Un rassemblement devant le ministère de la Santé pour dénoncer les suicides de cinq internes en médecine – LCI

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MÉMOIRE – Ce samedi devant le ministère de la Santé, plusieurs dizaines de personnes ont rendu hommage aux cinq internes qui se sont suicidés depuis le début de l’année. L’Intersyndicale nationale des internes (Isni) et plusieurs représentants d’internes réclament un encadrement du temps de travail pour ces étudiants en médecine.

Une quarantaine de personnes a rendu hommage, ce samedi devant le ministère de la Santé, à cinq internes en médecine ayant mis fin à leurs jours depuis le début de l’année. “Cinq internes ont été tués par l’hôpital depuis le début de l’année. Un tous les 18 jours, c’est du jamais vu”, a dénoncé au micro Gaétan Casanova, président de l’Intersyndicale nationale des internes (Isni), qui avait organisé ce rassemblement. Derrière lui, devant une entrée du ministère, avaient été disposées des pancartes noires portant leurs prénoms : Valentin, Tristan, Quentin, des XXX pour deux autres internes restés anonymes, et ceux d’Élise et Florian, décédés respectivement en 2019 et 2020.

L’hôpital et les études en médecine, déclencheur de la souffrance des internes

Pendant de longues minutes, plusieurs dizaines de personnes, dont beaucoup d’étudiants en blouses blanches et des proches des défunts, ont ensuite déposé des fleurs avant qu’une large banderole indiquant “l’hôpital tue ses internes. Aidez-nous à vivre” soit déployée.

“Tous ont des situations différentes, des souffrances différentes, mais à chaque fois il y a quelque chose qui revient, c’est que l’hôpital et les études de médecine sont venus comme un déclencheur de cette souffrance par l’épuisement au travail, le harcèlement, la difficulté et la pression des concours”, a déclaré Gaétan Casanova à l’AFP.

Elle est morte d’épuisement professionnel. Elle travaillait 80 heures par semaine.– Laurence Marbach, mère d’Elise, décédée à 24 ans

Valentin, décédé le 30 mars, “aimait trop la vie”, a précisé son père. “Il avait des angoisses, il était dans un état dépressif sévère et souffrait d’épuisement physique et moral. Il ne s’en est jamais remis”. Tous ces jeunes “n’ont jamais fêté leurs 30 ans. C’est un gâchis immense”, a également témoigné Laurence Marbach, mère d’Elise, décédée à 24 ans. “Elle est morte d’épuisement professionnel. Elle travaillait 80 heures par semaine”, a-t-elle dit à l’AFP. “Après ce drame, nous avons découvert l’horreur de la situation des étudiants en médecine et l’absence totale de dispositifs de prévention”.

58h de travail hebdomadaire en moyenne

“En théorie, le temps de travail d’un interne, c’est 48 heures par semaine avec six gardes maximum par mois … mais tout le monde s’en fiche”, regrette Marie Saleten, interne de réanimation et vice-présidente du syndicat des internes des hôpitaux de Paris. Selon une étude menée entre mai et juillet 2019 par l’Isni), ils effectuent en réalité 58 heures hebdomadaires en moyenne, sans récupération. Et “avec le Covid, on atteint plutôt 80 heures et 8 à 10 gardes par mois”, alerte-t-elle. “Les internes sont invisibles mais sont les soldats du front”, affirme à l’AFP Anne Rocher, psychologue clinicienne à l’hôpital Avicenne à Bobigny, qui rappelle qu’ils n’ont que 25 ans en moyenne.

Près de 24% des internes ont des idées suicidaires

L’Isni ainsi que d’autres représentants d’internes ont été reçus jeudi par le ministre de la Santé Olivier Véran. Ils ont réclamé la mise en place d’“un système d’évaluation objectif du temps de travail”. Mais le syndicat juge les réponses obtenues quelque peu “vaporeuses”. “Le ministre doit comprendre l’urgence de la situation. La première chose à faire, c’est de respecter le droit en matière de temps de travail”, a ajouté Gaétan Casanova, reçu samedi avec des familles par un conseiller d’Olivier Véran. 

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L’internat, 3ème cycle des études de médecine, débute 7 ans après le bac et dure de 3 à 6 ans selon les spécialités. La France compte un peu plus de 30.000 internes travaillant au sein de ses hôpitaux. Selon une enquête réalisée en 2017 à l’initiative de l’Isni, 23,7% des internes avaient eu des idées suicidaires, 28% avaient souffert de troubles dépressifs, 66% de troubles anxieux. 

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