Dans un message diffusé sur Facebook, l’étudiant avait évoqué ses difficultés financières et accusé « Macron, Hollande, Sarkozy et l’UE » de l’avoir « tué ».

Le Monde avec AFP Publié aujourd’hui à 14h52, mis à jour à 16h44

Temps de Lecture 2 min.

Le bâtiment du Crous à Lyon, dans le 7e arrondissement.

Un étudiant de 22 ans originaire de Saint-Etienne s’est immolé par le feu devant le bâtiment du centre régional des œuvres universitaires et scolaires (Crous) à Lyon, vendredi 8 novembre dans l’après-midi. « Brûlé à 90 % », le jeune homme a d’abord été traité sur place avant d’être transporté au centre des brûlés de l’hôpital Edouard-Herriot, ont indiqué les pompiers. Sa vie est en danger, selon le procureur de la République de Lyon, cité par Franceinfo. Une enquête a été ouverte pour déterminer les raisons de son geste.

Le drame est survenu peu avant 15 heures dans le 7e arrondissement de Lyon. Prévenue de son geste par un SMS, la petite amie de la victime a alerté les services de secours qui sont rapidement arrivés sur les lieux. Avant de s’asperger d’essence, l’étudiant de l’université Lumière Lyon-II avait, selon Le Progrès, publié un message sur Facebook dans lequel « il évoque ses difficultés financières et se revendique de la lutte contre le fascisme et le libéralisme ».

Lire le reportage : Dans les arcanes de la précarité étudiante

La ministre de l’enseignement supérieur, Frédérique Vidal, s’est rendue, samedi matin, à Lyon. Elle a échangé avec la présidente de l’université Lumière Lyon-II et ses équipes, ainsi que les équipes du Crous et les services de l’Etat. La ministre leur a fait part de « sa profonde émotion face à l’acte dramatique commis par l’étudiant, auquel elle a adressé ses premières pensées, et a tenu à les assurer du soutien de l’ensemble de la communauté universitaire dans cette épreuve ». L’université Lyon-II a annoncé sur Twitter, samedi, qu’elle mettrait en place une cellule psychologique dès mardi.

« En grande précarité financière, privé de bourse, désespéré »

« Nous n’avons pas suffisamment de mots pour crier notre douleur et notre tristesse », a écrit dans un communiqué le syndicat Solidaires étudiant-e-s. L’étudiant occupe le poste de secrétaire fédéral du syndicat, et est militant Solidaires à Lyon. D’après une source, il était élu dans les conseils centraux de l’université Lyon-II, à la commission de la formation et de la vie universitaire. La fédération étudiante a adressé ses « pensées [aux] camarades, ami-e-s et famille » de la victime, « en grande précarité financière, privé de bourse, désespéré » et aujourd’hui « entre la vie et la mort ».

Le syndicat a également publié une capture d’écran présentée comme étant le message publié par l’étudiant sur Facebook avant qu’il ne s’immole. « Cette année, faisant une troisième L2 [deuxième année de licence], je n’avais pas de bourse, et même quand j’en avais, 450 euros/mois, est-ce suffisant pour vivre ? », peut-on notamment lire. « J’accuse Macron, Hollande, Sarkozy et l’UE de m’avoir tué, en créant des incertitudes sur l’avenir de tous-tes, j’accuse aussi Le Pen et les éditorialistes d’avoir créé des peurs plus que secondaires », continue le message.

« C’est un acte politique »

« On est tous très choqué, réagit Mathias, également membre de Solidaires étudiant-e-s à Lyon. Personne n’imaginait que ça puisse en arriver là, on envoie tout notre soutien à sa famille, ses proches, ses amis. » « Il explique son acte par des raisons éminemment politiques, poursuit-elle. Son désespoir était lié à la question de la précarité, il y a des responsabilités à pointer du doigt. » Le syndicat appelle à un rassemblement devant tous les Crous de France, mardi 12 novembre.

Le syndicat étudiant UNEF a également réagi, apportant son soutien à ses camarades de Solidaires. « C’est un acte politique qui met en avant une problématique vécue par de nombreux étudiants, souligne la présidente, Mélanie Luce. Cela fait des mois qu’on dénonce la précarité étudiante et qu’on dit qu’il y a urgence. »

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