Sur la police, Emmanuel Macron piégé par le retour de son “en même temps” – Le HuffPost

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CHRISTIAN HARTMANN via Getty Images
Emmanuel Macron piégé par son retour du “en même temps” (photo d’illustration prise le 28 février 2020) 

POLITIQUE – Billard à trois bandes. Emmanuel Macron a passé plus de deux heures, vendredi, à discuter avec les journalistes du média Brut pour parler aux “jeunes” et apaiser le pays.

Mission réussie? Pas franchement, à en croire les premières suites de cette intervention. Vingt-quatre heures plus tard, ce samedi 5 décembre, plusieurs milliers de manifestants se sont réunis dans une centaine de villes pour dénoncer la politique sociale et sécuritaire de son gouvernement, les forces de l’ordre ont une nouvelle fois été violemment prises pour cible par des membres du Black bloc… et les syndicats de police refont planer le spectre de la grève des PV.

Loin d’être retombée, la tension est, semble-t-il, montée d’un cran. Mais pouvait-il seulement en être autrement après la prise de parole -très- attendue du chef de l’État? Fidèle à sa ligne de conduite, Emmanuel Macron a déployé des trésors de “en même temps”, pour ménager la chèvre et le chou… au risque de créer des ressentiments de toutes parts. 

Les policiers sont en colère

Car contrairement au printemps dernier, lorsqu’il avait laissé son ministre de l’Intérieur de l’époque Christophe Castaner en première ligne face aux mobilisations anti-violences policières, avec le succès que l’on connaît pour son fidèle lieutenant, le chef de l’État a cette fois-ci fait le choix de s’exprimer en longueur sur ces thèmes particulièrement épineux.

Cuisiné par Rémy Buisine, le reporter de Brut, témoin direct des dérives de certains policiers sur le terrain, le président de la République a fini par concéder: “oui il y a des violences policières, si vous ça vous fait plaisir que je vous le dise. On ne va pas jouer à ni oui ni non.” Et ce à rebours d’une bonne partie de sa majorité qui se refuse, au prix de contorsions parfois grotesques, à employer ce vocabulaire.

Tout en saluant le travail des forces de l’ordre, Emmanuel Macron a reconnu l’existence de “policiers qui sont violents”, en estimant “insoutenable” le fait d’être “beaucoup plus contrôlé” “quand on a une couleur de peau qui n’est pas blanche.”

Un fait documenté par plusieurs associations de défense des droits de l’homme, ou par le Défenseur des droits lui-même, difficile à nier pour un chef de l’État élu avec un électorat majoritairement de centre-gauche qu’il entend, malgré tout, ménager.

Mais ces mots ne sont visiblement pas passés, du tout, du côté des syndicats policiers. Tour à tour, l’Unsa, Alliance, ou la SGP Police se sont dit écœurés d’être à nouveau pointés du doigt par l’exécutif, à travers la création notamment d’une plateforme dédiée à la dénonciation de faits discriminatoires commis par des forces de l’ordre. “Le président aura la police qu’il mérite!”, a par exemple réagi une de ces organisations sur Twitter, en appelant à la grève des contrôles et interpellations.

La mobilisation continue (les violences aussi)

Et les nouvelles scènes de violence qui ont émaillé le cortège parisien de la nouvelle marche anti-loi sécurité globale, ne devrait pas apaiser leur émotion ni calmer leur indignation.

Mais ils ne sont pas les seuls à clamer leur colère. Les manifestants pacifiques, qui voient leurs revendications occultées par les militants radicaux, ne désarment pas. Eux estiment plutôt le chef de l’État et sa majorité ont assuré un service minimum, d’une part en retirant le très décrié article 24 de la loi sécurité globale, et de l’autre en admettant le comportement violent de certains membres des forces de l’ordre. Mais guère plus. 

De nouveaux rassemblements ont ainsi eu lieu partout en France ce samedi, une semaine après les premières mobilisations ayant rassemblé entre 133 et 500.000 personnes selon les différentes sources. Des cortèges ont notamment défilé à Toulouse, Marseille, Strasbourg, Lille, Rennes, Nantes ou Lyon, en plus de Paris pour demander la modification du nouveau schéma de maintien de l’ordre… et le retrait intégral de toute la loi dite sécurité globale.

Une revendication difficilement acceptable, malgré la très forte opposition de la gauche, des défenseurs des droits de l’Homme et autres instances internationales, pour un gouvernement qui a fait de ce texte l’alpha et l’oméga de son crédo “protéger ceux qui nous protègent.” Outre le coût politique d’un tel renoncement, la réaction des syndicats de police risquerait d’être explosive. L’apaisement n’est pas pour tout de suite.

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