Test de l’Apple Watch Series 5 Edition en titane

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Demandez à mes collègues : depuis que j’ai vu la première Apple Watch, je n’ai qu’un seul mot à la bouche, « titane ». Ou plutôt : « TITAAAAAANE ». Vous voyez, j’aime les montres. Comme je ne roule pas dessus, l’or est disqualifié. Et comme je fais montre d’un certain snobisme, je n’aime pas porter de tocantes en aluminium. Alors j’ai acheté une Apple Watch en acier, en attendant un modèle en titane. Le voici enfin, après quatre ans et autant de « séries ».

À volume égal, le titane est 65 % plus lourd que l’aluminium, mais 40 % plus léger que l’acier. Dans le même temps, il offre une résistance mécanique nettement supérieure à celle de l’aluminium et de l’acier, et présente une résistance à la corrosion de premier ordre. Pour ne rien gâcher, il est peu susceptible au magnétisme, et affiche une conductivité thermique relativement faible.

TITAAAAAANE ! Pour des remarques plus générales sur l’Apple Watch Series 5, voir notre test complet paru en septembre dernier.

Voilà qui explique qu’il intéresse particulièrement l’industrie aéronautique et aérospatiale, mais aussi le monde de l’horlogerie. Mais le titane s’échange à plus de 3 700 € la tonne, alors que l’aluminium 7000 et l’acier 316L valent moins de 2 500 € la tonne. Pour ne rien arranger, l’usinage du titane nécessite des machines particulièrement endurantes, et s’effectue souvent à vitesse réduite.

Ces contraintes se traduisent par un surcout des pièces en titane, que les horlogers interprètent très libéralement, les modèles en titane étant généralement vendus 20 à 30 % plus cher que leurs homologues en acier. Ce n’est pas une fatalité : Seiko et Citizen proposent des montres en titane montées sur des bracelets du même métal à moins de 300 €. Et l’Apple Watch Series 5 en titane vaut « seulement » 100 € de plus que le modèle en acier.

Mais l’Apple Watch Series 5 en titane n’est pas une simple Apple Watch Series 5 — c’est une Apple Watch Edition. Elle est donc livrée avec deux bracelets, ce qui ramène son surcout à 51 €. Le premier bracelet, qui se cache entre le mode d’emploi et la garantie, est un modèle « Sport » aux couleurs exclusives et coordonnées au boitier, gris clair pour le modèle naturel et gris foncé pour le modèle noir sidéral.

À la recherche de la teinte parfaite, les designers d’Apple ont agité leurs nuanciers dans la direction générale de la savane, pour retenir quelques poussières de jaune et quelques gouttes de vert. Le résultat ? Des gris chaleureux, qui évoquent subtilement les bracelets des field watches, sans tomber dans le cliché du gris sable ou du brun kaki, deux coloris disponibles par ailleurs.

Mais seuls les bracelets fournis avec l’Apple Watch Edition possèdent un clou en titane.

Vous choisirez le deuxième bracelet en passant commande. Apple propose quatre combinaisons prédéfinies :

  • boitier en titane naturel, bracelet « Boucle Sport » kaki, pour 849 € (40 mm) ou 899 € (44 mm) ;
  • boitier en titane noir sidéral, bracelet « Boucle Sport » gris d’encre pour 849 € (40 mm) ou 899 € (44 mm) ;
  • boitier en titane naturel, bracelet en cuir « Havane » pour 949 € (44 mm) ;
  • boitier en titane noir sidéral, bracelet en cuir noir pour 949 € (44 mm).

Vous pouvez maintenant changer la couleur du bracelet sans surcout — rien ne vous empêche d’associer un boitier en titane naturel avec un bracelet « Boucle Sport » grenade, ou d’allier un bracelet en cuir « citron Meyer » à un boitier en titane noir sidéral. Surtout, vous pouvez créer vos propres combinaisons dans l’Apple Watch Studio, et ainsi choisir un deuxième bracelet « Sport » (sans surcout par rapport au bracelet « Boucle Sport »), un bracelet en maille milanaise (sans surcout par rapport au bracelet en cuir), ou encore un bracelet à maillons (250 à 350 € supplémentaires).

Apple n’avait jamais offert tant de choix, parce qu’elle emballait le bracelet avec le boitier, et ne pouvait pas maintenir toutes les combinaisons possibles en stock. La solution était simple : l’emballage contient maintenant deux boites, l’une qui renferme la tête et ses accessoires, et l’autre qui contient le bracelet. Les deux boites sont réunies au moment de la commande, ce qui explique les quelques minutes d’attente lors d’un achat en boutique.

