Vaccination : « Le consentement des adolescents doit être véritablement éclairé » – Le Monde

Alexandra Benachi, chef du service de gynécologie obstétrique à l’hôpital Antoine-Béclère de Clamart (Hauts-de-Seine).

Le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) a rendu, mercredi 9 juin, un avis favorable à la vaccination des adolescents de plus de 12 ans contre le Covid-19, assorti toutefois de précautions et de réserves. Sa conclusion indique que, pour le CCNE, « il semble souhaitable (…) d’accepter de vacciner contre la Covid-19 les adolescents qui le demandent, mais après avoir reçu une information claire et adaptée à cette tranche d’âge sur les incertitudes liées à la maladie, au vaccin lui-même et à son efficacité à moyen et long terme, ainsi que sur les alternatives ouvrant sur la prévention de la maladie ». Rapporteuse de l’avis, la professeure Alexandra Benachi, chef du service de gynécologie obstétrique à l’hôpital Antoine-Béclère de Clamart, en détaille les motivations.

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Les mineurs sont déjà soumis à onze vaccinations obligatoires, auxquelles s’ajoutent certaines, facultatives. En quoi celle-ci imposait-elle un avis du CCNE ?

Le contexte est très différent. Les onze pathologies contre lesquelles on vaccine sont parfaitement connues, leurs effets, leurs risques, y compris leur morbidité à long terme, les risques de séquelles ; ce n’est pas le cas du Covid, on manque de recul. Pour la quasi-totalité des vaccins, il y a un bénéfice direct important pour les enfants en matière de santé, de mortalité ou de morbidité. Ici, les enfants ne développent que très peu de formes graves, et le nombre de décès est très faible. Enfin, on dispose de peu d’études sur les adolescents – une seule –, alors même que c’est la première fois que l’on produit un vaccin à ARN. Même si toutes les études sur les adultes et les dizaines de millions de vaccinations effectuées sont très rassurantes, cela pose quand même quelques questions. En tout cas, ça nous impose d’être certain que, avant de leur injecter un vaccin contre une maladie qui ne les touche que très peu, ils aient bien compris ce que l’on fait.

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Dans cet avis, vous donnez votre accord du bout de la plume. Pourquoi tant de réserves ?

On ne peut pas vacciner sans réfléchir des enfants qui n’ont que peu de bénéfices directs et qui risquent de nous le reprocher dans le futur. Une des raisons pour lesquelles ils vont se faire vacciner, c’est pour enlever le masque, continuer à jouer avec leurs amis, aller dans des concerts et se retrouver librement. Cette génération a déjà énormément souffert de cette maladie et des mesures qui l’ont accompagnée, notamment en termes de santé mentale. Si un nouveau variant plus sévère arrive et qu’on doit les reconfiner ou si l’on découvre des effets secondaires imprévus, ils diront qu’on leur a menti. On aura alors une perte de confiance totale envers les institutions. Les Etats-Unis, le Canada, l’Italie vaccinent leurs ados en masse. Nous pensons qu’il ne faut pas se précipiter parce que ce n’est pas l’urgence du moment. Il reste plus de 20 % des Français adultes qui ne veulent pas se faire vacciner. Si tous les adultes étaient vaccinés, nous n’aurions pas besoin de vacciner nos jeunes. Donc commençons par ça.

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