TÉMOIGNAGES. La vaccination des enfants contre le Covid-19 est “une évidence” pour ces parents : “Ce sont eux – franceinfo

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“Ça y est ? C’est bon ? Je peux me faire vacciner ?” s’exclame James, 11 ans, depuis la banquette arrière de la voiture de sa mère, qui l’emmène au collège, à Divonne-les-Bains (Ain). Pas encore. À la radio, ce vendredi 17 décembre, un journaliste annonce que le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) approuve l’ouverture de la vaccination de tous les enfants de 5 à 11 ans. Quelques jours plus tard, le 22 décembre, le ministre de la Santé, Olivier Véran, confirme : “Nous ouvrons aujourd’hui la vaccination pour les enfants, c’est officiel.” C’est la nouvelle qu’attendait la mère de James, Clio, ainsi que de nombreux parents qui ont répondu à l’appel à témoignages lancé par franceinfo.

“Nous n’avons pas forcé Bérangère, assure Jeanne, c’est son choix, c’est elle qui nous a clairement dit qu’elle voulait être vaccinée.” Du haut de ses huit ans, l’écolière pose régulièrement des questions à ses parents sur le virus et les vaccins. La famille vit à Legé (Loire-Atlantique) où la fillette “a un copain asthmatique”. “Les premières vagues ont fait beaucoup de dégâts dans les familles de ses camarades, dont deux ont perdu tous leurs grands-parents”, raconte sa mère.

“Pour moi il n’y a aucun doute : le virus est plus dangereux que le vaccin et je suis confiante sur le bénéfice qu’apporte ce genre de vaccination à la population.”

Jeanne, mère de Bérangère

à franceinfo

L’inquiétude autour de ce virus est d’autant plus grande dans la famille qu’un oncle de Jeanne est mort du Covid-19, à 55 ans. “Ça marque les esprits”, remarque cette mère qui s’est longuement renseignée sur le processus de fabrication des vaccins à ARN messager.

James est “pressé” de recevoir sa première dose de vaccin contre le Covid-19 assure sa mère, elle aussi “impatiente”. Depuis sa rentrée en sixième et le rappel incessant des règles sanitaires par ses professeurs “James est plus anxieux vis-à-vis du virus”, raconte Clio, qui a elle-même déjà reçu son rappel vaccinal. “Je suis provaccination en général, mais là d’autant plus, car je veux protéger mes enfants et éviter l’apparition de nouveaux variants”, justifie cette mère de famille nombreuse. Avant d’avancer une dernière raison “totalement égoïste” : “Mon mari est australien et sans vaccination, nous ne pourrons pas retourner voir ses parents. Donc au plus vite tout le monde se fait vacciner, au plus vite mes enfants reverront leurs grands-parents.”

Dans le Sud-Ouest, à Fleurance (Gers), c’est le même empressement qui anime Daphné, 8 ans. Elle n’a pas hésité “une seule seconde” à dire à ses parents qu’elle voulait se faire vacciner. “Car elle ne veut pas tomber elle-même malade, explique sa mère, Estelle. Surtout, elle veut que cela se termine.” Depuis bientôt deux ans, “ce sont les enfants finalement qui paient le prix fort de cette épidémie avec une vie tellement différente”, se désole-t-elle.

Si pour les parents, qui ont répondu à notre appel à témoignages, vacciner les enfants contre le virus est une “évidence”, la question d’élargir la vaccination à tous les enfants dès 5 ans suscite le débat. Du côté des parents, “7 sondés sur 10” se disent opposés à la vaccination de leurs enfants, selon un récent sondage Elabe pour L’Express et BFMTV.

