Une photo pour l’Histoire : 20 ans après, le dernier soldat américain quitte l’Afghanistan – Le Figaro

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RÉCIT – Quinze jours après la prise de Kaboul par les talibans, vingt ans après leur arrivée, les États-Unis ont définitivement quitté l’Afghanistan. L’image du dernier soldat, seul, embarqué dans l’ultime avion, a déjà fait le tour du monde.

Le 15 août dernier, quelques heures seulement après la prise de Kaboul, l’image de l’intérieur d’un C-17 américain rempli de passagers assis à même le sol avait fait le tour du monde. Symbole de l’évacuation chaotique de la ville, cette photo restera dans les annales comme l’illustration d’une déroute majeure pour les États-Unis. C’est également à bord d’un C-17 que s’est conclu ce chapitre douloureux, parfois surréaliste. Lundi 30 août dans la soirée, le dernier avion américain a quitté le tarmac de l’aéroport de Kaboul, avec quelques heures d’avance sur la date butoir, laissant derrière lui 20 ans de guerre contre les talibans et 2400 soldats morts au combat.

De cet instant, restera une autre image : celle, captée en vision nocturne, de l’ultime soldat américain à fouler le sol afghan, juste avant de monter à bord de l’avion de transport. Casqué, arme à la main, visage fermé et tête basse, laissant derrière lui les hangars mal éclairés de l’aéroport, le major-général Christopher Donahue semble traduire à lui seul la résignation de la puissante armée des États-Unis. Sa solitude aussi. «Le dernier soldat américain à quitter l’Afghanistan : le major-général Chris Donahue, commandant de la 82ème division aéroportée, embarque dans un C-17 de l’US Air Force, le 30 août 2021, mettant fin à la mission des États-Unis à Kaboul», a laconiquement tweeté le Pentagone, en partageant la photo historique.

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Le général Donahue, symbole d’un fiasco

Quelques heures plus tard, le 18ème corps aéroporté américain, auquel il appartient, a salué «le courage, la discipline et l’empathie» de ses troupes, au cours d’une mission «incroyablement compliquée et remplie de difficultés multiples». Christopher Donahue est, lui, le dernier des 775.000 soldats américains engagés en Afghanistan depuis 2001. Âgé de 52 ans, il avait été déployé dans le pays ce mois-ci, pour aider à sécuriser l’aéroport, souligne le média américain USA Today . Ancien conseiller spécial des chefs d’état-major interarmées du Pentagone, ce général deux étoiles a notamment dirigé le Joint Special Operations Command (JSOC), qui coordonne les unités de forces spéciales des différentes branches de l’armée américaine. Au cours de sa longue carrière, débutée en 1992, il a été déployé pas moins de 17 fois en Afghanistan, en Irak, en Syrie, en Afrique du Nord et en Europe de l’Est.

En publiant cette photo de mauvaise qualité, teintée de vert, le Pentagone a sciemment choisi d’en faire un symbole. Le major-général Donahue restera ainsi dans l’Histoire comme la dernière illustration d’un humiliant retrait, statué le 29 février 2020 lors des accords de Doha. À cette occasion, Américains et talibans avaient convenu d’un départ définitif de l’armée des États-Unis du territoire afghan. La date butoir du 31 août avait ensuite été imposée comme un ultimatum par les insurgés. À 23h59, le 30 août, Washington a mis fin au chaos déclenché par la prise de Kaboul, le 15 août dernier. Au total, quelque 123.000 civils ont été évacués depuis par les États-Unis, dans le plus grand désordre.

«Une grande leçon pour d’autres envahisseurs»

À Kaboul, l’ambiance festive de la ville tranchait avec celle de l’aéroport, dans la nuit de lundi à mardi. Quelques minutes après le décollage du dernier C-17, les talibans ont tiré plusieurs feux d’artifice et se sont félicités d’une victoire qui «marque l’Histoire» de leur pays.

Des feux d’artifice ont illuminé Kaboul pour fêter le départ définitif des Américains. AFP

«C’est une grande leçon pour d’autres envahisseurs et pour notre future génération », ainsi que « pour le monde», a lancé le porte-parole des talibans, Zabihullah Mujahid, en guise d’ultime affront. Ce matin, sur la route qui mène à l’aéroport, leurs combattants ne cachaient pas leur joie, souriant et serrant les mains des chauffeurs et passagers, a constaté un journaliste de l’AFP. Les islamistes sont désormais seuls maîtres du pays.

Les talibans ont pris possession de l’aéroport à l’instant où le dernier avion américain a décollé. WAKIL KOHSAR / AFP

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