Test du Solo Pro : le casque supra-auriculaire le plus abouti de Beats

Spread the love

Testons donc le nouveau casque Beats Solo Pro. Il y a quelques années, nous nous serions presque contenté de vous dire que si vous avez déjà vu un casque Beats, vous avez vu ce casque Beats (à l’exception peut-être d’un nouveau coloris), et que si vous avez déjà entendu un casque Beats, vous avez entendu ce casque Beats (à commencer par ses basses dégoulinantes). Mais ça, c’était avant que le rappeur Dr. Dre et le producteur Jimmy Iovine ne signent à Cupertino.

Sous l’égide d’Apple, Beats a d’abord retouché le profil sonore de ses casques, diminuant le volume des basses en même temps qu’elle augmentait la cohérence des différentes fréquences. La firme au « b » rouge s’attaque maintenant au matériel. Finis le plastique brillant et les vis apparentes, place au plastique mat et à l’aluminium anodisé. Ajoutez la puce H1 et un système de réduction active des bruits, et vous obtenez le Solo Pro, le casque supra-auriculaire le plus abouti de Beats.

Beats Solo Pro.

Un casque Beats, c’était du plastique brillant et cassant, des vis apparentes et des logos criards, et des ajustements parfois approximatifs. Et puis Apple est passée par là, tempérant quelque peu les couleurs, et imposant une refonte complète du design industriel de la marque. Ce virage, amorcé avec les casques Solo3 et Studio3, est achevé avec le Solo Pro.

Le plastique brillant semble définitivement céder sa place au plastique mat, avec des coloris bien sages dans cette première collection signée Pharrell Williams, quoiqu’il ne fasse aucun doute que des modèles bicolores ou frappés de motifs apparaitront au fil des saisons. Nous avons testé les modèles rouge vermillon et bleu clair, aussi monochromes que les modèles noir et bleu foncé, alors que les modèles gris et crème possèdent un accastillage cuivré ou doré.

Si le logo en forme de « b » reste proéminent, les marquages inutiles disparaissent, comme les raccords purement ornementaux. Ce raffinement du design de Beats n’est pas seulement visuel, mais aussi… sonore. La charnière ne s’ouvre plus avec un « clic » à réveiller les morts, mais avec un petit « chtonk » rassurant. Les oreillettes ne se déploient plus dans un « tak-a-tak-a-tak » digne d’un pistolet-mitrailleur, mais glissent dans un chuintement presque inaudible.

Tous les modèles allient plastique mat et aluminium poudré. Sur les modèles noir, rouge, bleu clair, et bleu foncé, le métal reprend la couleur du plastique. Sur les modèles gris et crème, le métal contraste avec le plastique.

C’est que Beats a complètement revu la conception de son casque supra-auriculaire, en faisant nettement évoluer un design industriel maintes fois copié. L’arceau s’affinait progressivement jusqu’à la charnière, qui laissait apparaitre le câblage interne. La partie mobile s’élargissait pour porter les oreillettes, et donner l’illusion d’une construction d’un seul tenant, un élément central dans l’identité visuelle des casques de Beats.

L’arceau est maintenant plus massif et mieux rembourré. Le gond est moins large, mais la charnière est trois fois plus épaisse, et le câblage interne mieux protégé. La partie mobile est aussi épaisse que l’arceau : elle accueille les glissières métalliques, qui portent elles-mêmes les oreillettes, qui peuvent légèrement pivoter sur une rotule. Le contraste entre les matériaux — arceau et oreillettes en plastique mat, glissière et logo en aluminium poudré — est plutôt élégant.

Cette nouvelle conception change la perception du casque sur la tête. Sans être aussi douillet qu’un casque circum-auriculaire bien équilibré, le Solo Pro est nettement moins inconfortable que son prédécesseur, et probablement aussi confortable qu’un casque supra-auriculaire peut l’être. Comme la plupart des casques qui reposent sur les oreilles, le Solo Pro presse fortement vers l’intérieur, pour bien plaquer les oreillettes.

La charnière, plus étroite mais plus épaisse, donne une belle impression de robustesse. Qu’il est loin, le temps des plastiques brillants et fragiles !

Plus larges et plus épais, les coussinets recouvrent les plus grandes oreilles, et amortissent la pression de l’arceau. Après quelques heures toutefois, voire quelques dizaines de minutes si l’on porte des lunettes, le casque finit par gêner, voire faire franchement mal. L’astuce consiste à « détendre » l’arceau en écartant les oreillettes, une opération que l’on peut maintenant réaliser sans craindre de fendre le plastique surmontant le casque.

