Trois questions sur la passe d’armes entre Gérald Darmanin et Audrey Pulvar, qui ont porté plainte l’un contre – franceinfo

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Une passe d’armes par voie juridique, en pleine campagne pour les élections régionalesGérald Darmanin a annoncé, dimanche 23 mai dans la soirée, qu’il allait porter plainte contre Audrey Pulvar. Le ministre de l’Intérieur accuse la tête de liste des socialistes en Ile-de-France de “diffamer la police”, notamment après qu’elle a jugé “glaçante” une manifestation des forces de l’ordre devant l’Assemblée nationale. Alors que l’ancienne journaliste a riposté en annonçant qu’elle allait déposer plainte contre Gérald Darmanin, franceinfo fait le point sur cet imbroglio.

Quels sont les propos visés par la plainte de Gérald Darmanin ?

La plainte que le ministre déposera s’inscrit dans une succession de propos [d’Audrey Pulvar], notamment ce week-end lors d’une interview sur franceinfo, ou encore des propos tenus en juin 2020 et exhumés ce week-end, a affirmé l’entourage de Gérald Darmanin à franceinfo, lundi. C’est un tout.” Le ministre de l’Intérieur avait pris part mercredi à une manifestation organisée par les syndicats de police devant l’Assemblée nationale. Plusieurs responsables politiques de gauche, dont Anne Hidalgo, Olivier Faure et l’écologiste Yannick Jadot, s’étaient joints à ce rassemblement, ainsi que des élus de tous bords politiques (sauf La France insoumise).

Cette manifestation “soutenue par l’extrême droite, à laquelle participe un ministre de l’Intérieur, qui marche sur l’Assemblée nationale pour faire pression sur les députés en train d’examiner un texte de loi concernant la justice, c’est une image qui pour moi était assez glaçante”, avait commenté Audrey Pulvar sur franceinfo, samedi.

Le ministre de l’Intérieur s’est fendu d’un tweet dimanche dans lequel il a estimé que “les propos de madame Pulvar dépassent le simple cadre d’une campagne électorale et viennent profondément diffamer la police de la République”. “Je porte plainte au nom du ministère de l’Intérieur”, a ajouté Gérald Darmanin, critiqué par l’opposition pour avoir salué les policiers au début du rassemblement.

“Il y a eu une augmentation grosso modo de 80% en quinze ans des attaques contre les policiers, 40% contre les gendarmes, a insisté le ministre sur France Bleu Provence, lundi matin. C’est pour ça que tous les propos qui légitiment ces attaques, qui viennent toucher notre police, lui retirer son honneur, comme ceux de madame Pulvar qui sont totalement scandaleux, ce week-end, doivent être poursuivis et condamnés. C’est ce que j’ai voulu faire.” “Je ne peux pas laisser, même en campagne électorale, des gens tenir de tels propos diffamants. Mon travail de ministre de l’Intérieur, c’est de protéger ceux qui nous protègent, a-t-il ajouté lundi midi, lors d’un déplacement à Marseille. Le débat politique, électoral, ne peut pas se faire en crachant à la figure des policiers.”

Selon l’entourage du ministre, lui-même candidat aux régionales dans les Hauts-de-France et aux départementales dans le Nord, la plainte vise également une vidéo de juin 2020. Elle a été exhumée samedi sur Twitter par Pierre Liscia, porte-parole du mouvement de Valérie Pécresse, candidate (Les Républicains) à sa réélection en Île-de-France. Audrey Pulvar y dénonce “le racisme dans la police” en France, lors d’une manifestation à Paris en hommage à George Floyd, Afro-Américain tué par un policier blanc à Minneapolis.

Interrogé par l’AFP sur le risque de prescription de ces propos, dont le délai est de trois mois en matière de diffamation, l’entourage de Gérald Darmanin a répondu qu’ils pouvaient “être versés en accompagnement de la plainte pour l’étayer”. La plainte sera “préparée et signée par le ministre au plus vite”, a ajouté l’entourage du ministre auprès de franceinfo.

Que répond Audrey Pulvar ?

L’équipe de la liste d’Audrey Pulvar, Ile-de-France en commun, a réagi à la plainte en fustigeant “une atteinte à la liberté d’expression d’une extrême gravité”. “Cette tentative d’intimidation d’une candidate d’opposition, par un ministre de l’Intérieur, par ailleurs en charge de l’organisation des élections (…) est sans précédent sous la Ve République”, écrit, dans un communiqué publié dimanche, le collectif auquel adhèrent le Parti socialiste, le Parti radical de gauche et Place publique.

La candidate socialiste a riposté en annonçant qu’elle allait porter plainte contre Gérald Darmanin pour “dénonciation calomnieuse”. “Et nous agirons par la voie civile sur le fondement de la diffamation”, a précisé l’un de ses avocats, Patrick Klugman, lors d’une conférence de presse lundi. “Nous ignorons les propos visés par cette plainte (…) et le ministre de l’Intérieur est incapable de le dire, a-t-il ajouté, précisant qu’Audrey Pulvar n’avait “aucune raison de se laisser accuser d’avoir diffamé qui que ce soit.”

Evoquant une “situation inédite autant qu’elle est choquante”, Patrick Klugman a, lui aussi, dénoncé une “grossière manœuvre d’intimidation”. “On ne doit jamais réduire un candidat à une élection au silence”, a-t-il martelé. Il va également “examiner les recours administratifs” contre le ministère de l’Intérieur.

Quelles sont les réactions des responsables politiques?

Des responsables politiques de tous bords ont réagi, dimanche et lundi, à l’annonce du dépôt de plainte de Gérald Darmanin. “Du jamais-vu ! À quelques semaines de l’élection régionale, le ministre de l’Intérieur porte plainte pour diffamation contre une candidate tête de liste en Île-de-France, s’est offusquée la maire socialiste de Paris, Anne Hidalgo, lundi sur Twitter. Heureusement, nous sommes dans un Etat de droit. J’ai toute confiance dans la justice de mon pays.”

“Jusqu’ici dans une démocratie, on pouvait encore exprimer une opinion sans que le ministre chargé des élections ne se sente autorisé à intimider une adversaire politique. Total soutien à Audrey Pulvar”, a twitté le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, dans la nuit de dimanche à lundi. Julien Bayou, secrétaire national d’Europe Ecologie-Les Verts et tête de liste écologiste aux régionales en Ile-de-France, a pour sa part dénoncé la “conception toute particulière de la démocratie” de Gérald Darmanin.

Plusieurs responsables de La France insoumise, qui s’étaient abstenus de participer au rassemblement organisé par les syndicats de policiers, ont exprimé leur “solidarité avec Audrey Pulvar”. “Darmanin joue les gros bras. Il veut intimider. Sa plainte montre sa faiblesse et sa peur des organisations policières qui font la loi dans son ministère”, a twitté le dirigeant du parti, Jean-Luc Mélenchon, dimanche soir“Après les manifestations interdites ou réprimées, voici les manifestations avec lesquelles nous n’aurions pas le droit d’être en désaccord ! Une plainte d’un ministre contre une opinion politique (…) les juges apprécieront…”, a abondé Clémentine Autain, tête de liste de la France insoumise en Ile-de-France.

De son côté, Valérie Pécresse a apporté une nouvelle fois son soutien indéfectible aux forces de l’ordre” qui “méritent notre soutien unanime, par-delà tous les clivages politiques”. “Les paroles odieuses d’Audrey Pulvar datent d’un an et le gouvernement ne réagit que maintenant ?”, s’est également étonnée la présidente de la région Ile-de-France.

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