Vaccin AstraZeneca : les pistes pour rétablir la confiance – Le Parisien

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Certes, il y a un faisceau d’éléments à prendre en compte : nous étions en pleines vacances scolaires, beaucoup de personnes âgées sont déjà vaccinées dans le département. Il n’empêche, le chiffre crée un malaise : 58 professionnels exposés (enseignants, forces de l’ordre) de plus de 55 ans se sont rendus samedi 17 avril dans un centre de vaccination à Nice (Alpes-Maritimes) alors que 4 000 injections d’AstraZeneca étaient possibles !

Même disproportionné, cet exemple met la loupe sur une réalité, la confiance envers le vaccin britannique contre le Covid-19 est ébranlée dans la population. Lui, plus que les autres. Selon un sondage Odoxa du 8 avril, il suscite la défiance de 71 % des Français, quand Pfizer est plébiscité à 70 % et Moderna à 65 %… Boudées, seules 70 % des doses livrées ont trouvé un bras d’accueil, pendant que le virus continue sa course sur le territoire.

Vaccin AstraZeneca : les pistes pour rétablir la confiance

Soupçonné d’avoir provoqué 23 cas de thromboses en France, mais toujours sûr selon les scientifiques, le soldat AstraZeneca peut-il encore être sauvé ? « La confiance doit être reconstruite, c’est certain […] Il y a un gros travail à faire », a concédé Gabriel Attal, porte-parole du gouvernement, ce lundi sur Europe 1. « Aujourd’hui, il n’y a aucune raison objective de retirer Astra, nous confirme le ministère de la Santé. Les doutes, on les comprend, maintenant, il faut les lever. »

Miser sur la vaccination de proximité. Il craignait d’emblée que la lune de miel tout vaccin ne (re)fasse place à la routine française de la méfiance. Pour la casser, il faut « ancrer la vaccination dans le quotidien », assure Jeremy Ward, chercheur au CNRS. Et ne pas trop déshabiller les centres de proximité pour habiller les vaccinodromes. « Ils sont utiles pour les gens qui n’ont aucun doute, mais ceux qui en ont ne s’y déplaceront pas. Ce sont vraiment les médecins ou professionnels de santé de leur entourage qui pourront les convaincre. Il faut renforcer ces circuits classiques de circulation. »

La preuve par l’exemple, étranger. Critique sur le « manque de préparation de l’opinion à la vaccination par le gouvernement », Antoine Bristielle, professeur en sciences sociales à Sciences-po Grenoble, appelle à une communication plus positive. « Bientôt, il faudra convaincre les jeunes. Leur dire, allez-y pour protéger les plus vieux, ça ne passera pas. Il faut leur démontrer l’impact sur leur vie. Comment ? En montrant des images de boîtes de nuit en Israël, de pubs en Angleterre… » En clair, les jours heureux plutôt que la peur.

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Luxe vs low-cost. Paradoxalement, Henri Bergeron n’a pas beaucoup entendu l’argument « thromboses » pour les refus d’AstraZeneca, mais plutôt « on nous refile le truc dont personne ne veut ». Entendre, on ne nous considère pas. « Les vaccins, comme les médicaments, c’est stratifié socialement, pointe le sociologue de la santé. Certains ont l’impression que Pfizer est réservé à un statut. L’enjeu, démontrer la bioéquivalence parfaite entre les deux produits, pour taire l’idée que Pfizer serait le luxe et Astra le low-cost. »

Créer des vaccinés-ambassadeurs. Plutôt que de convaincre les hésitants, focalisons nous d’abord sur ceux qui veulent être vaccinés. Coralie Chevallier, chercheuse en sciences cognitives à l’Inserm, en est sûre, le « gâchis » des doses est un non-sens : « Dans ce cas, il faut aller chercher ceux qui souhaitent l’injection, y compris s’ils ne figurent pas dans les publics prioritaires. Nous sommes une espèce sociale : nos comportements sont influencés par ceux des autres. Quand quelqu’un est vacciné, il devrait prendre le rôle d’ambassadeur, en parler à ses proches. C’est la meilleure façon de rassurer. »

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