Parmi les arguments des sceptiques, le fait que les plus jeunes développent très peu la maladie et encore moins de formes graves, ce qui minimise le bénéfice individuel des enfants vaccinés. “On est loin de la situation américaine où, en raison notamment du taux d’obésité très élevé chez les plus jeunes, obésité qui est un facteur de risque, leur vaccination a un intérêt évident”, rappelait l’infectiologue Gilles Pialoux, sur franceinfo, le 26 novembre. Le bénéfice d’une telle campagne, qui concerne plus de cinq millions d’enfants, se trouve plutôt du côté du collectif. Elle permettrait d’augmenter le taux de couverture vaccinale de la population, et donc de réduire la circulation virale, “même si seulement 30% d’entre eux [des 5-11 ans] sont vaccinés”, selon l’épidémiologiste Dominique Costagliola, de l’Inserm.

Sandra, mère d’Eliote, 10 ans, a “longuement réfléchi” avant de prendre sa décision. “Ni moi ni mon fils ne risquons de faire une forme grave”, assure cette habitante d’Hourtin (Nouvelle-Aquitaine) qui rapporte avoir “très mal” vécu les effets indésirables liés à sa vaccination. Elle préfère quand même sauter le pas pour pouvoir partir en vacances et éviter à son fils de faire des tests trop souvent. “Et puis je préfère anticiper l’arrivée d’un éventuel pass sanitaire pour les enfants et ne pas priver à l’avenir mon fils d’activités sportives et culturelles”, argumente-t-elle.

C’est d’ailleurs l’arrêt total de la natation en club et à l’école qui a eu raison de la joie de vivre de Ayla, 8 ans, en février dernier. Depuis, la jeune fille a enchainé les séances chez la psychologue avant de récemment retrouver le chemin de la piscine. “Je n’aurais pas pensé que ce manque de sport allait l’affecter à ce point, en plus du fait de ne plus voir ses copines des autres classes dans la cour de récréation et l’angoisse de nous contaminer”, constate sa mère, Marion. Une récente étude menée par Unicef auprès de 25 000 enfants de 6 à 18 ans en France, confirme les effets psychologiques de la crise sanitaire chez les enfants : “76,6% des répondants indiquent qu’il leur arrive d’être triste ou cafardeux, 53,3% de n’avoir plus goût à rien et 64,2% de perdre confiance en eux.”

“Le bénéfice de cette vaccination est clairement la préservation de la santé mentale de mes filles. Ce virus est une charge mentale énorme pour une petite fille, la vacciner lui enlèvera, je l’espère.”

Marion, maman d’Ayla

à franceinfo

Quand Marion a proposé à Ayla et à sa grande sœur Myla, 10 ans, de se faire vacciner, la plus petite a spontanément répondu : “Oui je veux ! J’en ai marre des classes fermées et de faire des tests.” “Dès qu’il y a une nouvelle restriction à l’école ou au sport, Ayla ne le supporte plus”, constate-t-elle amèrement. Or depuis le 6 décembre le protocole sanitaire dans les écoles est passé de nouveau au niveau trois avec le retour du port du masque dans la cour de récréation et la non-mixité des classes. D’ailleurs face à la recrudescence des cas positifs dans l’école d’Ayla, à Lyon (Rhône-Alpes), Marion a décidé de retirer sa fille de la cantine “pour qu’elle ne soit pas cas contact”.

Désormais, ces familles sont à la recherche d’un créneau de vaccination pédiatrique “dès que possible”. “J’ai commencé à regarder là où il y avait des vaccins de libre, peu importe où”, explique Marion. “Début novembre, nous étions aux Etats-Unis, nous aurions pu y faire vacciner nos filles comme l’a fait leur cousin âgé de 10 ans, mais je ne savais pas si leur vaccin allait être reconnu en France”, raconte-t-elle.

Clio, elle, regarde même du côté de la Suisse pour trouver rapidement un rendez-vous, car ses enfants bénéficient également de la sécurité sociale suisse. “Mais il n’y a rien avant janvier.” Désert médical oblige, Estelle, la mère de Daphné, se rabattra sur le premier créneau disponible dans un centre de vaccination ou dans une pharmacie autour de Fleurance. “Pour ma fille comme pour nous, c’est quelque chose de normal, banalise-t-elle. Ce n’est qu’un vaccin de plus.”

  • Les prénoms ont été modifiés à la demande des intéressées

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