Thomas Sankara et Blaise Compaoré, à la vie à la mort – Le Monde

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Par Pierre Lepidi et Sophie Douce

Publié aujourd’hui à 04h38, mis à jour à 09h19

Un présage, une intuition ? « Si un coup d’Etat a lieu contre moi, cela ne peut venir que de Blaise. Il connaît toutes mes habitudes. » Cette phrase, prononcée en 1987 par Thomas Sankara, était-elle prémonitoire ? Son ami Blaise Compaoré est-il bien l’homme qui, il y a trente-quatre ans, a ordonné de le tuer pour lui succéder à la présidence du Burkina Faso ? Comme dans une tragédie shakespearienne, Compaoré a-t-il participé à l’assassinat de son frère d’armes et à celui de douze de ses compagnons, le 15 octobre 1987, à Ouagadougou ? C’est à ces questions, et à beaucoup d’autres, que le tribunal militaire de la capitale burkinabée doit répondre à partir du lundi 11 octobre.

Blaise Compaoré, exilé en Côte d’Ivoire depuis qu’il a été chassé du pouvoir en 2014, ne se présentera pas devant ses juges. Me Pierre-Olivier Sur, son avocat français, boycottera également ce rendez-vous judiciaire, « une mise en scène politique et non un procès équitable », assure-t-il. « Le président Compaoré ne se rendra pas devant cette juridiction d’exception, confirme Me Sur. De plus, il bénéficie de l’immunité en tant qu’ancien chef d’Etat et n’est visé par aucun mandat d’arrêt international, car celui qui a été délivré à son encontre a été annulé par la Cour de cassation du Burkina en avril 2016. » L’avocat de la famille Sankara, Me Prosper Farama, veut croire, lui, aux vertus de ce procès : « Même sans la présence de Blaise Compaoré, il est important qu’il se tienne. Cela fait trente-quatre ans que le peuple burkinabé a soif de justice. »

Blaise Compaoré, ainsi que son ex-bras droit, Gilbert Diendéré, sont poursuivis pour « attentat à la sûreté de l’Etat », « complicité d’assassinat » et « recel de cadavres ». Diendéré, ancien chef d’état-major, est déjà en prison pour une tentative de putsch remontant à 2015. Parmi les douze autres accusés, tous des militaires placés en liberté provisoire, un seul, Hyacinthe Kafando, le chef du commando suspecté d’avoir assassiné Sankara, demeure introuvable.

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Il aura fallu attendre la fin du long règne de Compaoré, de 1987 à 2014, et la clôture de l’enquête lancée en 1997 sous l’impulsion de Mariam Sankara, la veuve de son prédécesseur, pour que s’ouvre enfin un procès. Au cours de cette instruction au tribunal militaire, menée par le juge François Yaméogo, une centaine de personnes ont été auditionnées, une reconstitution des faits sur le lieu du crime a été organisée. La dépouille de l’ancien révolutionnaire a même été exhumée pour des analyses ADN, lesquelles n’ont pas permis d’identifier formellement son corps.

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