StopCovid aura une nouvelle version: voici ce qu’il faut changer en priorité – Le HuffPost

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TECHNO – Le gouvernement le reconnait à demi-mot, mais il est clair que l’application StopCovid est un échec cuisant. Téléchargée à peine trois millions de fois et sûrement beaucoup moins utilisée, le moins qu’on puisse dire, c’est que StopCovid “n’a pas eu les effets escomptés”, comme l’a rappelé Jean Castex ce lundi 12 octobre.

Afin de corriger le tir, le premier ministre a affirmé qu’une nouvelle version de l’application sera lancée le 22 octobre, sans en dire plus sur les changements apportés. Elle pourrait s’appeler Alerte Covid, selon Europe1. Mais comment pourrait-elle réussir là où StopCovid a échoué

Des applications similaires ont été mises au point dans beaucoup de pays touchés par la pandémie. Le coronavirus contamine très facilement les proches, notamment dans des lieux fermés et mal aérés, et ce avant même qu’une personne ne développe de symptôme. Une des pierres angulaires pour endiguer la propagation de l’épidémie consiste donc à identifier et isoler les contacts ayant pu être infectés et qui pourraient, quelques jours plus tard, propager à leur tour l’épidémie.

Mais c’est un travail titanesque qui demande beaucoup de main d’oeuvre, surtout quand le nombre de contaminations augmente comme ces dernières semaines. De plus, il est impossible de tracer des contacts inconnus, comme une personne assise à côté de soi dans les transports, dans un restaurant ou dans une salle de sport. C’est pour cela qu’une application capable d’informer les personnes inconnues croisées potentiellement à risque est, en théorie, une bonne idée.

Dans la pratique, c’est beaucoup plus compliqué et les contraintes, à la fois en termes de vie privée, d’utilisation et d’efficacité, sont gigantesques. Petit tour d’horizon des améliorations qu’il faudrait mettre en place pour que StopCovid ait une petite chance d’être (un peu) utile et (un peu) plus acceptée.

Ne plus être centralisée

C’est l’une des plus grosses critiques faites à StopCovid: pour avoir une solution “souveraine”, le gouvernement a choisi de développer sa propre application avec un protocole créé pour l’occasion. Avec ce système dit “centralisé”, quand vous avez activé l’application, le téléphone scan les autres smartphones proches équipés de StopCovid via le Bluetooth et enregistre chaque rencontre via un pseudo. Ces listes sont ensuite envoyées sur des serveurs gérés par l’État français. Si vous êtes contaminé et que vous le déclarez sur l’application, une alerte est envoyée aux appareils qui ont croisé votre route ces derniers jours.

Cela pose des questions en termes de vie privée: avec une base de données de ce type, même avec des pseudos, les défenseurs des libertés ont alerté sur les risques de dérives possibles. Difficile dans ces conditions de créer de la confiance. Surtout, la France est aujourd’hui totalement isolée, notamment en Europe. Même l’Allemagne et le Royaume-Uni, qui avaient au départ envisagé une approche similaire, ont changé leur fusil d’épaule et ont proposé à leurs citoyens une application “décentralisée”.

Pour faire très simple, ici, les données sont stockées sur le smartphone de chacun (avec des pseudos qui changent régulièrement). C’est uniquement une fois que vous êtes positif que tous les pseudos de votre smartphone sont envoyés sur un serveur et transmis aux autres utilisateurs. Quel est l’intérêt? D’abord, rassurer sur la vie privée, même si l’on peut toujours imaginer des dérives. Ensuite, suivre les protocoles mis en place par Apple et Google (soit la quasi-totalité des smartphones actuellement commercialisés). Enfin, permettre que l’application fonctionne avec des touristes ou à l’étranger.

Intégrer un système de QR code

Depuis le développement des premières applications anti-Covid au début de la pandémie, notre connaissance du coronavirus a changé. Il est de plus en plus clair que le virus se transmet par l’air. Ce qui veut dire que dans une salle fermée et mal aérée, il est possible d’être infecté par quelqu’un se trouvant à plusieurs mètres de distance… et donc qui risquent de ne pas être détectés. Car jusqu’alors, StopCovid comme tant d’autres se concentrait sur les contacts proches, à moins d’un mètre.

Sur ce point, le gouvernement français pourrait s’inspirer de ce qu’a proposé le Royaume-Uni avec son application lancée le 24 septembre et déjà téléchargée plus de 12 millions de fois. Décentralisée, elle permet, en plus du traçage via Bluetooth, de scanner un QR code quand vous rentrez dans une zone à risque, comme un bar ou un restaurant.

Si une personne est contaminée dans cette zone, ceux qui y ont été au même moment sont notifiés. Reste à savoir si ce système fonctionne bien, le gouvernement britannique n’ayant toujours pas dévoilé de données sur l’efficacité du système.

Ne plus utiliser de smartphones ?

Mais même si la version 2 de StopCovid est une prouesse technique, respecte la vie privée à merveille et fonctionne parfaitement… cela pourrait ne servir à rien. Ou à pas grand-chose. En effet, pour que ce type d’applications soit vraiment efficace, il faut qu’elles soient vraiment massivement utilisées. Selon une modélisation de l’université d’Oxford, il faudrait au minimum que 56% de la population l’utilise (et encore, couplée à d’autres mesures comme la protection des plus vulnérables).

En Islande, alors même que 40% des citoyens ont installé l’application locale, celle-ci n’a pas eu beaucoup d’efficacité pour la lutte contre l’épidémie de Covid-19, rappelle la MIT Technology Review. En France, comme le rappelle La Quadrature du Net, à peine 77% de la population a un smartphone, dont 40% des personnes de plus de 70 ans, pourtant les plus à risque face au coronavirus. Difficile dans ces conditions d’atteindre une couverture suffisante.

On pourrait alors imaginer un système hybride comme à Singapour, où des “médaillons” ont été distribués, notamment aux personnes âgées. Ceux-ci fonctionnent de manière autonome comme une application, avec système de Bluetooth. Cela permettrait de tracer les contacts sans smartphone. Mais pas de scanner les QR codes, donc incapables d’alerter sur les contaminations par l’air dans des lieux fermés.

Quelles que soient les améliorations apportées par StopCovid v2, il y a fort à parier que cette nouvelle version ne sera pas parfaite.

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