Fluoroélastomère, nylon, cuir, acier… Vous pourrez choisir parmi une demi-douzaine de styles de bracelet, mais aucun ne possèdera un gramme de titane. Ce n’est pas nécessairement un problème pour les bracelets en plastique et le bracelet en cuir, dont les attaches sont faites du même matériau. Mais les bracelets à maille ou maillons feront glisser acier contre titane, et le bracelet « Boucle moderne » n’est pas décliné dans une version aux attaches sombres.

Est-ce la fin du monde ? Probablement pas : je porte ma montre en titane avec un bracelet « Milanais » en acier, et je n’en suis pas mort de honte. Mais c’est peut-être un aspect à garder en tête si vous possédez déjà une collection de bracelets. Le bracelet « Milanais » pèse aussi lourd que le boitier de l’Apple Watch en titane, et le bracelet à maillons pèse 25 grammes de plus ! Si vous tenez à la légèreté du titane et à la balance de la montre sur votre poignet, ce ne sont probablement pas les bracelets les plus adaptés.

Mais revenons à la montre elle-même. Nous pourrions évoquer les propriétés hypoallergéniques du titane, mais le poignet n’est guère en contact qu’avec le dos de la montre, fabriqué en céramique depuis l’an passé. Pour les mêmes raisons, nous passerons rapidement sur la faible conductivité thermique du titane, qui évite le désagréable « coup de froid » causé par l’aluminium, puisque l’Apple Watch n’en profite pas.

En lieu et place, nous nous intéresserons particulièrement aux deux coloris, en fait deux finitions qui se comportent presque comme deux matériaux différents. Le brossage d’une finesse extrême confère une apparence mate au titane, là où l’acier est brillant, et guide la lumière de manière à souligner les lignes et les courbes du boitier, là où l’aluminium semble la capter.

Dans un cas, celui de la finition grise, le métal est laissé au naturel. Ou presque : lors de la présentation de l’Apple Watch Series 5, un chef produit nous a parlé d’un « nano-coating », censé ralentir — voire empêcher — la formation d’une patine au fil du temps. Dans l’autre cas, celui de la finition « noir sidéral », le métal est recouvert d’une couche de carbone amorphe (DLC). Appliquée par dépôt physique en phase vapeur, cette couche est aussi fine que résistante aux rayures.

Or la finition « naturelle » semble particulièrement sensible aux rayures. Après quelques semaines d’utilisation, vous pourriez mettre les témoignages que nous avons reçus par mail et lus dans plusieurs forums sur le compte de la maladresse des intervenants. Mais la première montre en titane que nous ayons vue chez Apple, la veille de la sortie officielle de l’Apple Watch Series 5, était déjà rayée.

Quelques heures après son déballage, notre propre exemplaire avait reçu ses premières cicatrices. Oh, nous ne parlons pas d’entailles ni de balafres, seulement de petites éraflures, à peine visibles à l’œil nu. Mais aussi minuscules soient-elles, elles suffisent à interrompre le rythme régulier du brossage. Surtout, utilisé dans les mêmes conditions, le modèle noir sidéral s’en sortira sans la moindre égratignure.

Apple assure avoir « inventé un tout nouveau revêtement résistant […] aux traces de doigt qui maintient la surface immaculée. » Las, les microscopiques canaux creusés lors du brossage font de parfaits pièges à saletés. Le matériau et les couleurs évoquent peut-être les « montres outils » des baroudeurs, mais le rituel du coup de chiffon hebdomadaire rappelle plutôt l’argenterie de Tata Josie.

Voilà qui nous ramène à l’horlogerie. Vous l’aurez peut-être remarqué : Apple affiche systématiquement le cadran Californie, une nouveauté de watchOS 6, sur les illustrations de sa montre en titane. Ce n’est pas un hasard : c’est le seul cadran décliné dans une couleur « Edition » exclusive, un jaune sable sur le modèle naturel, un brun kaki sur le modèle noir. Ne cherchez pas, c’est la seule différence avec les cadrans du tout-venant.

Que les Apple Watch Hermès possèdent des cadrans exclusifs, passe encore. Ce sont les montres les plus chères du catalogue, et la maison française est une véritable manufacture horlogère, avec des modèles aussi emblématiques que la Cape Cod et l’Heure H. Mais même la vulgaire Apple Watch Nike en possède quelques-uns, et pas les moins intéressants ! Les Apple Watch Edition doivent se contenter d’une seule couleur sur un seul cadran.

