, qui repartent à la hausse depuis quelques jours.

En France, où il a été détecté officiellement pour la première fois dans la région des Hauts-de-France le 11 mai dernier, celui qu’on dénomme aussi « variant indien » représente aujourd’hui entre « 2 et 4% des cas positifs » sur le territoire selon le ministre de la Santé Olivier Véran. Une incidence pouvant représenter de « 50 à 150 nouveaux diagnostics » par jour. « C’est peut-être encore peu, mais c’était la situation anglaise il y a quelques semaines », a ajouté le ministre.

La propagation du variant indien se poursuit dans toute l’Europe. Les pays limitrophes de la France sont également concernés. En Allemagne, le variant Delta représentait 6% des nouvelles contaminations sur la semaine du 31 mai au 6 juin. Une progression rapide, puisque cette souche ne représentait que 1% des contaminations entre le 26 avril et le 2 mai, d’après les informations publiées par l’Institut Robert-Koch, établissement allemand responsable du contrôle et de la lutte contre les maladies.

Des clusters localisés dans plusieurs départements français

Identifié par un laboratoire lillois en mai dernier, de nombreux clusters ont depuis fait leur apparition sur le territoire.

Le dernier cas a été confirmé ce vendredi 18 juin par l’ARS Bretagne. Il s’agit du premier cas de variant dans cette région.

Dans les Hauts-de-Seine, à Bourg-la-Reine, cinq personnes ont été testées positives au variant Delta. Une information confirmée le mercredi 16 juin.

En Essonne, un cluster a été localisé dans un collège à Evry-Couronnes , mardi 15 juin 2021. L’Agence régionale de santé d’Île-de-France a comptabilisé à cette date six contaminations en lien avec l’établissement ainsi que cinq autres cas dans un quartier de la même ville.

Le 7 juin dernier, l’ARS de Nouvelle-Aquitaine faisait état de 29 cas dans les Landes. Près de 250 cas avérés et probables sont aujourd’hui identifiés dans le département. Une situation « qui s’améliore » à la mi-juin selon Cécile Bigot-Dekeyser, préfète du département.

D’autres clusters ont été identifiés en région PACA, ainsi qu’à Strasbourg dans le Bas-Rhin.

Et alors que le Premier ministre a annoncé la fin du port du masque à l’extérieur et la levée anticipée du couvre-feu, Jean Castex a aussi indiqué qu’une surveillance renforcée face à la propagation de ce virus avait été mise en place à la demande du président de la République, ce qui passe par des contrôles amplifiés dans les ports et aéroports.

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Un variant plus contagieux

Les symptômes spécifiques à ce variant du Covid-19 sont plutôt ordinaires : maux de tête, mal de gorge, écoulement nasal et fièvre. Des signes pouvant passer inaperçus et s’apparenter à « un gros rhume », selon Tim Spector, professeur d’épidémiologie génétique au King’s College de Londres.

Cette forme du virus est également plus contagieuse. Une personne atteinte du variant Delta en infecte en moyenne six autres. Pour comparatif, le taux de reproduction du variant britannique (Alpha) se situe entre trois et quatre.

Pour le président du conseil scientifique Jean-François Delfraissy, il ne fait nul doute que le variant indien va s’imposer en France : il « va, probablement au cours de l’été, apparaître de façon plus importante, puis remplacer le variant anglais, dit Alpha, comme ce qu’il s’est passé en Angleterre », avait-il déclaré sur le plateau du 20 Heures de France 2 le 8 juin dernier.

La progression rapide du variant au Royaume-Uni ne s’est pourtant « pas accompagnée d’une explosion des hospitalisations » confirme le professeur. Les premières populations concernées par le variant sont les 0-19 ans ainsi que les 20-29 ans, qui ne sont à ce jour pas ou peu vaccinées. Depuis la reprise de l’épidémie, le pays a choisi d’avancer les dates de vaccination pour les plus jeunes.

Pourtant, de nombreux médecins britanniques s’inquiètent après la publication de nouveaux résultats sur les hospitalisations de Public Health Scotland sur la période du 1er au 6 juin. Le variant indien doublerait le risque d’hospitalisation par rapport au variant britannique.

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Protection vaccinale

Au Royaume-Uni, la campagne vaccinale a privilégié « une vaccination massive des plus de 40 ans » rappelle à actu.fr Philippe Froguel, généticien et professeur au CHU de Lille et à l’Imperial College of London. Le pays a aussi privilégié le vaccin AstraZeneca, qui pourrait être moins efficace contre le variant.

L’efficacité vaccinale d’AstraZeneca « après la première dose est de 30% lorsque les vaccins ARN ont une efficacité entre 30% et 70% après la première injection », précise le généticien. Une étude de Public Health England menée auprès de 14 000 personnes entre le 12 avril et le 4 juin montre qu’après deux doses administrées, 96% des hospitalisations peuvent être évitées avec le vaccin Pfizer contre 92% pour AstraZeneca.

La dernière étude publiée par The Lancet fait état d’une protection du vaccin Pfizer de 92% contre le variant britannique (Alpha) mais seulement de 79% pour le variant Delta. Même constat du côté d’AstraZeneca où la protection vaccinale après deux doses passe de 73% à 60% selon le variant.

L’organisme Public Health England souligne l’efficacité d’injecter deux doses de vaccin face à la circulation du variant Delta.

Dans le cas d’une personne ayant déjà été infectée par le virus, le généticien Philippe Froguel « recommande deux doses du vaccin », notamment dans un contexte où le variant Delta progresse en Europe.

Le séquençage du virus

La problématique en France est « que l’on ne connait pas la dissémination du virus », déploire le généticien. L’enquête Flash de Santé Publique France du 25 mai confirme elle une proportion de 0,5% sur l’analyse de 800 séquences. Aucune donnée n’a été publiée depuis cette date, mais les connaissances sur la progression du variant Delta en France seront bientôt publiées de façon hebdomadaire.

Pour rappel, le séquençage du coronavirus permet de lire les informations génétiques du virus et d’analyser d’éventuelles différences afin de repérer l’apparition d’un variant.

« Environ 3 000 séquençages sont effectués chaque semaine en France », indique Philippe Froguel. Bien insuffisant pour le généticien, « le Royaume-Uni en effectue deux à trois fois plus que nous ». 

De nouvelles mesures

Cette reprise de l’épidémie Outre-Manche a amené la France à prendre de nouvelles mesures concernant les voyageurs britanniques et notamment la mise en place d’un « isolement obligatoire », à la suite des annonces du porte-parole du gouvernement français le 26 mai 2021. Une décision également prise par l’Allemagne.

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