Trump devrait «se souvenir du nombre 290» : à quoi le président iranien Rohani fait-il référence ? – Le Figaro

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«Ne menacez jamais la nation iranienne», a lancé lundi 6 janvier sur Twitter le président iranien Hassan Rohani en réponse aux déclarations martiales du président américain Donald Trump, qui a menacé samedi de viser 52 cibles iraniennes. «Ceux qui font référence au nombre 52 devraient également se souvenir du nombre 290. #IR655», a alors écrit Hassan Rohani. En évoquant le «nombre 290» et le mot-clé «IR655», le président iralien fait référence à la tragédie de l’Airbus du vol Iran Air 655, abattu en juillet 1988 par un missile tiré par un navire de guerre américain au-dessus du Golfe et ayant coûté la vie à 290 personnes.

Ce 3 juillet 1988, dans le cadre de la guerre Iran-Irak, le croiseur lance-missiles des forces américaines «Vincennes», opérant dans le golfe Persique, échange des tirs avec de plus petits navires iraniens. Alors que les navires commencent à s’accrocher, le vol Iran Air 655 vient de décoller de l’aéroport Bandar Abbas International tout proche, à destination de Dubaï. L’aéroport est alors aussi bien utilisé par des avions militaires que civil.

Alors que l’avion survole la zone et paraît s’approcher, le Vincennes tire deux missiles, abattant l’appareil et ses 290 passagers et membres de l’équipage à bord. Parmi eux, 66 enfants. Selon la version officielle américaine, le Vincennes a confondu l’Airbus A300, un lourd avion de ligne, avec le F-14 fighter jet, un avion à réaction bien plus petit et plus rapide. Comment expliquer une telle confusion ? Peut-être parce que l’avion est passé au cœur de la bataille… ou peut être parce que le vol ne s’est pas identifié.

Les États-Unis mettront plusieurs jours à reconnaître la bavure. Le président Ronald Reagan et le vice-président, George H. W. Bush, soutiennent d’abord la version du commandant du croiseur américain, qui affirme que le vol est sorti de son couloir aérien, puis finissent par admettre que l’équipage a été trompé par la basse altitude de l’avion.

Mais Téhéran est surtout convaincu qu’avec ces tirs de missile, Washington entendait signaler l’entrée en guerre ouverte des États-Unis contre l’Iran, aux côtés de l’Irak. C’est ce qui précipite, entre autres, la signature d’un cessez-le-feu deux mois plus tard.

Pas d’excuses américaines

L’Iran, toutefois, n’a jamais cru à la version d’un avion abattu par erreur. «Qui peut accepter que vous ayez confondu un avion de ligne Airbus en phase d’ascension avec la trajectoire d’un F-14», avait déjà déclaré Hassan Rohani en avril 2019. «Vous vouliez dire à la nation iranienne: nous n’avons aucune ligne rouge […] nous tuons aussi des enfants […] nous tuons aussi des femmes […] nous réduisons aussi en miettes des passagers innocents. Votre message est un message terroriste adressé au monde entier», avait alors martelé le président iranien, au lendemain de la décision prise par Washington de classer les Gardiens de la Révolution iraniens comme une «organisation terroriste».

En 1996, Téhéran obtiendra plus de 100 millions de dollars de dédommagement de Washington. Mais plus de trente ans après les faits, l’Iran attend toujours des excuses officielles des États-Unis – Georges H. W Bush avait déclaré qu’il ne s’excuserait «jamais». Aujourd’hui, la tragédie hante encore la mémoire collective iranienne, tout comme aux États-Unis la prise d’otages de 1979 à l’ambassade de Téhéran, pendant laquelle 52 diplomates ont été retenus captifs pendant 444 jours.

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