Sport Unlimitech : l’innovation dans le sport au cœur d'un festival

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« Il est plus facile d’acheter un arbitre que le Hawk-Eye. » En une phrase, Yannick Noah a donné le ton de Sport Unlimitech : la technologie est la bienvenue dans le sport. Du 19 au 21 septembre à Lyon, sportifs, clubs, chercheurs et entrepreneurs fêtent l’innovation dans le sport.

L’ex-rugbyman Frédéric Michalak est à l’origine de ce nouveau festival qui se déroule au Matmut Stadium de Gerland, tanière du LOU rugby où il a terminé sa carrière, ainsi qu’au Palais des sports. Pendant ces trois jours se tiennent des conférences, expositions et animations.

La ministre Frédérique Vidal, le président de Sport Unlimitech Frédéric Michalak, la journaliste Gaëlle Millon-Mazely et le PDG de GL Events Olivier Ginon. Image Stéphane Moussie/MacGeneration.

« Enfin une manifestation qui met à l’honneur les liens entre le sport et l’innovation », a salué la ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, Frédérique Vidal, présente pour l’inauguration avec d’autres athlètes renommés.

L’innovation est bénéfique pour les sportifs, Yannick Noah en veut pour preuve l’allongement des carrières, en citant Roger Federer et Rafael Nadal qui dominent encore leur discipline.

Yannick Noah, Sébastien Loeb et Floria Gueï. Image Stéphane Moussie/MacGeneration.

Mais de quelle innovation parle-t-on ? La diversité des intervenants et exposants montre qu’elle est plurielle, à la fois d’ordre technologique et scientifique, et qu’elle concerne toutes les strates du sport, de la pelouse aux vêtements, du petit club amateur au champion de très haut niveau.

Durant la première journée de l’événement, le skieur Richard Permin a loué la capacité de la technologie à accroître la visibilité de son sport, au sens littéral comme au sens figuré. Grâce aux drones et aux action-cams, le pro de la glisse peut restituer en vidéos l’aspect spectaculaire de ses descentes, les partager au monde entier sur le web, et ainsi mettre en lumière le free ski.

Les start-ups Swish Live et Rematch espèrent à ce sujet devenir les canaux de diffusion privilégiés des clubs amateurs, en offrant des outils plus spécialisés que Facebook Live ou YouTube et en nouant des partenariats avec des acteurs locaux.

La vidéo est un facteur clé d’innovation. Mentionnée dans quasiment toutes les conférences du premier après-midi de Sport Unlimitech, elle intervient à chaque étape de la pratique sportive de haut niveau.

En amont ou durant l’entraînement, elle sert à analyser les performances et pratiques de l’athlète. L’Institut national de recherche dédié aux sciences du numérique (INRIA) collabore actuellement avec l’équipe de France d’escalade sur l’analyse des gestes. Un avatar 3D du grimpeur est aligné en réalité augmentée sur la vidéo de la performance afin d’apporter une visualisation et une mesure objective de la posture du corps.

La vidéo peut aussi être un véritable matériel d’entraînement, en particulier la réalité virtuelle grâce à son aspect immersif. L’avantage de la VR sur le monde réel, c’est qu’il est possible de contrôler totalement l’exercice. En collaboration avec l’INRIA et d’autres établissements de recherche, des rugbymen irlandais ont utilisé des casques de VR pour apprendre à mieux anticiper l’action de l’adversaire en interprétant ses mouvements, l’adversaire étant ici un être virtuel programmé précisément.

La vidéo s’invite également en plein match. Toujours dans le rugby, elle joue un rôle pour détecter les commotions cérébrales, des traumatismes qui ont entraîné quatre morts l’année dernière. Alors que le staff médical devrait prendre le temps d’examiner un joueur après un choc, « les diffuseurs nous demandent que le jeu ne soit pas arrêté », indique Bernard Dusfour, président de la commission médicale de la Ligue nationale de rugby.

Pour ne pas interrompre la rencontre, l’équipe médicale exploite une technologie multicam, permettant de visionner toutes les images disponibles, pour observer le joueur à risque sous toutes les coutures et déceler d’éventuels signes cliniques.

Autant le Hawk-Eye évoqué par Yannick Noah ne fait plus débat au tennis, autant au football l’arbitrage vidéo (video assistant referees ou VAR) est régulièrement décrié. C’est une leçon transmise par l’exploratrice Stéphanie Gickel, il ne faut pas foncer tête baissée dans l’innovation technologique.