Tant pis si la céramique et le titane sont des matériaux fétiches des horlogers modernes, et si l’Apple Watch Edition s’adresse à quelques passionnés pas effrayés à l’idée de dépenser 1 499 € pour un gadget doublement temporel. La culture horlogère d’Apple est indéniable — le cadran Californie, qui rappelle notamment les plongeuses de Panerai et Glycine, et le nouveau Cadran solaire, intrigante fusion numérique de plusieurs complications astronomiques, le prouvent.

Le coloris « Edition » du modèle en titane naturel.

Mais à ce stade, c’est de la confiture, sacrément étalée. Or entre des cadrans analogiques très épurés comme le Dégradé, et des cadrans numériques très denses comme l’Infographe modulaire, il manque des cadrans conjuguant esthétique et fonctionnalité. Apple oblige trop souvent à choisir entre l’un et l’autre, et certains cadrans très similaires ont des jeux de complications bien différents, sans justification clairement apparente pour l’utilisateur.

Et si la logique de l’« Apple Watch Studio » s’appliquait aux cadrans ? Forme du cadran, nombre et position des complications, couleur/dégradé/photo de fond, choix et position des index et/ou des chiffres, choix et position des aiguilles, ajustements typographiques et colorimétriques… Sans ouvrir une boutique de cadrans et risquer le recel de contrefaçons, Apple pourrait revitaliser l’onglet Cadrans de l’application Watch.

Maintenant que l’écran est toujours allumé, le cadran est aussi un moyen d’expression. Si l’Apple Watch est toujours « l’appareil le plus personnel » de la firme de Cupertino, il va bien falloir ouvrir les vannes. C’est probablement un vœu pieux, mais après avoir passé cinq ans à réclamer une montre en titane, je suis prêt à passer cinq ans à réclamer une application de création de cadrans.

Le coloris « Edition » du modèle en titane noir sidéral.

D’ailleurs, cela valait-il bien la peine ? Probablement. J’utilisais l’Apple Watch comme l’« ordinateur de poignet » qu’elle était, à la place de ma montre pendant les activités sportives, plus souvent en complément pendant mes déplacements professionnels. Mais l’Apple Watch Series 5 est maintenant une montre, parce qu’elle donne l’heure en permanence, rendez-vous compte. « Mais le titane n’a rien avoir avec tout cela », me direz-vous.

Non, mais il lève mes derniers freins à l’encontre de la matérialité de l’Apple Watch. Avec un beau bracelet et un cadran bien senti, l’Apple Watch Edition s’est imposée dans des occasions où j’aurais normalement choisi l’une de mes tocantes traditionnelles. Elle est plus substantielle que le modèle en aluminium à mon poignet, elle attire moins le regard que le modèle en acier brillant, et puis je sais qu’elle est taillée dans un bloc de titane.

Oui, c’est totalement vain. Mais ne pourrait-on pas dire la même chose de toutes les montres, dans notre monde saturé d’horloges ? Et puis cela change tout : je portais épisodiquement un ordinateur de poignet, je porte quotidiennement une montre connectée. J’utilise un peu moins mon iPhone, je parle un peu plus à Siri, et les capteurs relèvent mes mesures vitales.

C’est finalement tout l’intérêt de ce matériau… pour Apple. En évoquant les codes de la field watch comme ceux de l’aéronautique, en conciliant légèreté et robustesse, en mariant technicité et raffinement, il élargit encore le public de l’Apple Watch et des futurs services d’Apple. Et puisqu’il ne coute qu’une cinquantaine d’euros supplémentaires…

Sauf que bis repetita, cette Apple Watch Series 5 en titane n’est pas une simple Apple Watch Series 5, c’est une Apple Watch Edition. Sa couverture par l’assurance AppleCare+ vous coutera donc 199 €, avec une franchise de 75 € par incident, contre 99 € pour les « simples » Apple Watch Series 5, avec une franchise de 65 € par incident. En contrepartie, le contrat dure trois ans plutôt que deux.

Cela vaut-il bien le coup (et le cout) ? Si vous cherchez des cadrans supplémentaires, certainement pas, et vous devriez plutôt vous tourner vers le modèle Nike. Si vous cherchez une montre inrayable mais n’aimez pas le noir sidéral, pas plus, et vous devriez plutôt casser votre tirelire pour le modèle en céramique. Mais si vous cherchez un compromis entre l’aluminium et l’acier…

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