Une nouvelle flèche pour Notre-Dame ? La fin d’un serpent de mer – Le Monde

Spread the love
Par et

Publié aujourd’hui à 03h58

Finie la polémique sur la flèche de Viollet-le-Duc. L’heure n’est plus au geste architectural, à la reconstruction de Notre-Dame de Paris « plus belle encore », à l’apologie de la jeunesse ou de la réinvention, mots chéris du président Macron. L’heure est au consensus : alors que les architectes chargés du chantier présentaient, jeudi 9 juillet, devant la Commission nationale de l’architecture et du patrimoine, leur rapport de 3 000 pages qui prône une reconstruction à l’identique de la toiture, l’Elysée a orchestré le dénouement d’un feuilleton qui aura mobilisé plumes et esprits pendant quinze mois.

Au nom d’un continuum historique, pour ne pas menacer la structure, mais aussi pour respecter l’objectif fixé d’une reconstruction en cinq ans, le rapport présenté a reçu un avis positif et unanime de la Commission qui, pour n’être que consultatif, est pratiquement toujours suivi par le ministère de la culture. Un consensus notable pour cette assemblée d’architectes, d’élus, et de représentants d’associations de défense du patrimoine, qui ont choisi la solution la moins risquée.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Un an jour pour jour après l’incendie de Notre-Dame, une cathédrale encore fragile et un chantier à l’arrêt

La charpente sera en chêne, au grand dam des lobbies du béton et des amoureux du fer : « On n’a même pas été interrogés », s’insurge Charlotte Florès qui avec l’association ConstruirAcier représente la filière. Et ceux qui attendaient, comme cela avait été annoncé le 17 avril 2019, un concours international d’architecture pour repenser la flèche en seront pour leurs frais.

« Cette affaire est quasiment phallique »

Voilà en réalité des mois que cette question est tranchée. Passé le lyrisme des débuts, censé redonner du souffle à une France stupéfiée par l’incendie (« Notre-Dame de Paris nous avons su l’édifier et, à travers les siècles, la faire grandir et… l’améliorer » : Emmanuel Macron dans le texte), et les divers projets plus surprenants les uns que les autres – une flèche en titane, une toiture végétale, vitrée, couverte d’une piscine ou de panneaux solaires… –, l’enthousiasme s’était rapidement tari. Deux mois après le sinistre, déjà, un conseiller de l’Elysée confiait en souriant : « La flèche est un millième du sujet. Cette affaire est quasiment phallique. Il y a trop d’hommes sur ce dossier. »

Elle aura en tout cas contribué à nourrir la presse, prompte, par exemple en novembre 2019, à monter en épingle une querelle imaginaire entre le général Jean-Louis Georgelin – nommé par le président pour diriger l’établissement public chargé de Notre-Dame –, et Philippe Villeneuve, l’architecte en chef lorsque ce dernier se laissa aller à expliquer que ce serait « à l’identique ou sans lui ». En bon soldat, le général l’avait rappelé à son devoir de réserve, avec une brutalité toute militaire, tout en cherchant en sous-main à convaincre Macron qu’il n’était pas Pharaon.

Il vous reste 65.93% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Leave a Reply