Alors qu’on lui a un jour proposé de tester un nouveau terminal de communication par satellite pour une expédition en Antarctique, s’en tenir à son équipement éprouvé a été un soulagement quand il a fallu s’en servir pour une situation d’urgence. Il n’est pas sûr que le nouvel appareil aurait résisté aux conditions extrêmes. L’innovation n’en est pas une si elle est déficiente techniquement ou inadéquate.

Raúl Peláez Blanco, responsable innovation du FC Barcelone. Image Stéphane Moussie/MacGeneration.

La vidéo, pour en revenir à elle, est enfin présente après la compétition. Elle sert à débriefer la performance… et à préparer la prochaine épreuve. Le responsable innovation du FC Barcelone a présenté la technologie mise au point par le club pour examiner les déplacements de tous les joueurs et du ballon sur le terrain. À raison d’une analyse effectuée 25 fois par seconde, ce sont 3,5 millions de données qui sont enregistrées par match. De quoi perfectionner le fameux jeu de passes du club catalan.

Il n’y a pas que la vidéo qui produit des données, « matière » exploitée pour quantifier, comparer, analyser les performances des sportifs, il y a aussi les capteurs. Le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) a conçu une technologie pour optimiser le pédalage des cyclistes à l’entraînement. Un pédalier est équipé d’un capteur qui détecte quand le cycliste pédale « carré » et l’averti instantanément par un signal sonore dans l’oreillette pour corriger son mouvement.

La data est devenue omniprésente. Lors de l’entraînement, « le préparateur physique a les données en direct, tu ne peux pas tricher », indique Wendie Renard, la capitaine de l’équipe féminine de Lyon, qui ajoute que cela permet d’adapter les séances en fonction de la forme du jour.

Wendie Renard, capitaine de l’OL. Image Stéphane Moussie/MacGeneration.

N’assiste-t-on pas un dopage technologique ? Non, estime le chercheur du CNRS Christophe Bourdin qui travaille sur le pédalier connecté, pour deux raisons. D’une part, les scientifiques et sportifs ne se cachent pas pour mener leurs expériences technologiques. D’autre part, la technologie sert à faire prendre conscience au sportif de ses faiblesses et à ce qu’il les corrige lui-même.

L’ex-joueur de rugby Vincent Clerc abonde dans ce sens. La technologie vient avant la compétition, elle n’agit pas pendant. Elle ne vise pas à « augmenter » artificiellement le sportif, mais à lui faire atteindre, seul, 100 % de ses capacités le moment voulu. D’où l’interdiction en 2009 des combinaisons en polyuréthane qui avaient permis aux nageurs de pulvériser des dizaines de records du monde l’année précédente.

Sport Unlimitech ouvert au public le samedi 21 septembre

Après deux journées réservées aux professionnels, le festival [sera ouvert au public](https://sportunlimitech.com/fr/obtenir-votre-pass) samedi 21 septembre. L’entrée est gratuite (à l’exception de la compétition e-sport qui coûte 5 €). Au programme :

  • Diffusion du match de rugby France – Argentine à 9h sur écran géant
  • Animations : jeux et expériences high-tech, comme le Drone Soccer et le Hado
  • Accès à l’espace d’exposition
  • Compétition e-sport
  • Le Hado, sorte de balle au prisionnier en réalité augmentée.

La technologie et la science régissent-elles le sport ? Pas encore. Christan Clot, chercheur et explorateur de l’extrême, raconte qu’il a survécu contre toute attente à une situation sans recours, plongé au milieu d’une eau à 2°C. C’est en se remémorant une scène agréable du passé qu’il a pu trouver des ressources inespérées pour regagner son embarcation à la nage :

Ce qui m’a permis de survivre à ce moment-là, ce n’est pas ma force physique pure. C’est qu’un jour j’ai vu un tableau qui a posé un marqueur dans mon cerveau et qui m’a permis au moment où j’en avais besoin de recréer une nouvelle capacité. […]

C’est ça qu’il faut chercher à faire. Ne pas se focaliser sur son objectif final, sa force, sa préparation, mais se focaliser sur tout ce qui nous permet de penser différemment. Le jour où vous serez dans une difficulté énorme face à un adversaire, ce n’est pas votre force pure qui vous permettra d’en sortir, parce qu’il est aussi fort que vous, c’est votre capacité à imaginer un monde différent, dans lequel votre structure mentale va reconstruire une capacité que l’adversaire n’a pas.

Comment le cerveau va-t-il chercher ces ressources supplémentaires ? On ne le sait pas encore, et c’est peut-être tant mieux, c’est ce qui fait la magie du sport.

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