Dès lors, la pression de contact est moins forte, mais l’ajustement des oreillettes n’en souffre pas. Je peux alors porter le Solo Pro pendant des heures sans ressentir de « point chaud » au-dessus du crâne, alors que j’ai une grande tête, ou derrière les oreilles, alors que je porte des lunettes. Bien sûr, le confort reste un paramètre hautement subjectif, notamment avec les casques supra-auriculaires. Avant d’acheter le Solo Pro, mieux vaut l’essayer en magasin.

Vous remarquerez que la glissière n’est plus crantée. Comment s’assurer que le casque est bien réglé, alors ? En le mettant sur la tête, pardi ! Tirez sur les oreillettes jusqu’à ce qu’elles reposent sur les oreilles : au verso des glissières, un joint caoutchouteux agit comme un frein, qui permet de manipuler les oreillettes en silence, tout en évitant qu’elles ne remontent intempestivement.

Le casque, une fois replié, ici sans « ranger » les glissières.

À l’arrière des oreillettes, la jupe qui recouvre la rotule semble nettement plus robuste que celle des Studio3. Les évents assurant la circulation de l’air dans la chambre acoustique sont plus petits, moins nombreux, et pointent vers l’arrière. L’ensemble devrait participer à une meilleure résistance aux petites pluies automnales comme aux gros coups de chauds estivaux… ou sportifs.

Le bouton sous l’oreillette gauche n’est pas un bouton d’allumage — le Solo Pro s’allume automatiquement lorsqu’on l’ouvre, et s’éteint automatiquement lorsqu’on le ferme. Lors de la première ouverture, la puce H1 facilite la procédure d’appariement à l’iPhone, et la synchronisation iCloud duplique sur la configuration sur tous les appareils Apple connectés. La connexion est simplifiée, mais n’est pas aussi simple qu’elle pourrait l’être.

Le Bose NCH 700, pour ne citer qu’un exemple, se connecte à deux appareils simultanément, et passe de l’un à l’autre de la manière la plus naturelle du monde. Comme tous les produits dotés d’une puce W1/H1, le Beats Solo Pro se reconnecte systématiquement au dernier appareil connecté. Vous avez posé votre iPhone à côté de votre Mac ? Vous devrez passer par le menulet Volume pour déconnecter le casque de l’un et le connecter à l’autre.

Depuis quelques années, les casques de Bose peuvent maintenir une connexion avec deux appareils en même temps.

Contrairement à Bose, Beats n’a pas cédé à la mode des contrôles tactiles… et c’est tant mieux. L’oreillette droite fonctionne comme une télécommande :

  • une pression au milieu pour lancer ou arrêter la lecture ;
  • deux pressions au milieu pour sauter au morceau suivant ;
  • trois pressions au milieu pour revenir au morceau précédent ;
  • une pression en bas pour baisser le volume ;
  • une pression en haut pour monter le volume ;
  • et enfin une pression prolongée au milieu pour convoquer Siri.

C’est simple, c’est efficace, ça marche avec des gants, et cela ne se déclenche pas intempestivement pour un oui ou pour un non.

Le casque supra-auriculaire de Beats combine deux microphones et un accéléromètre pour capter efficacement la voix grâce à des techniques de filtrage spatial. Sans être particulièrement époustouflant, ce système ne rate jamais les commandes « Dis Siri », et atténue les bruits environnants lors d’une conversation téléphonique, même si la voix semble parfois quelque peu distante.

Une autre vue de l’assemblage : l’arceau et la partie mobile en plastique, la glissière en aluminium, les oreillettes en plastique, les coussinets épais et larges. Beats abandonne l’illusion de continuité entre les différents éléments, et tous les éléments décoratifs, au profit d’une conception plus honnête et plus efficace.

Un autre accéléromètre est censé capter les mouvements du casque… mais Beats ne met pas la musique en pause lorsque l’on retire les oreillettes. Aux rayons des autres bizarreries : le bouton sous l’oreillette gauche permet d’alterner entre la réduction de bruit et le mode Transparence, mais pas de désactiver le système de réduction active de bruit (ANC), le Solo Pro ne bénéficiant pas des options de configurations des AirPods Pro.

Parlons de l’ANC, justement. Disons-le clairement : les systèmes de réduction active de bruit de Bose et de Sony restent les plus performants. Mais celui de Beats, qui bénéficie de l’expérience d’Apple, ne démérite pas. Apple semble avoir une opinion sur la manière dont les bruits environnants devraient être atténués : les fréquences les plus basses et les bruits répétitifs disparaissent, mais certaines fréquences plus aigües restent vaguement audibles.

Autrement dit, l’ANC d’Apple donne moins l’impression d’être entouré d’un champ de force qui repousse les bruits, mais est plus naturel. Dans le métro lyonnais par exemple, les bruits de roulement sont très fortement atténués, mais on parvient à percevoir la diffusion d’une annonce. Dans la rue, le ronron des moteurs disparait, mais les accélérations soudaines et les coups de klaxon restent perceptibles.

