Urgence sur la disparition des vertébrés – Le Monde

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Un moineau friquet.

Editorial du « Monde ». Avec la régularité d’un métronome, la destruction des espèces animales se poursuit. Les rapports alarmistes ont beau s’empiler, les scientifiques ont beau alerter sur les effets catastrophiques à long terme, la marche vers une extinction de masse semble inexorable. L’étude biennale du Fonds mondial pour la nature (WWF), publiée jeudi 10 septembre, sonne une nouvelle fois le tocsin à propos du déclin des vertébrés. A l’échelle mondiale, les populations d’oiseaux, de poissons, de mammifères, d’amphibiens et de reptiles ont reculé de 68 % depuis 1970. L’ampleur du phénomène est d’autant plus dramatique que celui-ci s’accélère : en 2016, le WWF recensait déjà une chute de 58 % du nombre de vertébrés.

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La Terre n’en est pas à sa première extinction de masse. La paléontologie en répertorie cinq, dont la plus spectaculaire s’est produite il y a soixante-six millions d’années, avec la disparition des dinosaures et des trois quarts des espèces existantes. La différence avec la période actuelle est que le pire est évitable. On connaît le responsable – l’homme –, et les causes concrètes de la destruction sont bien identifiées.

L’extension des surfaces agricoles ou construites a conduit au recul et à la fragmentation des habitats naturels de quantité d’espèces. La surexploitation des forêts et des océans ont contribué à l’extinction des plus fragiles. A cela s’ajoute la pollution des écosystèmes par les déchets et les pesticides, tandis que l’intensification des échanges a favorisé la prolifération des espèces invasives, sans compter les effets du réchauffement climatique.

Au cours des dernières décennies, les messages destinés à l’opinion publique se sont concentrés sur un bestiaire réduit à une poignée d’espèces en voie de disparition, des rhinocéros aux baleines en passant par les orangs-outans. Mais, aujourd’hui, il est nécessaire de faire prendre conscience que l’extinction est généralisée et touche aussi les espèces communes sur tous les continents. Ce constat doit inciter à raisonner sur les écosystèmes dans leur globalité et non plus seulement sur la protection de tel ou tel animal.

Certes, le phénomène frappe davantage certaines régions, comme l’Amérique subtropicale ou l’Afrique, un peu moins l’Europe. Toutefois, cette répartition des dommages est en trompe-l’œil. Les pays développés ont une responsabilité directe dans l’extinction animale à l’autre bout du monde, dans la mesure où ils sont les principaux consommateurs de produits liés à la déforestation, tandis qu’ils expédient une partie de leurs déchets vers les pays les plus pauvres.

La responsabilité de l’homme dans cette destruction de la biodiversité a un avantage : l’humanité dispose du pouvoir de réparer – au moins partiellement – ce qu’elle a abîmé. Les solutions passent par l’extension des zones protégées, la mise en œuvre de politiques d’accompagnement pour compenser les pertes économiques liées à l’abandon de pratiques néfastes pour la biodiversité, ou encore la remise à plat des dispositifs d’aides publiques, en commençant par l’arrêt des subventions aux plus dommageables.

La relative inefficacité des politiques mises en œuvre jusqu’à présent ne doit pas décourager les décideurs, mais au contraire les inciter à accélérer les efforts avant que le point de non-retour, estimé par les scientifiques à deux ou trois décennies, ne soit atteint. Pendant trop longtemps, la nature a été réduite à la notion de ressource matérielle. Il est temps de lui redonner sa dimension patrimoniale. La vie sur Terre est en jeu.

Le Monde

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