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Très exactement cinq jours après la frappe américaine qui a tué le plus puissant général des Gardiens de la Révolution iranien, Qassem Soleimani, la République islamique a riposté. Pile à la même heure, dans la nuit de mardi à mercredi, les pasdaran ont tiré une salve de missiles balistiques sur deux bases américaines en Irak, à Ain al-Assad, dans l’ouest du pays, et à Erbil, dans le nord. Ces importants moyens militaires n’ont fait que des dégâts matériels, d’après des photos satellites diffusées mercredi.

«Gifle en pleine face»

Comme les autorités l’avaient promis lorsqu’elles ont crié «vengeance» pour Soleimani, la frappe était signée de la République islamique et visait des objectifs militaires américains. Les Gardiens de la révolution ont en effet publié un communiqué dans les minutes qui ont suivi les tirs, assurant avoir fait 80 morts dans cette opération baptisée «Martyr Soleimani». Un bilan démenti en bloc par les Irakiens et les Américains. Dans un discours télévisé diffusé dès mercredi matin, le Guide suprême a loué leur action, une véritable «gifle en pleine face» des Américains. «Nous ne cherchons pas l’escalade ou la guerre mais nous nous défendrons», a déclaré peu après ces attaques le chef de la diplomatie iranienne, Mohammad Javad Zarif, sur Twitter. Même ton pour le président Hassan Rohani, qui a prévenu que tout «autre crime [recevrait] une réponse plus ferme» encore. Il apparaît néanmoins que la République islamique n’a pas choisi d’entrer immédiatement dans un conflit ouvert avec la première puissance militaire mondiale.

Cette riposte iranienne a entraîné une vague d’inquiétude dans le monde, et autant d’appels au calme. La France a condamné ces attaques, et incité, tout comme Londres, à la désescalade. Les présidents turc, Recep Tayyip Erdogan, et russe, Vladimir Poutine, réunis à Istanbul, ont exhorté «toutes les parties à agir avec retenue». Le Premier ministre démissionnaire irakien Adel Abdel-Mahdi, proche des groupes pro-iraniens, a dénoncé assez mollement la violation de la souveraineté de l’Irak.

Mais la réaction la plus guettée était celle de l’imprévisible Donald Trump. Son allocution télévisée, mercredi en fin de journée, a commencé avec trente minutes de retard. Et une mise en scène tout à fait solennelle : des hauts gradés de l’armée en uniforme s’étaient placés en rang d’oignon derrière le pupitre du Grand Foyer de la Maison Blanche ; le vice-président Mike Pence, le secrétaire d’Etat Mike Pompeo et le secrétaire à la Défense Mark Esper, sur les côtés.

«Dommages minimes»

Après avoir montré les muscles en entame de son discours, qu’il a lu sur des prompteurs – «Tant que je serai président des Etats-Unis, l’Iran ne sera pas autorisé à se doter de l’arme nucléaire», a-t-il lancé avant même de dire bonjour -, le président américain a finalement joué l’apaisement, affirmant que Téhéran «sembl[ait] reculer». «Une bonne chose pour toutes les parties concernées et une très bonne chose pour le monde», s’est-il félicité. L’absence de victime américaine ou irakienne, ainsi que des «dommages minimes» résultants de l’attaque de la veille, sont la preuve de l’affaiblissement de l’Iran, a affirmé Trump. Qui s’est même dit «prêt à embrasser la paix».

Les Etats-Unis semblent, pour l’instant en tout cas, ne pas vouloir poursuivre la montée des tensions de ces derniers jours vis-à-vis de l’Iran. Mettant de fait la balle dans le camp de Téhéran, qui sera tenu pour responsable de toute escalade future. Trump s’est notamment adressé aux signataires de l’accord sur le nucléaire iranien de 2015 (Royaume-Uni, Allemagne, France, Russie et Chine), leur intimant de «se détacher de ce qu’il reste de l’accord». Puis à l’Otan, affirmant qu’il allait demander à l’Alliance atlantique de «s’engager beaucoup plus» au Moyen-Orient. S’il n’a pas évoqué de réponse militaire, le président américain a annoncé l’imposition immédiate de nouvelles sanctions économiques «punitives» contre la République islamique, sans en préciser les détails, dénonçant à nouveau les «actions déstabilisatrices» de l’Iran dans la région.

Le pouvoir iranien en restera-t-il là, promis à plus de sanctions alors que presque tous les secteurs sont déjà visés et l’économie durement affectée, mais fort d’une unité retrouvée à l’intérieur du pays, au moins pour un temps ? Dans son allocution de mercredi, Ali Khamenei a juré qu’il n’abandonnera pas tant que «la présence corrompue des Etats-Unis dans la région [n’aura pas pris] fin».
Pierre Alonso , Isabelle Hanne correspondante à New York

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