Détail d’une oreillette, avec l’emblème incrusté.

Au bureau enfin, le claquement du clavier des MacBook Pro et le tintement des cuillères dans les tasses à café sont oubliés, mais vous pouvez entendre un collègue vous appeler… s’il crie (et que vous n’êtes pas plongé dans votre travail). Carton plein, alors ? Oui… mais non. Après avoir testé les AirPods Pro, le mode Transparence, qui retransmet les sons extérieurs, est nettement moins convaincant.

Cela tient probablement au « souffle » que l’on peut entendre en activant ce mode, nettement plus élevé sur le Solo Pro que sur les AirPods Pro. Cela tient surement au format du casque : le son n’est pas diffusé directement dans le canal auditif, et la qualité de la réduction active dépend largement de l’isolation passive, c’est-à-dire du parfait ajustement des oreillettes.

Le même « oui… mais non » s’applique aux performances soniques du Solo Pro, qui embarque de nouveaux hautparleurs fait maison. La signature sonore de Beats n’est plus composée d’un gros « boum-boum » paresseux entrecoupé d’aigus stridents et sifflants. Sans être percussives, les basses sont plus nerveuses, et ne donnent plus l’impression de « baver » jusqu’à perturber la retransmission du bas médium. Sans être ciselés, les aigus sont plus détaillés, et n’arrachent plus les tympans.

La housse souple fournie.

Mais la courbe des fréquences suit toujours un « U » : le haut médium passe au second plan, le casque donne parfois l’impression d’être légèrement voilé, la spatialisation n’est pas toujours irréprochable. Mais vous savez quoi ? C’est précisément le profil sonore qui offre la reproduction la plus engageante de la musique diffusée sur Beats 1. Apple connait son public.

Et si vous écoutez ces podcasts documentaires qui poussent la compression pour « faire radio », cette relative faiblesse des Solo Pro deviendra une force, parce qu’elle desserre l’étau sonore imposé par des producteurs zélés. Les audiophiles passeront probablement leur chemin, comme les amateurs d’infrabasses. Et vous ? Donnez-vous quelques jours pour auditionner ce casque : certains — dont votre serviteur — trouvent ce genre de profil sonore particulièrement fatigant.

Vous pourrez vérifier les dires de Beats, qui assure que le Solo Pro peut jouer de la musique tout en réduisant les bruits environnants pendant 22 heures. Lors de notre première semaine de test, nous avons frôlé les 30 heures, en désactivant ponctuellement l’ANC. La recharge passe non par un port microUSB, ni même un port USB-C, mais un bon vieux port Lightning.

Le port Lightning et le témoin de charge.

Beats fournit un câble Lightning vers USB-A, alors qu’Apple fournit un câble Lightning vers USB-C avec les AirPods Pro, allez comprendre. Une dizaine de minutes de charge « rend » trois heures d’autonomie, et la charge complète demande 90 bonnes minutes. Beats fournit aussi une housse de transport en textile feutré, qui protègera des rayures dans un sac à dos, mais pas des chocs dans une valise.

Mais Beats ne fournit pas de câble à fiche jack, et pour cause : le Solo Pro ne possède pas de prise jack. En lieu et place, Apple vend un câble Lightning vers minijack pour la bagatelle de . Ce câble est certes réversible, et peut être utiliser pour brancher le Solo Pro sur la prise minijack un Mac ou un baladeur, comme brancher un autre casque sur la prise Lightning d’un iPhone. Mais un câble extrêmement fin, audiblement mal blindé, et qui ne sera d’aucune utilité lorsque la batterie sera complètement vide.

Au final, le Solo Pro s’impose comme le meilleur casque supra-auriculaire jamais conçu par Beats. À 299,95 €, soit 100 € de plus que le Solo3 qui reste au catalogue, on n’attendait rien de moins. De la finition irréprochable au profil sonore plus équilibré, en passant par l’ANC plutôt efficace et l’autonomie très satisfaisante, le surcout nous apparait pleinement justifié. (Et puis Apple vous fera remarquer que les AirPods Pro valent déjà 279 €.)

À ce niveau de prix et de prétentions, on ne trouve guère que le Bowers & Wilkins PX5 pour faire de la concurrence au casque supra-auriculaire de Beats. Mais le Bose QuietComfort 35 II est désormais proposé à 279 € et le Sony WH-1000XM3 est en promotion quasi-permanente à 299 €. Ce sont des casques circum-auriculaires certes, sans l’image de la marque au « b » rouge, mais ce sont aussi les meilleurs ANC du moment.

Leave a Reply