TOUT COMPRENDRE – Pourquoi la Guyane connaît une brusque propagation du coronavirus – BFMTV

Spread the love

La brusque propagation du coronavirus en Guyane engendre l’arrivée de moyens supplémentaires. Depuis le 4 mars, 2441 cas positifs ont été recensés dans ce département d’outre-mer.

L’hypothèse est déjà sur la table. Si la diffusion du coronavirus se maintient à ce rythme en Guyane, Matignon envisagera un reconfinement du département. Alors que la ministre des Outre-Mer doit se rendre en Guyane mardi, la situation est prise au sérieux avec des mesures de confinement localisé, de couvre-feux ainsi que l’arrivée et le déploiement de renforts. 

Comment expliquer cette brusque accélération de la propagation du virus, qui n’est pas contrôlée, dans une zone où la densité de population est très faible? BFMTV.com fait le point.

> De quels chiffres parle-t-on?

Depuis le 4 mars, date officielle du début de l’épidémie en France, 2441 cas positifs ont été enregistrés en Guyane. Mais depuis une dizaine de jours, le territoire connaît une brusque accélération de la propagation du virus. Le nombre de cas a quadruplé en deux semaines et doublé sur les 7 derniers jours. Le 18 juin, 1758 cas étaient enregistrés, soit 204 de plus que la veille. Au 21 juin, il y en avait donc 2.441 soit 683 cas supplémentaires en 72 heures. 

Dimanche, 97 patients étaient hospitalisés, 14 l’étaient en service de réanimation. Depuis le début de la crise sanitaire, 7 décès ont été enregistrés. Trois clusters étaient identifiés en fin de semaine, avec une transmission communautaire. Le taux de reproduction du virus, le taux R0, est de 2,59 en Guyane, alors qu’il est inférieur à 1 dans la majorité des régions françaises, selon le dernier bilan publié par Santé Publique France

“Si le taux de reproduction demeure dans les jours à venir à un niveau élevé et que les signes d’une accélération de la circulation du virus se maintiennent, l’hypothèse d’un reconfinement de la Guyane devra être réexaminée”, a indiqué ce week-end Matignon.

> Comment expliquer une accélération de la transmission du coronavirus?

Un examen approfondi de la crise sanitaire actuelle va être mené en Guyane pour comprendre cette situation. La première explication donnée à cette recrudescence du nombre de cas en Guyane est la situation dans toute cette zone du monde, désormais épicentre de l’épidémie. Les malades ont été recensés dans les zones frontalières avec le Brésil, où l’épidémie est particulièrement meurtrière avec plus de 50.000 morts et plus d’un million de personnes contaminées.

Si l’on excepte le cas très particulier de Saint-Georges de l’Oyapock, commune de 4220 âmes à la frontière du Brésil toujours confinée, et qui déplorait 314 cas cumulés samedi soir, soit près de 7,5% de sa population, Kourou est la ville de Guyane la plus touchée en nombre de cas par habitant. 353 cas cumulés étaient confirmés samedi soir à Kourou pour 25.913 habitants au dernier recensement Insee, soit 1,4% de la population. Le 4 juin dernier, il y avait pourtant 69 cas. 

“On a stigmatisé la population brésilienne mais tout le monde est touché par l’épidémie à Kourou: créoles, métropolitains, Haïtiens, Brésiliens…” a déclaré François Ringuet, maire de Kourou, réélu au 1er tour en mars et soutenu par LaREM.

Cette situation pourrait s’expliquer, selon Guyane 1ère, par un non-respect des gestes barrières. Le président de la collectivité territoriale de Guyane, Rodolphe Alexandre, a d’ailleurs lancé “un appel au peuple” pour lutter contre cette épidémie.

> Quelles sont les capacités hospitalières?

C’est la préoccupation des autorités locales. Alors que 14 personnes sont hospitalisées en service de réanimation au centre hospitalier de Cayenne, l’établissement, qui est composé de 15 lits, est désormais sous tension. “Le service a une capacité de 15 patients mais depuis la crise, nous avons travaillé pour armer 15 lits supplémentaires, ce qui amène notre capacité à 30 lits pour les patients Covid, a détaillé à Guyane 1ère Hatem Kallel, le chef du service de réanimation. Nous avons reçu les respirateurs et les moniteurs nécessaires pour prendre en charge les patients.”

L’Etat a annoncé des renforts. 17 soignants de la réserve sanitaire nationale supplémentaires sont arrivés ce lundi en Guyane pour renforcer le service de réanimation, et d’autres équipes soignantes, appartenant à l’AP-HP, devront également être mobilisées dans la semaine. Une unité de l’hôpital de campagne de la sécurité civile de 20 lits de médecine générale sera également déployée dans les prochains jours pour accueillir des patients non-Covid et permettre ainsi de dégager des capacités hospitalières supplémentaires.

Jeudi dernier, deux patients ont été transférés vers la Martinique et d’autres évacuations sanitaires vont être organisées vers les Antilles. 

> Quelles sont les mesures prises par les autorités?

La Guyane est repassée au stade 3 la semaine dernière. Alors que la menace d’un reconfinement pèse, plusieurs quartiers sont déjà concernés par cette mesure. Le couvre-feu a également été renforcé dimanche par le préfet de Guyane. En semaine, il est étendu de 19 heures (contre 21 heures auparavant) à 5 heures. Le week-end, du samedi 15 heures (contre 19 heures) à lundi 5 heures. Cayenne, Rémire et Matoury formant “l’île de Cayenne” sont soumis à ce régime depuis vendredi. Macouria – entre Cayenne et Kourou – est concernée par ces dispositions depuis dimanche soir. Matignon assure que 800.000 masques en tissu, et 600.000 masques vont être livrés.

Par ailleurs, d’autres mesures ont été prises. L’abattoir de Rémire-Montjoly, identifié comme un lieu de transmission privilégié du coronavirus, est fermé jusqu’à début juillet. Les rassemblements dans les lieux de culte de certaines communes sont interdits.

Enfin, le gouvernement a annoncé la semaine dernière le report du second tour des élections municipales dans les sept communes qui sont concernées.

Leave a Reply